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Decouflé, une histoire danse avec la Seine-Saint-Denis

C’est en Seine-Saint-Denis que sa carrière a été lancée, là qu’il a installé sa compagnie il y a 25 ans, là encore qu’il vit depuis plus de dix ans. Entre le chorégraphe Philippe Decouflé et notre département, l’histoire est ancienne et il entend bien la faire perdurer. Interview.

Votre histoire avec la Seine-Saint-Denis remonte à loin : En 1983, vous avez remporté le Concours chorégraphique international de Bagnolet. Que représentait-il à l’époque ?
Tout le monde passait par ce concours. Cela a été le cas de toute la première génération de chorégraphes français. Les petites scènes que l’on connaît aujourd’hui n’existaient pas alors. Le Concours de Bagnolet était un des rares endroits où on pouvait se présenter, un week-end par an, avec des programmes de maximum 10 min. C’était un concours assez ouvert, avec un côté « radio-crochet » assez rigolo, qui a lancé de nombreuses carrières.

Est-ce votre cas ? Ce prix a lancé votre carrière ?
Oui, cela a été le premier lancement de ma carrière, avant les Jeux olympiques. À l’époque, je revenais de New York où j’avais découvert la danse américaine, Merce Cunningham, etc. Je commençais à écrire de petites choses mais je ne savais pas trop encore dans quelle direction aller. J’avais assisté au Concours les deux années précédentes, pour y voir deux amis, et j’avais déjà imaginé ce qu’il fallait faire. La pièce que j’y ai présentée était seulement la deuxième que j’écrivais.

En 1995, votre compagnie DCA s’est installée à Saint-Denis. Comment s’est fait ce choix ?
Après les Jeux olympiques (d’Albertville 1992, pour lesquels Decouflé avait imaginé la cérémonie d’ouverture et de clôture ndlr), je cherchais un lieu pour pouvoir expérimenter des choses avec ma compagnie. Nous avons appelé la mairie de Saint-Denis parce que nous savions que Patrick Braouezec était susceptible d’accueillir favorablement notre demande. Il allait voir beaucoup de spectacles, était assez curieux de ce qui se faisait et je savais qu’il aimait bien mon travail. Sa réponse a été positive et il nous est toujours resté fidèle depuis.

La Chaufferie est un lieu atypique...
La première fois que j’y suis entré, les chaudières prenaient toute la place ! Mais on pouvait imaginer le volume potentiel du lieu et cela me convenait. Cela a été très lourd et très long de l’aménager mais nous avons pu y construire un entrepôt, une scène, un atelier, etc. C’est un lieu de création unique, qui nous permet de travailler avec un décor, en lumière artificielle ou naturelle, et d’accueillir aussi d’autres compagnies, dont certaines de Seine-Saint-Denis.

Cela a-t-il du sens pour vous d’être en Seine-Saint-Denis ?
Oui bien sûr. Je ne fais pas qu’y travailler. J’y vis aussi depuis plus de dix ans. Cela correspond à mes valeurs, de gauche. C’est bien d’être là et nous menons beaucoup de collaborations sur le territoire. Le partenariat avec les Rencontres chorégraphiques internationales est un rendez-vous annuel pour nous depuis longtemps. Nous travaillons aussi avec la MC93, les Grands Magasins, Les Laboratoires d’Aubervilliers dont j’adore le travail. Un véritable travail de fond est également effectué avec la ville, les écoles, etc.

Comme lorsque vous aviez mis en scène « la Mêlée du monde », cette immense parade qui a vu un millier de personnes danser le Haka à l’occasion de la Coupe du monde de rugby en 2007...
Cela a été un moment magique ! Pendant un an, nous avons réalisé un travail extraordinaire avec les associations de sport, de danse, etc. Tout s’est fait avec les habitants et dans la joie. Les gens sont vraiment heureux de se retrouver, de se rassembler pour créer. Cela a été une belle expérience partagée avec cette ville, mais il y a en a d’autres à venir. Cette année, nous intervenons par exemple dans deux écoles maternelles de Saint-Ouen, ainsi que dans le cadre du dispositif départemental « Figure libre ». C’est important de créer du lien avec le territoire, d’être utiles, de partager la création. Et la danse est un outil formidable pour cela !

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