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De Pantin à Sao Paulo, la terre est ovale

Le 18 décembre, 12 jeunes joueuses du Rugby Olympique Pantin décolleront pour Sao Paulo où elles seront hébergées dans les familles de joueuses brésiliennes. En quelque sorte un match retour pour les Pantinoises puisqu’en 2019, elles avaient commencé par accueillir ces mêmes Brésiliennes. Une belle aventure qui a largement dépassé le terrain, gravée sur pellicule par un film magnifique : Só Vai.

De « l’emoçao » à l’état pur. C’est ce qui se dégageait ce jeudi 20 octobre de la projection de « So Vai ». Les quelque 200 jeunes du Rugby Olympique Pantin, réunis pour voir ce film de Capucine Boutte et Emmanuel Saunier, avaient bien du mal à quitter la salle du Ciné 104 de Pantin, tant ce documentaire en disait long sur les valeurs du club et l’énergie d’un territoire.
Soit l’histoire de la rencontre de 12 jeunes Pantinoises et 12 Brésiliennes autour d’un ballon ovale. A l’été 2019, les joueuses de la favela de Paraisópolis - autour de 80 000 habitants, la plus grande de Sao Paulo – étaient venues en France pour y rencontrer leurs alter ego des Courtillières. Ensemble, elles étaient parties disputer une tournée dans le Sud-Ouest, avant de revenir à Pantin où les "Leoas", le surnom des Brésiliennes, avaient été hébergées dans les familles des joueuses. Une aventure montée par deux doux rêveurs profs d’EPS - Lucien Midelet, entraîneur au ROP, et Maider Jaureguy - et immortalisée par les réalisateurs Emmanuel Saunier et Capucine Boutte.

Mêmes difficultés, mêmes préjugés

« C’est la troisième fois que je vois « Só Vai », et je suis toujours autant émue. Ce qu’on a vécu au cours de ce projet nous a toutes fait grandir », témoignait Prodiges, l’une des Pantinoises qui a accueilli les Brésiliennes à l’été 2019. « Só Vai » ("Allez !" en portugais), comme le cri de guerre des "Leoas" lorsqu’elles entrent sur un terrain de rugby, cri de ralliement vite adopté par les Françaises.
D’ailleurs, pourquoi le Brésil ? « Au départ, c’est un peu le hasard. Il y a 6 ans, je revenais d’une mission volontaire de 3 mois à l’Instituto de rugby para todos, une structure assez exemplaire à Sao Paulo, qui s’est appuyée sur le rugby pour faire du travail social dans la favela de Paraisópolis, se souvient Lucien Midelet. Et je m’étais dit qu’il y avait une passerelle à construire avec les filles de chez nous, qui sont parfois confrontées aux mêmes difficultés, mais aussi aux mêmes préjugés. »

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Un « essai du bout du monde » plus que transformé par les Françaises et les Brésiliennes : partage, discussions en profondeur sur la tolérance, le racisme, l’identité, et bien sûr parties de rugby enfiévrées, c’est de tout cela qu’a accouché ce projet interculturel.

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Qui connaîtra en plus une suite, avec le départ imminent des Pantinoises, le 18 décembre pour le Brésil, en quelque sorte le match retour. Là encore, les filles n’ont pas ménagé leur peine pour organiser ce voyage, lançant un financement participatif ou des collectes, comme ce repas « auriverde » organisé juste après la diffusion du film dans le club-house du Rugby Olympique Pantin. Le projet, qui requiert à peu près 40000 euros, peut aussi compter sur le soutien de certaines collectivités territoriales, comme la ville de Pantin ou le Département.

Un terrain au cœur de la favela

« Je suis hyper impatiente de partir ! Je ne suis jamais partie aussi loin. Jusqu’à présent, mon record, c’est le Sénégal ! », se réjouissait Fatoumata, qui avait à l’époque hébergé deux Brésiliennes, Raiza et Pamela. Cette dernière était d’ailleurs présente à la projection de « Só Vai », elle qui a décidé de faire sa vie en France après son passage tricolore en 2019. « On a un point commun entre les Courtillières et Paraisópolis, c’est la manière dont on nous voit. Beaucoup de gens ne savent pas ce qu’est une favela et s’imaginent toutes sortes de choses. Bien sûr, il y a des difficultés sociales, mais il y a aussi une vie propre à la favela, des gens qui y grandissent et participent à la vie du pays, comme partout ailleurs », explique celle qui est entrée en Ovalie à l’Instituto de rugby para todos, créé en 2004 par Mauricio Draghi et Fabricio Kobashi.

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« Il faut imaginer un terrain de sport niché au cœur d’une favela de quelque 80 000 personnes. Le rugby y a pris parce qu’un jour, deux joueurs du quartier riche de Morumbi, situé juste à côté, ont commencé à se faire des passes avec un ballon ovale sous les yeux de deux gamins de la favela. Intrigués, les gamins leur ont demandé s’ils pouvaient essayer. Les deux joueurs leur ont dit de revenir le lendemain, et le jour d’après, ils n’étaient plus deux mais 100 gamins à vouloir essayer », raconte Emmanuel Saunier, l’un des réalisateurs de "Só Vai" qui a vécu à Sao Paulo.
Comme en France il y a 3 ans, le programme des réjouissances s’annonce copieux : visite de Paraisopolis, passage par une école de samba, beach rugby sur l’Ilhabela, une île au large de Sao Paulo et peut-être même Rio et son pain de sucre s’il y a le temps...
Mais la plupart des Pantinoises attendaient surtout de pouvoir vivre la vie de leurs amies brésiliennes. « Vu de France, quand on pense au Brésil, c’est Rio, Copacabana, un peu comme quand les Brésiliennes rêvaient de la Tour Eiffel quand elles sont venues. Mais ça, c’est pas la vraie vie ! Moi j’ai surtout envie d’être avec elles, de manger avec leur famille, de m’entraîner sur leur terrain. », insistait Aménis, 21 ans, déjà de l’aventure en 2019 et désormais embauchée dans une ONG après des études de communication.
Volonté du club autant que passage du temps, les 12 veinardes qui partiront ne seront pas tout à fait celles qui avaient accueilli les Brésiliennes il y a trois ans. « On voulait aussi intégrer la nouvelle génération de jeunes filles pour que leurs horizons s’élargissent aussi avec ce voyage », ponctue Lucien Midelet. C’est le cas de Mariam, 17 ans. « Le film m’a vraiment plu. Ça donne encore plus envie d’y être déjà. J’admets qu’au début, moi aussi j’avais des préjugés sur les favelas, qui venaient surtout de ce qu’on peut voir dans les films. Maintenant, j’ai hâte de voir la réalité », soufflait la jeune fille qui confiait n’avoir jamais voyagé aussi loin sans ses parents.
Pour info, "Joyeux Noël" se dit « Bom Natal » en portugais…

Christophe Lehousse
Photos : ©Sylvain Hitau et ROP de Pantin

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3 questions à Emmanuel Saunier et Capucine Boutte, réalisateurs de So Vai

Le film montre une rencontre entre deux cultures, mais il montre aussi de jeunes Pantinoises qui se découvrent elles-mêmes à travers les Brésiliennes…

Capucine Boutte : « C’était intéressant de voir comment les filles de Pantin ont très vite compris qu’à travers ce projet, elles représentaient la France. Elles étaient chargées d’accueillir les Brésiliennes chez elles. Elles se sont donc fait porte-parole françaises, alors que leur propre pays les traitent parfois encore comme des immigrées. Et quand ce n’est pas le cas, certaines ont malheureusement intégré le fait qu’elles ne correspondaient pas à l’archétype de la Française, comme on le voit dans la scène du début.

Emmanuel Saunier : C’est pour ça que le trajet du film, c’est un peu la scène du début où elles se disent qu’elles ne correspondent pas à l’image de la Française jusqu’au climax, où elles chantent la Marseillaise avec les Brésiliennes. Ou alors Hawa et Grâce, deux joueuses de Pantin, qui chantent Barbara au retour de leur tournée dans le sud.

Les thèmes qu’elles abordent sont d’une maturité incroyable : racisme, inégalités sociales, égalité femmes-hommes, sexualité…

Capucine Boutte : Ce qui était très touchant pour nous, c’est de voir à quel point les filles se sont aperçues de points communs entre elles et les Brésiliennes : comme elles, beaucoup sont issues de l’immigration, elles ont grandi en banlieue, et en même temps, le fait d’être nées dans des pays différents faisait qu’elles avaient d’énormes différences culturelles.

Emmanuel Saunier : Et la plupart du temps, ces conversations étaient hyper spontanées. Notre seule initiative était de leur aménager des temps de dialogue un peu plus en profondeur où on traduisait. L’égalité filles-garçons, sur la répartition des tâches à la maison, la religion lors de la visite de la cathédrale de Bayonne, c’est venu tout seul… Il n’y a que sur la mémoire de l’esclavage qu’on les a un peu lancées à La Rochelle, parce qu’elles ne connaissaient pas forcément l’histoire de la ville.

Les avez-vous vu évoluer en trois ans ou même au cours de ce seul été 2019 ?

Capucine Boutte : Oui, les déclics ont parfois été impressionnants. Globalement, elles sont toutes sorties grandies de cette expérience. On voyait qu’elles avaient gagné en assurance, en maturité. Là, c’est super de les revoir. Elles ont bifurqué dans plein de directions différentes : certaines sont rentrées dans la vie active, certaines aussi sont devenues mamans. Ce projet était fort en cela que la cohésion entre les deux groupes était spéciale, bien au-delà du terrain de rugby.

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