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Demba Bamba, pilier de Saint-Denis

Avec Yacouba Camara, cet avant de 21 ans représentera non seulement la France mais aussi la Seine-Saint-Denis à la Coupe du monde de rugby, qui débute ce samedi pour les Bleus. Né à Saint-Denis, biberonné au rugby du SDUS, on ne peut pas plus dionysien que ce joueur attachant, réservé à la ville, fonceur sur un terrain.

On peut être sûr que s’il pousse en mêlée, c’est tout Saint-Denis qui poussera avec lui. Demba Bamba est tellement dionysien qu’on pourrait dire que ce pilier droit de l’équipe de France provient directement de la Basilique. « Je vais tout donner, c’est un moment unique », souffle le jeune joueur de 21 ans, tout heureux de faire partie de la liste des 31 Bleus qui disputeront à partir du 21 septembre la Coupe du monde de rugby au Japon.
Et tant pis s’il est un peu dans l’inconnu après trois mois sans compétition, liés à l’opération d’une hernie cervicale contractée après tant d’efforts répétés en mêlée. « A l’entraînement, je n’ai plus aucune gêne, je me sens bien. Après, tu peux faire autant d’entraînements que tu veux, ça ne remplace pas la compétition. Mais j’ai envie... », promet l’avant de l’équipe de France.

Pour ce jeune gars de la cité Paul-Eluard, la carrière rugbystique tient de l’ascension météoritique. Après seulement 7 ans de rugby, la voilà dans le grand bain de la Coupe du monde, joueur de confiance des sélectionneurs Jacques Brunel et Fabien Galthié, et en Top14 avec le Lyon Olympique Universitaire (LOU). Et dire qu’à l’époque, il était venu au rugby presque par hasard… « Au collège, on avait eu des interclasses de rugby en 6e et 5e, et ça s’était pas trop mal passé. Alors, mes amis m’avaient proposé de venir m’entraîner au SDUS (Saint-Denis Union Sports, club omnisports de la ville). J’ai un peu hésité parce que je pratiquais déjà le hand et le judo, mais un jour j’y suis allé. J’ai tout de suite accroché : tout ce que je faisais dans le hand et le judo, je le retrouvais dans le rugby, en mieux. »

Comme sur un terrain, Demba Bamba est lancé et rien ne l’arrêtera : après deux ans de SDUS - « un super club, qui m’a vraiment donné le goût du rugby » - il est repéré par le CA Brive, ville où il rejoint son grand frère Seyré, qui y joue au handball. Cette rapidité prouve au passage la qualité de la formation des clubs de Seine-Saint-Denis, qu’il s’agisse du SDUS ou de l’AC Bobigny, club d’origine du troisième-ligne Yacouba Camara, qui est également de l’aventure au Japon.
Arrive ensuite, à l’été 2018, le titre mondial avec les -20 ans. Son meilleur souvenir à ce jour, avec sa première sélection sous le maillot de l’équipe de France seniors, en novembre 2018, face aux Fidji. Habituellement réservé, le grand Demba ne se fait pas prier pour raconter : « J’étais conscient que je pouvais entrer en cours de match. Quand ça s’est produit, j’ai joué le coup à fond. J’avais une envie de malade. A la fin, malgré la défaite (14-21), je vivais un rêve : toute ma famille, mes amis étaient en tribunes, dans ce Stade de France que j’avais regardé si souvent de l’extérieur quand j’étais petit. Je crois que ce jour-là, j’avais réussi à avoir 100 places : tous mes potes d’enfance étaient là ou presque. »

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La famille, les amis, deux socles sur lesquels Demba Bamba, issu d’une famille de 8 frères et sœurs, a construit sa jeune carrière, incontestablement. Deux autres preuves, s’il fallait en apporter : son grand frère Seyré l’accompagnera au Japon pour le Mondial, et dès qu’il le peut, ce grand costaud revient à Saint-Denis dans la cité de son enfance, où vivent encore ses parents. « Ça me ressource. Quand je me balade rue de la République à Saint-Denis, je me sens chez moi, c’est comme si je n’étais jamais parti. Bon, dernièrement, y a pas mal de gens qui m’arrêtent dans la rue. On se sent soutenu, ça fait chaud au coeur », souffle-t-il.
En août dernier, il était encore au quartier, à jouer au foot avec les potes, quand ils se sont improvisés pompiers pour tirer des flammes des habitants d’un immeuble qui avait pris feu. « J’aime pas trop en parler parce que je ne veux pas être présenté en héros. Les médias ont rapporté ça comme si j’avais été le seul à me bouger. Mais c’est tous ensemble qu’on a agi. », grogne-t-il.
La famille, c’est aussi la Mauritanie, pays de ses parents qu’il a pu visiter une seule fois quand il avait 10 ans. « J’y avais vu ma grand-mère pour la première fois, c’était émouvant », raconte celui qui parle aussi soninké, une des langues mauritaniennes, à la maison.

Son rêve, maintenant, serait d’aller le plus loin possible, « gagner contre l’Argentine le 21 septembre et aller en quarts de finale, ça bien sûr, mais pourquoi pas plus loin encore… » Et si le numéro 3 marquait un essai au cours de ce Mondial, on est prêt à parier que son prochain trajet, rue de la République, serait encore plus tortueux.

Christophe Lehousse
Photos : ©Nicolas Moulard

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