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Fatsah Bouyahmed, One two three, viva la comédie !

Clown attachant, incarnant des personnages populaires, l’acteur originaire d’Aubervilliers est à l’affiche de « Citoyen d’honneur », comédie douce-amère sur l’Algérie d’aujourd’hui, qui sort le 14 septembre. Il y retrouve son vieux comparse, le réalisateur Mohamed Hamidi, originaire comme lui de Seine-Saint-Denis.

« Je me presse de rire de tout, de peur d’être obligé d’en pleurer. » Cette phrase de Beaumarchais, dans le Barbier de Séville, pourrait être de Fatsah Bouyahmed, le bateleur d’Aubervilliers.
A 51 ans, ce comédien qui sait admirablement bien alterner entre l’Auguste et le clown blanc promène sur la vie un regard nuancé, jovial sans être naïf, tendre surtout.
Connu pour ses personnages comiques et populaires dans les sketches de Jamel Debbouze, pour ses rôles aussi dans la série « La Petite Histoire de France », l’acteur franco-algérien vient de retrouver son complice de toujours, le réalisateur Mohamed Hamidi, pour « Citoyen d’honneur ». Explorant une nouvelle fois les rapports en dents de scie entre France et Algérie, avec cette fois un focus sur l’Algérie.

Là où dans « La Vache » - un film dont il avait co-écrit le scénario - il était ce paysan algérien qui traverse la France pour montrer sa vache au Salon de l’Agriculture, agissant comme un révélateur, il incarne cette fois Miloud, ami d’enfance de l’auteur franco-algérien Samir Amine. Miloud, le bon copain, l’amoureux des histoires sans être un fin lettré, est chargé d’accueillir Samir Amine à l’heure où son petit village de Kabylie, d’où le grand écrivain est originaire, a décidé de le faire « citoyen d’honneur ». Une peinture de l’Algérie entre truculence et sentiment d’immense gâchis, où le personnage de Fatsah Bouyahmed vient mettre un peu de couleur dans la grisaille des rêves brisés. Les espoirs douchés du Hirak – ce mouvement populaire lancé au printemps 2019 réclamant un fonctionnement plus démocratique de la société – et le sentiment de « no future » de la jeunesse algérienne sont malheureusement passés par là.

Autodérision à l’algérienne

« On rit beaucoup des choses tristes en Algérie, même si ensuite on pleure deux fois plus fort, explique le comédien, dont la famille est originaire de Barbacha, un village de la petite Kabylie, près de Bejaia. Il y a cette autodérision qui fait qu’on accueille les mauvaises nouvelles de manière moins brutale. » Petit exemple en direct durant l’interview : à la question « Le film pourrait-il sortir en Algérie ? », Fatsah répond oui. Oui si les salles de cinéma, fermées durant la décennie noire du terrorisme, étaient rouvertes, oui, s’il existait une industrie du cinéma en Algérie et oui, bien sûr, puisque déjà il n’a pas été possible pour l’équipe du film de tourner en Algérie. « Donc vous voyez pas de problèmes... »

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Fatsah, lui, a grandi en France, cité Gabriel-Péri à Aubervilliers. Le comédien se souvient avec tendresse de l’Auber de son enfance, au milieu de ses sept frères et sœurs : « C’était pas les cités les plus tranquilles, mais on a grandi dans la collectivité, et ça nous a nourris. Les parents se parlaient, on allait frapper chez les voisins pour un rien : du sel, du sucre, le petit à garder. On a grandi dans une espèce d’esprit communiste où tout le monde était ensemble. », se remémore celui dont les parents vivent toujours à Auber et qui y repasse régulièrement.
Au milieu de cette cité « Tour de Babel », Fatsah fait les 400 coups. « Je crois que je me souviens du jour où mon père s’est rendu compte que, contrairement à ce qu’il pensait au départ, on ne rentrerait pas en Algérie : c’est quand il m’a vu entouré de mes copains français, italiens, espagnols, arabes, sénégalais, bref de tout ce qui fait la France d’aujourd’hui. C’est là qu’il s’est rendu compte que notre vie était ici. »

Attention, tout n’était pas rose dans la ville rouge : l’explosion du chômage, avec les grandes entreprises qui ont fermé – dont Babcock, à La Courneuve, où travaillait son père- l’arrivée des drogues dures et la montée d’un certain individualisme ont aussi provoqué quelques turbulences. « Moi, le théâtre m’a d’une certaine manière sauvé », affirme Fatsah sans avoir peur des grands mots. Un beau jour, vers ses 21-22 ans, le p’tit gars d’Auber tombe sur la compagnie Etincelles qui joue une pièce en bas de chez lui. Il passe une tête, est captivé par les textes « et aussi pour être honnête par une jolie comédienne à qui je voulais plaire », et vogue la galère.
« Mon premier texte, c’était trois pages de « Gorgibus », une des premières pièces de Molière. J’étais super fier. Du jour au lendemain, dans la cité, j’étais « Théat’Man » et ça me plaisait. Ensuite, j’ai découvert qu’on pouvait être payé pour ça, et j’en ai fait mon métier. »

Commedia dell’Arte

Ce grand épris de textes classiques – « que l’école publique m’a fait découvrir, je ne l’en remercierai jamais assez » - brûle ensuite les planches, au Pré Saint-Gervais, à la compagnie du Mystère Bouffe, sous la direction de Carlo Boso. « J’y jouais Polichinelle et Pantalone, sauf que mes personnages s’appelaient Mouloud et Mustapha parce qu’en Commedia dell’Arte, on apporte ses origines pour nourrir les personnages. »

Pas étonnant que ça ait ensuite matché avec Jamel Debbouze et Mohamed Hamidi, en compagnie desquels il crée le festival Le Marrakech du rire. « Avec Mohamed, on a ce vécu commun qui fait qu’on a envie de raconter les mêmes choses, argumente Fatsah Bouyahmed. Je me suis rendu compte que toujours, il veut montrer le réel en passant par le rire, comme dans les grandes comédies italiennes des années 70. C’est aussi ce qui m’intéresse. Le réel, c’est ma plus grande inspiration. Je n’arrête jamais d’observer les gens. Par exemple, au supermarché, le mec qui hésite entre deux paquets de biscuits, il dit une vérité qui m’intéresse. »
Mais on peut faire confiance à Fatsah pour raconter cette scène sans le moindre pathos, par souci de dignité et pour rendre le propos plus fort aussi. Jean qui rit, et Jean qui pleure, tel est Fatsah, le Mister Bouffe.

Christophe Lehousse
Crédit photos : ©2021-Axel Films Production-Apollo Films-C8-Janine Films

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« Citoyen d’honneur », l’Algérie entre rires et larmes

Dans « La Vache », Mohamed Hamidi déroulait le road movie d’un paysan, sorte de Fernandel algérien monté à Paris pour y montrer sa vache au salon de l’Agriculture et distillant au passage quelques vérités sur cette France pas toujours accueillante. Cette fois, c’est vers l’Algérie d’aujourd’hui que ses regards se tournent.
Soit Samir Amine, écrivain franco-algérien fraîchement couronné du prix Nobel et que son village d’origine en Algérie veut nommer « citoyen d’honneur », lui qui n’y a plus mis les pieds depuis 30 ans. Porté par un Kad Merad sobre et juste, qui laisse la partie plus franchement comique à Fatsah Bouyahmed ou à Jamel Debbouze, ce film s’avère à la fois une comédie sociale pertinente et une réflexion assez poussée sur la littérature. Dans un jeu de miroirs assez réussi avec la jeune étudiante Nora (Oulaya Amamra, révélation de « Divines »), Samir Amine - sorte de double d’Amin Maalouf et Yasmina Khadra – s’aperçoit ainsi qu’en trente ans, peu de choses ont changé pour les jeunes dans la société algérienne, qui se voit toujours privée de certaines libertés fondamentales. La force du film, qui sort donc le 14 septembre, est sûrement de formuler ce constat sans jamais se départir de son amour pour l’Algérie et ses habitants.

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