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Aubervilliers Théâtre

Güven a pécho la scène !

Güven a 28 ans, est né et vit dans une cité d’Aubervilliers. Et avec la complicité de la directrice du théâtre de la commune Marie-José Malis, cet amateur monte sur scène… Et casse la baraque !

Pour une première de théâtre, le public n’est pas exactement comme d’habitude. Certes on y compte les habituelles têtes grises à lunettes contentes de retrouver d’autres têtes grises à lunettes, mais que font-là ces longilignes silhouettes en jogging noir ? Et ces jeunes femmes, cheveux détachés ou voilés, de quoi rient-elles ensemble ? Un peu à l’écart, mains calleuses et accent d’Anatolie, ils sont trois à observer les moulures du plafond, se donner une contenance avant de rentrer pour la première fois de leur vie dans une salle de théâtre.

Son premier succès, avant même de monter sur scène, Güven le tient là : dans la composition du public venu l’écouter. Lui, l’enfant de la cité du Pont Blanc d’Auber a réussi à amener au théâtre cette population qui n’y vient jamais, pense que « tout ça, c’est pas pour nous ». Le bouche à oreille a fonctionné et tout Auber a su que Güven, celui qui d’habitude est derrière sa caméra à filmer pour la ville chaque fête de quartier, chaque plantation d’arbes, chaque remise de récompense, sera pour une fois seul au centre la scène.

Un véritable pari pris par Marie-José Malis, directrice du théâtre de la Commune. Après avoir tenté de le diriger avec d’autres jeunes trublions albertivillariens amateurs dans La vraie vie, Marie-José Malis est stupéfaite par son aisance, son sens comique, sa spontanéité. « J’adore Güven. Il est l’acteur même. Il a ce rapport au jeu qui ne s’explique pas, il est l’acteur populaire par excellence, il a la vitalité du jongleur de Dario Fo, il est Sganarelle, Gavroche, il est le plus beau du théâtre. » Alors, dans le cadre de ses Pièces d’actualité, elle décide de monter un spectacle avec Güven et l’aide de trois autres metteurs en scène : Marion Siéfert, Jérôme Bel et Maxime Kurvers. Chacun va construire avec lui une scénette, une tranche de sa vie.

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Un spectacle taillé à sa mesure où Güven raconte tour à tour avec son humour made in Auber son premier choc avec la création théâtrale expérimentale et la nudité sur scène, ou fait revivre aux spectateurs les douces nuits d’été dans les cités, merguez-mercos-musique.
Avec son meilleur pote Momo, « celui qui sort jamais de sa cité mais qui il y a 15 jours, quand je lui ai dit que j’étais en galère pour trouver quelqu’un m’a dit cash : ok, j’le fais », ils jouent le plus tordant des Bourgeois gentilhomme qui m’ait été donné de voir. Du Monty Python version neuf trois !
Avec sincérité, pudeur, il nous dit, pour un jeune homme de cité, la difficulté d’aimer, l’impossibilité d’exprimer les sentiments qui battent si fort sous la veste Nike, le malheur d’être seul. Mais aussi les rapports avec son « daron », celui qui est le repère, dont on voudrait bien s’approcher, dont on voudrait bien s’éloigner.

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Güven et Marie-José Malis ont gagné leur pari : la salle a ri, a eu la gorge serrée, a ri et a ri encore. Et après le spectacle, les têtes grises à lunettes, les jeunes filles voilées ou non, les survets noirs et les mains calleuses, tous et toutes avaient la banane, se souriaient, ensemble.

Photos : Willy Vainqueur

Pièce d’actualité n°16 : Güven
conçu et mis en scène par Jérôme Bel, Maxime Kurvers, Marie-José Malis et Marion Siéfert
avec Momo Bouri, Güven Tugla
Du 17 au 28 novembre 2021
Théâtre de la Commune d’Aubervilliers

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