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Jean-Pascal Zadi a trouvé sa place

Dans « En Place », il incarne un éducateur du 93 qui se retrouve plongé par inadvertance dans la course aux présidentielles. Une série Netflix, drôle et engagée pour cet acteur et réalisateur, né à Bondy et qui vit au Pré-Saint- Gervais.

Qu’est-ce qui vous inspire Jean-Pascal Zadi ?

Ce qui m’inspire c’est la vie, ce que je traverse, ce que j’ai envie de voir, ce dont à quoi je rêve.

Dans votre prochaine série votre personnage dit : « Venir du 93, je ne veux plus que ce soit un handicap ». Ce personnage c’est vous ?

Il y a beaucoup de parallèle avec moi. Comme ce personnage, je viens d’un milieu défavorisé. Souvent on m’a dit : « ça, tu ne peux pas le faire », « ça, ce n’est pas pour nous ». En vrai, tout est pour tout le monde. Il suffit juste d’essayer et d’oser. Quand on vient d’un milieu modeste on se croit assigné, ou scotché à ce milieu-là. Le propos de la série est que même si on vient d’un milieu pauvre, ou de la campagne, on peut aller où on veut en fait. On est en France, on peut rêver grand et accomplir de grandes choses. La preuve, j’ai réussi à faire des trucs alors qu’à la base j’étais un pouilleux total, en galères, à Caen. Mon personnage dans « En Place » draine beaucoup d’espoir, il fait rêver beaucoup de gens. Il dit beaucoup aux jeunes dont il s’occupe : « il faut rêver grand. Il ne faut pas se mettre de limites »

Pourquoi avoir choisi de filmer à Bobigny ?

J’avais envie d’ancrer l’éducateur (que j’interprète) dans un milieu assez dur socialement. Bobigny représentait vraiment le milieu populaire, les difficultés sociales mais aussi la solidarité, la bienveillance. On a été hyper bien accueilli. C’était important pour moi de tourner là-bas pour aussi faire travailler plein de gens dans la figuration, dans la sécurité. Et puis j’aimais bien le côté gros quartier, c’était une grande cité et c’était super.

Votre série est très drôle, avez-vous écrit tous les dialogues ?
Oui tout est écrit, scénarisé avec François Uzan. Pour les dialogues, comme j’étais avec Eric Judor, Benoît Poolvorde, Marina Foïs, on pouvait laisser la place à l’improvisation. Il y a peut- être 20% d’impro dans cette série.

Dans vos films, vos séries vous êtes en effet toujours très bien entouré. Pourquoi ?
Ça ne m’intéresse pas de faire des trucs tout seul. J’aime bien faire des trucs en équipe. Je viens d’une famille où on est 9 enfants. Moi j’aime bien l’esprit de groupe, de troupe, le
collectif. Ça m’aurait vraiment emmerdé d’être dans un truc où je suis tout seul : JP la star ! J’aime bien partager. Même les films dans lesquels j’ai tourné, c’est parce qu’il y avait des troupes dedans.

Les films qui vous font marrer ?

Je ne suis pas un cinéphile de ouf. Des fois, je parle avec des gens du cinéma je suis, vite fait, dépassé. Les films français qui me tuent : Camping 1, avec Dubosc, Les trois frères, La cité de la peur des Nuls : gros classique aussi. J’aime bien Steak avec Eric et Ramzy de Quentin Dupieux. C’est pour moi un classique de comédie.

Vous vous sentez plutôt Clown blanc ? ou Auguste ?

Je suis un peu le mélange des deux. C’est cette ambivalence qui m’intéresse dans la comédie.

Quel a été le déclic pour votre nouvelle série sur Netflix ?

Il y a eu la cover de « Tout simplement noir » où je m’amusais des codes de la République française. On avait détourné l’image du général de Gaulle avec mon ami John Waxxx, le triple X. Alors quand Netflix m’a demandé ce que j’aimerais faire comme série, j’ai balancé cette idée-là... comme quoi je l’avais au fond de moi. Après, ça a été très vite. On avait beaucoup d’idées avec François Uzan pour développer ce truc-là.

Le ressort comique de Craignos ou « Tout simplement noir » venait des galères du personnage principal. Là c’est différent... non ?
Là, on est avec quelqu’un qui veut gagner les élections présidentielles mais qui ne connaît pas ce milieu. Et ses potes ne sont pas adaptés à ce milieu-là. C’est ce décalage qui crée la comédie. C’est différent de ce que j’ai fait avant.

Votre personnage peut être naïf et grand à la fois

Oui les deux, et « borderline », comme tout le monde, comme vous, comme moi. Même s’il est hyper courageux, hyper bienveillant, ça ne l’empêche pas d’être limite sur certains sujets. Comme il a une cause noble, vraie – un peu comme dans « Tout simplement noir »- du coup il se permet de dire des trucs qu’on ne devrait pas dire. C’est ce qui le rend humain... touchant... et tout. Tu peux être quelqu’un de bien, sous beaucoup d’égards, mais tu as ton côté un petit peu connard qui est là parfois dans certaines situations. Les failles du héros sont intéressantes car elles le ramènent à la norme. C’est quelqu’un de normal en fait.

Un film, des séries, avez-vous déjà été tenté par un one-man show ?

Je connais plein de gars qui sont sur les planches. Je suis ami avec Fary, Fabrice Eboué, d’autres. C’est un boulot à part entière. C’est long. Il faut roder son spectacle pendant des années. Et j’ai le truc de la timidité. Je ne peux pas aller sur scène comme ça. Ça ne me dérange pas d’être sur un plateau et de rigoler avec des gars qui sont de ton équipe. Si t’es pas marrant, c’est pas grave. Mais aller sur scène devant des gens que tu ne connais pas. Tu vas faire des blagues ça se trouve ils ne vont pas rire je peux pas. Pudeur. Timidité. Je peux pas.

Pudeur. Timidité. Ce sont des freins aussi pour aller plus loin qui sont aussi propres aux banlieusards et dont on parle peu.

Oui c’est vrai. Parce que ça fait partie de notre culture aussi. Mes parents sont arrivés en France en 77 et ils nous ont éduqués à « il ne faut pas faire de bruit, pas se faire remarquer, rien du tout » parce qu’ils venaient d’ailleurs. C’est pour ça que je m’appelle Jean-Pascal. Un blaze pour passer le plus inaperçu possible. Mais nous on est né ici, on veut être comme tout le monde. Il y a cette ambiguïté-là, ce paradoxe de ce que tes parents t’ont dit et ce que toi tu ressens où tu te sens à ta place, légitime. Et tu te dis : « mais pourquoi ils me disaient de pas faire de bruit en fait. Je suis chez oim. » Tu vois ce que je veux dire ?

Votre personnage s‘appelle Stéphane Blé. Pourquoi ?

Parce que Stéphane, c’est mon deuxième prénom. Et Blé, c’est le nom de ma mère.

Depuis que vous êtes dans la lumière, qu’en disent vos parents ?

Ma mère, quand j’ai eu le César, elle m’a dit la prochaine étape, c’est les Etats-Unis. Mais au début, quand je leur ai dit que je voulais travailler dans l’audiovisuel, mes parents n’étaient pas enthousiasmés de malade. Ils n’étaient pas en mode « Allez JP », ma mère elle voulait que je sois guichetier à la Poste. Pour elle, c’était le summum du « game ». Elle voulait la sécurité, tout ça.

Et vous, vous rêvez d’Amérique ?

Non pas du tout. Je m’en fiche complètement de l’Amérique, je resterais au Pré-Saint- Gervais. Je suis un gars du Pré. Je suis un français bien français, je resterai en France pour faire mes trucs en France. Après on ne sait pas ce qui peut se passer dans l’avenir. Mon objectif n’est pas d’aller en Amérique et de parler anglais. Je suis un franchouillard qui a grandi en Normandie qui a vécu en banlieue et qui est vraiment content d’être en France. J’ai pas de rêve d’Etats-Unis.

Vous vivez en Seine-Saint-Denis, pourriez-vous vivre ailleurs ?

A un moment j’ai emménagé à Paris avec ma femme. Et un jour, pour aller voir un pote, je suis parti à Romainville. En marchant dans les rues, je me suis senti vraiment chez moi à ce moment-là : les gens comment ils étaient, l’atmosphère... où quand on se regarde on se connaît déjà : chacun sait les galères des uns et des autres. C’est inexplicable... J’en ai parlé à ma femme en rentrant. Paris, je ne me suis jamais vraiment senti chez moi, c’est une ville un peu impersonnelle. Mon sentiment a été : qu’est-ce que je fous à Paname ? c’est ici chez moi en fait.

Retrouvez notre interview vidéo de Jean-Pascal Zadi ici !

Crédit photo : Nicolas Moulard

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