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Face au mal-être des étudiants, un relais psy de La Courneuve tend la main

Confrontés aux conséquences du Covid, les étudiants – en particulier étrangers – se montrent souvent démunis. Dans un département qui ne compte aucun Bureau d’aide psychologique universitaire, le relais psy de La Courneuve a ouvert ses consultations depuis le 1er mars aux étudiants. L’enjeu est maintenant de pérenniser cette démarche, le Département s’étant déjà engagé à soutenir cet effort à partir de septembre prochain.

Un petit bureau sur la dalle d’immeubles non loin de l’arrêt de tramway « Hôtel de ville » de La Courneuve : le relais psychologique collégiens-lycéens du 93 ne paye pas de mine. Mais il abat du boulot. Depuis le 1er mars dernier, soutenu par un crédit temporaire de l’Agence Régionale de Santé Ile-de-France jusqu’en septembre, cette antenne dépendant de la Fondation Santé des Etudiants de France a étendu de manière expérimentale ses consultations aux étudiants.
« Ils sont venus très vite, parce qu’il y a un réel besoin, indiquent le psychiatre Thibaut Ernouf et la psychologue Manon Beuzen qui reçoivent ce public supplémentaire sur les deux jours d’ouverture de la structure. Le mal-être de cette population était déjà grand avant la crise sanitaire, mais celle-ci est clairement un facteur de stress supplémentaire. Angoisses face à des difficultés matérielles, sentiment d’être perdu avec le distanciel, absence de lien social, c’est un peu ce qui ressort des entretiens avec eux », expliquent ces deux professionnels de santé, qui accueillent une trentaine d’étudiants par semaine dans le cadre de consultations entièrement gratuites.
« On note principalement de l’anxiété et de la dépression chez la plupart des étudiants qui viennent nous consulter, poursuit le psychiatre qui travaille aussi dans un centre de psychologie public rattaché à l’hôpital de Ville-Evrard. Mais c’est aussi l’âge où les troubles de l’humeur et psychotiques émergent. Il y a aussi les pathologies traumatiques, en particulier chez des étudiants qui ont migré. Dans ce département, c’est quelque chose auquel on est plus vigilant que d’autres confrères. »
Marc*, 22 ans, fait lui partie des étudiants sur lesquels les confinements successifs ont eu un effet d’usure. Cet étudiant à Paris-8 s’est fait « surprendre » par le Covid alors qu’il était en licence III, une situation qui a perduré lors de son année de Master I au point de le plonger dans un burn-out. « Avec les cours en distanciel, je me suis retrouvé tout seul pendant deux bons mois. Ajouté au fait que mon ordi est tombé en panne et que le coup de pouce financier qu’on m’avait promis pour le réparer n’est arrivé qu’à la toute fin de l’année, tout ça m’a mis en panique. Je ne sortais plus de chez moi et j’ai fait un petit burn-out. J’étais persuadé d’être le seul dans ce cas, jusqu’à m’apercevoir que ça concernait une bonne partie de la promotion... », raconte cet étudiant qui s’est décidé à consulter en mars dernier.

Pas de Bureau d’aide psychologique pour 60000 étudiants…

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Dans son cas comme dans d’autres, l’ouverture du relais psy du 93 aux étudiants a été un soulagement. A ce jour, la Seine-Saint-Denis ne compte en effet aucun BAPU (Bureau d’Aide Psychologique Universitaire), là où Paris en compte 4 et le Val-de-Marne 3… Et cela, alors que le département recense tout de même 60 000 étudiants. Or, impossible pour la plupart de ces étudiants de se tourner vers l’offre libérale, les consultations psychologues n’étant pas remboursées.
Quant aux CMP (centres médico-psychologiques), les délais d’attente atteignent souvent plusieurs mois. « Les quelques consultations que j’ai suivies à La Courneuve m’ont fait du bien. Le positif, c’est d’une part qu’ils connaissent les réalités de la fac et et d’autre part qu’il n’y a pas beaucoup d’attente et que c’est entièrement gratuit. Auparavant, j’avais téléphoné à l’antenne universitaire de Saint-Maur, et là en revanche, il y a des listes d’attente de 2-3 mois... », témoigne Marc. Avant d’enchaîner, lui qui en a gros sur le cœur : « Je considère que l’État n’a vraiment pas aidé les étudiants dans cette crise. Heureusement que des associations comme le Secours populaire ou la Croix-Rouge étaient là, pour l’alimentaire. Mais en tant que jeune démarrant dans la vie, c’est quand même le crève-cœur de s’adresser à ce genre d’associations. Les étudiants étrangers, notamment, qui d’office étaient exclus des aides, en ont beaucoup bavé. »
Après avoir répondu à un appel à projets de la Fondation de France, le but pour le Relais psy de La Courneuve est désormais de pérenniser l’offre pour aller au-delà du mois de septembre et pouvoir prolonger sur la prochaine rentrée universitaire. Un effort que le Département a lui aussi décidé de soutenir à hauteur de 20 000 euros, dans le cadre de son 2e volet du Plan de rebond voté en mars dernier. Autant de crédits qui devraient permettre de recruter un deuxième psychologue et ainsi d’augmenter le nombre de consultations.
« A terme, nous aimerions parvenir à la création d’un BAPU en Seine-Saint-Denis, qui fait cruellement défaut. On espère que cette première expérience, ajoutée à d’autres, en posera les bases », esquisse Thibaut Ernouf, qui a par exemple déjà rencontré à ce sujet le président de Paris-13.

*Le prénom a été changé

Christophe Lehousse

Relais Collégiens Lycéens, 3, allée des Tilleuls, 93120 La Courneuve. Tél. : 01 83 72 73 06 ou 06 40 29 78 98- consultations les mercredi et jeudi sur rendez-vous

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