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Jeunes contre le sexisme : démonstration d’intelligence

Pour cette 11e édition de Jeunes contre le sexisme, les collégien·ne·s se sont surpassé·e·s pour nous sensibiliser à la question du sexisme, aux inégalités de genre et aux violences qui en découlent. Reportage et vidéos !

Les journées qui passent à toute vitesse, donnent la patate, le sourire et restent gravées comme des moments forts ne sont pas si fréquentes. Pour avoir la chance d’en vivre une exceptionnelle, il fallait se rendre à Canal 93, ce 31 mai, une salle de spectacle de Bobigny, où des adolescent-e-s de Seine-Saint-Denis nous ont donné une leçon de vie, réussissant avec humour et énergie à nous sensibiliser à la question du sexisme. Les 151 collégien-ne-s présents dans la salle ont en effet suivi durant l’année les ateliers « Jeunes contre le sexisme » proposés par l’Observatoire départemental des violences envers les femmes. Une expérience individuelle et collective inoubliable pour chacun d’eux. Et l’occasion de prouver à la terre entière combien leur message pouvait être efficace et fédérateur. La jeunesse de la Seine-Saint-Denis venue de Bondy, Bagnolet, Tremblay, etc pour combattre le sexisme a réussi à remonter le moral d’une substitute du procureur au Tribunal de Bobigny, à époustoufler une réalisatrice de film aguerrie tout en montrant qui elle est.

« Ils·elles sont vrai·e·s, explique Diata slammeuse, et animatrice des ateliers slam. Ils·elles prennent sur eux·elles. Ça prouve que ce qu’ils/elles ont à dire est important car ils/elles dépassent leur peur. Ça prouve bien qu’il y a cette nécessité de dénoncer, de partager leur quotidien, leurs rêves, leurs envies ». Désopilant-e-s, décapant-e-s, déroutant-e-s, touchant-e-s, militant-e-s, intelligent-e-s et diablement efficaces, ces collégien-ne-s ont non seulement écrit des slams, mais les ont entonné avec aisance devant une salle comble. Diata poursuit, enthousiasmée par cette journée de restitution : « Le plus dur est d’assumer ce qu’on a envie de dire. Ce qu’ils-elles pensent et ce qu’ils/elles ressentent et bien ils/elles le pensent et le ressentent mais après. C’est une autre démarche que de l’écrire. Une fois que c’est écrit de le partager. C’est un vrai exercice qu’on leur demande. Je les remercie de me faire confiance ».

La scène et le public

Emilie collégienne à Nelson-Mandela, au Blanc-Mesnil s’avance sur la scène et commence son slam : « Les filles qui ne se maquillent pas, les filles manquées, c’est Mâle Vu. Celles qui sortent le soir, toi-même tu sais, c’est Mâle Vu. Elles ne peuvent pas faire de lutte sinon c’est Mâle Vu ». Comme pour un tube entendu mille fois à la radio, la salle reprend en chœur « c’est Mâle vu », Emilie n’en revient pas : « Quand toute la salle a repris le refrain de mon slam, ça m’a fait bizarre, je ne m’y attendais pas, ça m’a touchée. Ils·elles ont écouté ce que j’ai dit et ont bien aimé… donc franchement j’étais contente. »

Avant d’entrer sur scène, Thérèse, une autre collégienne, a déjà son fan-club qui scande son prénom. Sa simplicité, son énergie, et sa voix surpuissante finissent de séduire l’assemblée. Elle interpelle son public avec ses « Girl power », on se croirait à Harlem.

Les garçons de plus en plus à l’aise pour parler des discriminations sexistes dont ils sont victimes. Les filles de plus en plus « girl power ». L’une d’elles ajoute : « On est tous pareil, on vit la même chose et on se soutient. Une initiative de ce type change le regard des autres. Certains ne connaissaient même pas la définition du mot « sexisme », ils l’ont appris avec ce projet. »

Et Ernestine Ronai, responsable de l’Observatoire des violences envers les femmes, de conclure, très émue : « Dans ce monde qui est un monde dur, où beaucoup ne croit plus en l’avenir, où beaucoup nous disent qu’on va reculer, vous nous faites aller en avant. Vous nous donnez de l’espoir. Vous nous dites qu’il faut qu’on ait des rêves, qu’il faut absolument qu’on change ce monde, qu’on change les relations entre les hommes et les femmes ! Et ça, ça m’émeut. Vous posez la question de la liberté. Pour les filles de circuler comme elles veulent. Pour les filles et les garçons d’être ce qu’ils veulent, d’avoir les métiers qu’elles et ils veulent, d’être eux-mêmes. Et finalement la lutte contre le sexisme c’est ça : être soi-même et développer ses potentialités. Applaudissez-les ! »

6 vidéos 6 pépites

Tous ceux qui ont déjà assisté à ces journées le savent, les vidéos inventées, interprétées et réalisées par les collégien·ne·s sont de vraies pépites.

JPEG - 11.9 ko Julie, CPE au collège Eugénie Cotton, Le Blanc-Mesnil : « Lutter contre le sexisme avec humour, cela fait partie du cahier des charges. Si le message avait été moralisateur ou s’il était passé par nous, adulte, il aurait été beaucoup moins entendu par les autres enfants. On sait bien qu’un message passe mieux d’un-e ado à un-e ado qu’un-e adulte à un-e ado. L’objectif c’est de montrer les situations quotidiennes, les rendre ridicules. Les élèves s’amusent beaucoup à travailler sur le scénario.


JPEG - 12 ko Bithia, collège Jean-Zay, Bondy : « Mes motivations ? Les violences faites aux filles et le sexisme au sein du collège. Je voulais vraiment lutter contre. J’ai écrit un slam, mais c’était difficile. Je ne suis pas très bonne en français. Quand Diata est venue, j’ai réussi à obtenir quelque chose. Ce que je décris ne m’est pas arrivé personnellement mais c’est ce que je vois au quotidien dans mon entourage chez les adultes, et chez les enfants, parmi mes ami-e-s ».


JPEG - 13.4 koAdam, collège Travail-Langevin, Bagnolet : « J’espère que tout le monde va bien comprendre ce film où on a inversé les rôles entre les filles et les garçons. Une journée comme celle-là permet aux autres collèges de voir notre projet. Celui que j’ai préféré c’est le théâtre forum avec des profs grave sexistes. Cela arrive souvent au collège qu’avec les filles ils soient plus calmes et avec les garçons plus sévères. Il n’y a pas que les filles qui sont sensibles. »


JPEG - 12.3 koDiata : « Lisa Azuelos m’a suivi à Nantes où je travaille aussi à des ateliers d’écriture de slam avec des lycéens. Et elle m’a suivi jusqu’en Seine-Saint-Denis. C’était impossible que ce dispositif « Jeunes contre le sexisme » ne soit pas dans le film. On est pile poil dans la thématique. Et je suis ravie qu’elle ait pu venir voir le travail effectué ici. Mon accompagnement auprès des jeunes c’est du soutien à la motivation. Je les aide mais pas tant que ça. Je les rassure en leur disant : ne vous inquiétez pas, ça va bien se passer. Vas-y ! Ose ! Fais-le ! Le reste c’est eux qui bossent ».


« Les gamins ont tellement envie de changer le monde »

JPEG - 29.1 koInterview de Lisa Azuelos, la réalisatrice de LOL venue filmer la 11ème édition de « Jeunes contre le sexisme » pour son prochain film documentaire.


Pourquoi êtes-vous présente à cette initiative de jeunes contre le sexisme ?

Cela fait un an que je sillonne la France pour regarder toutes les intentions positives qui sont mises en place dans les lycées, les collèges pour parler de ces questions du sexisme et de la violence garçons/filles. C’est un peu le condensé de tout ce qui se fait ici en Seine-Saint-Denis et c’est génial.

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Qu’est-ce qui vous a plu aujourd’hui ?

Je vois beaucoup de filles mais aussi beaucoup de garçons qui sont impactés et vraiment on se rend compte que les filles commencent à être un peu au courant de tout mais c’est les garçons qui se disent que petit à petit ils ont le choix d’être autrement et ça c’est super émouvant. Quelque part la Révolution des femmes elle a eu lieu, elle a lieu. C’est l’évolution des hommes qui n’a pas eu lieu car ils n’ont pas eu à se poser toutes ces questions jusqu’à présent. Maintenant ils commencent à se les poser et c’est peut-être cela qui va changer le monde dans lequel on vit. Dans le capitaliste, il y a du profit, il faut bien profiter de quelqu’un et bien voilà…. Tout vient de là.

Pourquoi avoir voulu faire un film ?

Parce que je suis obsédée par l’idée d’égalité homme/femme, garçon/fille. Je suis obsédée par l’idée que la violence se transforme en paix. Je pense que la paix mondiale commence par la paix des ménages. Et ce n’est pas le contraire. Il ne faut pas qu’on attende qu’il y ait la paix mondiale pour croire qu’on va vivre en paix. C’est d’abord entre un homme et une femme que ça se passe la paix… ou pas. Pour l’instant il se passe beaucoup de violence. Tout à coup j’ai réalisé que si on ne s’attaquait pas à l’éducation ça ne sert à rien. Moi ma génération va vivre avec de mauvais acquis et on va boiter jusqu’au bout, jusqu’à la mort. Tant pis. Par contre les gamins il y a tant à faire, ils ont tellement envie de changer le monde. Il faut leur expliquer que ça démarre par eux et ça démarre par ces petites valeurs intimes. Que ça peut changer. C’est l’intimité qui changera le monde et pas le contraire !


Des slams bien sentis

« Si » - Eunice du collège Pablo-Picasso, Montfermeil

Si j’étais un garçon et que j’avais six ans,
Les culottes sous les jupes de mes camarades, j’irai apercevoir.
Juste pour voir
J’irai embêter les filles dans les toilettes pour faire rire les autres garçons
Puisque qu’on ne m’en fait pas la leçon.

Si j’étais un adolescent et que j’avais seize ans,
Dehors, j’irais mettre aux demoiselles des mains au derrière.
Juste pour voir leurs joues rougir de colère.
Ou j’irais en siffler pour voir leurs regards me mépriser
Et voir ceux de mes amis m’aduler.
Pourquoi ne pas continuer ? Personne ne me pousse à arrêter.

Si j’étais un homme et que j’étais patron d’une société,
Je dirai à une de mes secrétaires : « C’est pour moi que t’as mis ce tailleur ? »
Juste pour voir la révolte de leur regard se contenir car je reste leur supérieur.
Je rirais de mon coup d’hier avec mes employés,
Juste pour m’en vanter.
Je suis haut placé. Qui oserait me défier ?

Si j’étais un homme, j’aurais fait ces choses,
Juste pour éprouver la sensation qui leur permet de se sentir si dominant.
Mais puisque je ne suis pas comme tous ces autres et que c’est juste ridicule de le faire,
Je pense que je me passerai de ces agissements dégradants.

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« #MeToo » - Lucile du collège Pablo-Picasso, Montfermeil

En ce moment au journal beaucoup de plainte de viol
et c’est bien d’en parler.
De donner exemple à celles qui n’osent pas tout raconter.
Certains pensent que ce n’est « qu’une main aux cul »
mais cela est un délit
Qui a des conséquences sur celle qui le vit

Et pour celle qui vive pire imaginez
L’état dans lequel elle est
Après un viol, la victime se sent seule, pleure
Elles ont peur

Peur des représailles, car elles sont sous les menaces des agresseurs
Elles ont honte, pensent que c’est de leur faute, qu’elles l’ont cherché
Alors qu’elles sont victimes de tout cela en réalité
Est-ce normal qu’une femme aie peur après tout cela ?
Tu n’as pas à te sentir coupable tu n’as rien fait pour mériter ça
Dit tout à quelqu’un de confiance, libère toi de ce poids
Dit tout à quelqu’un de confiance, ça ira mieux ne t’inquiète pas

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« Petite fille » - Sarah, du collège Jean-Zay, Bondy

C’est l’histoire de petite et de son père alcoolique
Devant sa fille, il frappe sa femme tous les jours, la même musique mélancolique.
Des cris, des pleurs, des assiettes, des verres lancés par terre
Mais un jour sa mère décida de n’plus se laisser faire.
Dans sa tête Petite Fille est en panique, elle flippe
Tout ce qu’elle veut c’est rester au parc toute la journée, toute la soirée
C’est le seul endroit loin des conflits, elle s’y sent en sécurité
Petite fille et sa mère sont heureuses quand il est loin du domicile,
Les yeux de sa mère s’émerveillaient ça se voyait dans ces battements de cils
C’était le pire conte de fée
Quand le père rentrait à minuit
Il insultait, frappait, sa femme devant Petite fille
Petite fille n’sait pas quoi faire, même au parc elle est triste
Elle sait ce qu’il va se passer des heures plus tard,
Tous les soirs, elle fait des cauchemars
Elle pleure en silence enfermée
Dans sa chambre avec ses jouets

Un jour son père se remit en question
Il prit une décision
Devant sa fille qui pleurait
Et qui venait une fois de plus les séparer
Il lui a répété que tout ça était fini
Car pour eux ce n’était pas une vie

Petite fille est dégoutée
Quand elle le voit replonger
Mais malgré les erreurs du passé
Tout le monde avait une seule pensée
L’espoir qu’il allait s’en sortir, qu’il allait vraiment changer

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Mâle Vu

Les filles qui ne se maquillent pas, les filles manquées c’est Mâle Vu
Celles qui sortent le soir, toi-même tu sais c’est Mâle Vu
Elles ne peuvent pas faire de lutte sinon c’est Mâle Vu
Elles doivent faire les tâches ménagères sinon c’est Mâle Vu
Mettre des jupes, des décolletés, toi-même tu sais c’est Mâle Vu
Tu ne peux pas jouer avec des voitures sans que ce soit Mâle Vu
Garagiste, plombier, maçon, pompier ? Pour une fille c’est Mâle Vu
Elles doivent toutes être pareilles, sinon c’est Mâle Vu
Celles qui s’en fichent du regard des autres, aïe ! C’est Mâle Vu
Avoir une personnalité, un style propre à ce qu’on est ? C’est Mâle Vu
Les femmes qui gagnent beaucoup d’argent toi-même tu sais, c’est Mâle Vu

Les filles, venez on arrête de vivre pour les autres
Les gars, c’est pas votre vie, c’est la nôtre.

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Un kit pédagogique contre le sexisme

L’Observatoire des violences envers les femmes a réalisé un kit pédagogique à télécharger composé de fiches thématiques à partir des outils de prévention créés par les collégien·ne·s dans le cadre du dispositif « Jeunes contre le sexisme ». Un support qui permet d’ouvrir le dialogue avec des adolescents.

Mobilisation

La bataille pour l’égalité républicaine est engagée

S’appuyant sur un rapport parlementaire qui pointe les manquements de l’Etat en matière de police, de justice et d’éducation sur notre territoire, les dix-huit députés et sénateurs de Seine-Saint-Denis s’engagent ensemble pour demander des comptes à l’Etat. Le premier "round" de ce combat pour l’égalité républicaine a eu lieu, vendredi 5 octobre, à Bobigny. D’autres vont suivre.

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