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Festival Côté Court : 30 ans qui défilent à l’écran

Cette année, les 30 ans du festival Côté Court, au Ciné 104 à Pantin, coïncident avec la réouverture des salles de cinéma après la pandémie. Jusqu’au 23 juin, une centaine de court-métrages vont à nouveau être montrés à des spectateurs impatients de retrouver les écrans. L’occasion de revenir sur cette belle aventure avec Jacky Evrard, le fondateur du festival. Interview.

On n’a pas tous les jours 30 ans. En plus, votre date anniversaire coïncide avec la réouverture des salles de cinéma après la pandémie. C’est une double occasion de faire la fête, dans le respect des gestes barrières…

Oui, c’est une belle fête. On a travaillé tous ces mois sans savoir dans quelles conditions on allait pouvoir faire le festival. Mais l’équipe d’organisation est incroyable, très jeune et très dynamique. Alors bien sûr, il y aura des conditions un peu particulières : une jauge à 65 %, un couvre-feu à 23h… Mais l’essentiel est là : le plaisir de retrouver les réalisateurs et le public, et surtout de générer des rencontres !

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Cette année, vous avez encore reçu davantage de propositions de films que les autres années. Comment fait-on une sélection dans ces conditions ?

Il n’y a pas de critère objectif. On se dirige plutôt vers des films qui font des propositions formelles en lien avec leur récit. Ce qui compte, c’est que chaque film trouve sa forme, sa vérité. Sur les 1830 courts-métrages qui nous sont parvenus, il y en a pas mal qui sont formatés. Ce n’est pas forcément ce qu’on recherche : on veut plutôt une forme personnelle, en adéquation avec le fond. Une chose dont je suis assez fier, c’est aussi que sur les 30 films présentés en compétition-fiction cette année, il y en a une douzaine qui sont des premiers films.

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Conversations de salon de Danielle Arbid

Un des temps forts de votre festival cette année, c’est le focus consacré à la réalisatrice Danielle Arbid. Ses courts-métrages familiaux dessinent une histoire intime du Liban…

Oui, elle a commencé il y a quinzaine d’années avec ses "Conversations de salon" où elle filmait des tantes ou des amies de la famille qui médisaient sur le monde, les petits riens de la vie, puis elle a élargi, en consacrant des petits films à son père, sa mère, son frère… Et à chaque fois elle trouve une forme différente. C’est une histoire intime mais ça raconte aussi quelque chose du Liban, un pays merveilleux mais qui souffre. J’aime beaucoup quand des réalisateurs passés au long continuent dans le court : ça prouve leur attachement à cette forme, et c’est totalement le cas de Danielle.

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Ménage, de Pierre Salvadori

Vous avez aussi proposé une rétrospective en ligne de 30 réalisateurs passés par le festival et qui se sont ensuite révélés sur le long. Pierre Salvadori, Laurent Cantet, François Ozon, Justine Triet... Il y a du beau monde. Ca confirme votre réputation de festival tremplin.

Oui, pas mal de réalisateurs ont été « découverts » à Côté Court. Et vous verrez que ce n’est pas fini. On n’a jamais hésité à faire des choix forts, à avoir des coups de cœur, à mettre en avant des gens qui ont des envies de cinéma mais pas forcément les moyens pour passer par des écoles de cinéma. Un exemple : j’ai reçu l’autre jour un appel particulièrement touchant de Yassine Qnia, jeune réalisateur d’Aubervilliers, dont on a programmé les trois premiers courts. Yassine est aujourd’hui sélectionné pour Cannes pour son premier long, « De bas étage ». L’autre jour, il m’a dit : « C’est grâce à Côté Court que je fais du cinéma. Vous êtes le seul festival à avoir sélectionné mes 3 courts métrages » Des témoignages comme ça, ça fait chaud au cœur.

Racontez-nous comment tout ça a démarré, il y a 30 ans…

Des courts, j’en programmais déjà très régulièrement quand j’étais directeur du Ciné 104, à partir de 1987. Je les appelais les Soirées Côté Court, et le nom est resté. En 1989, les Rencontres cinématographiques d’Epinay, un festival animé par Luce Vigo qui était dédié à ces formes courtes, a malheureusement dû s’arrêter. Or à cette époque, le Département nous avait signalé qu’il souhaitait soutenir le court-métrage tant pour la diffusion que la production. Ce qui nous a donc permis de prendre le relais.

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Une robe d’été, de François Ozon

Pourquoi ce focus sur le court-métrage…

J’ai toujours eu un intérêt pour le film court. Je trouve que c’est une forme en soi : c’est un peu ce que la nouvelle est au roman, une autre façon d’aborder un récit. A mes yeux, le court n’est pas seulement le passage obligé vers le long, c’est un espace de liberté de création parce qu’il y a moins de contraintes que pour un long, où pas mal de gens mettent leur grain de sel… C’est ce qui explique qu’il y a des petits joyaux dans le court métrage !

Dans ces 30 ans, y a-t-il des moments forts qui vous restent en mémoire ?

Oui, même si c’est dur d’en isoler. Il y a bien sûr la venue de certains grands cinéastes. Faire venir Jonas Mekas (réalisateur et écrivain, figure du cinéma underground, ndlr) ce n’était pas rien quand même. Apitchatpong Weerasethakul aussi, qui nous a fait l’honneur de venir présenter ses courts alors qu’il avait déjà reçu la Palme d’Or pour « Oncle Boonmee, celui qui se souvient de ses vies antérieures ». Il y a aussi de belles anecdotes, comme cette fois où Erick Zonca a reçu son prix à Côté Court des mains de l’actrice Elodie Bouchez. Au moment où il reçoit sa récompense, il lui dit : « Je suis en train d’écrire un rôle pour vous ». Deux ans plus tard, Elodie Bouchez recevait le César de la meilleure interprétation féminine pour « La Vie rêvée des Anges », du même Zonca.

On a évoqué le côté dénicheur de talents du festival, mais il y a aussi son rôle très fort de transmission auprès des scolaires...

Oui, et c’est un rôle qui dure 365 jours, pas simplement au cours du festival. Tout au long de l’année, des écoliers, des collégiens, des lycéens (en partenariat avec Cinémas 93) reçoivent la visite de réalisateurs pour parler de cinéma ou travailler à un projet de film en compagnie de professionnels du cinéma. Cette année encore, des réalisations signées de collégiens vont être montrées à Côté Court : Itwan Kebadian a fini cette année sa résidence In Situ dans un collège de Neuilly-Plaisance. Il y a aussi Louis Séguin, qui a documenté le travail de 4 résidences de journalistes dans des établissements de Seine-Saint-Denis dans son beau film « Pré je fus ».

Allez, avouez que vous préparez déjà les 30 prochaines années…

Il ne faut pas être trop gourmand (rires). A l’époque, on était bien loin de se douter qu’on partait pour une aventure de 30 ans ! On va se concentrer sur les années qui viennent. Le positif, c’est que je sens que la dynamique est encore là, avec un festival qui sait évoluer. Par exemple, c’est Mathieu Amalric (acteur et réalisateur, auteur notamment de Zorn, montré en avant-première à Côté Court le 15 juin) qui vient de rendre la présidence de l’association Côté Court et ça va encore donner un souffle nouveau. Le plus surprenant, c’est qu’aujourd’hui, la plupart des cinéastes sélectionnés n’ont pas 30 ans et n’étaient donc même pas nés quand le festival a commencé. Et ça, c’est une sacrée preuve de renouvellement !

Propos recueillis par Christophe Lehousse

Lien vers le site de Côté court

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