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Économie & Emploi

Covid, quelles conséquences pour le BTP ?

Quels sont les effets du confinement pour les entreprises de Seine-Saint-Denis ? Premier témoignage, celui de Francis Dubrac, dirigeant d’une importante entreprise de travaux publics, pris entre assurer la sécurité des salarié·e·s et multiplier les actions pour la survie de sa société...

Dubrac TP est un acteur historique du BTP en Seine-Saint-Denis. Près de cent ans d’existence, 400 collaborateur·rice·s, 45 millions de chiffre d’affaires, Dubrac a participé à la transformation du département notamment lors de la construction du Stade de France et est engagé dans la préparation des Jeux olympiques de 2024. Le témoignage de son dirigeant est révélateur de la situation des entreprises du bâtiment.

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"Depuis les premiers jours de mars les salariés arrivaient plaisantant : « Je ne serre pas la main », « Je n’embrasse plus », d’autres disaient qu’ils n’avaient pas peur d’une « grippette ». On nous disait qu’il ne fallait pas porter de masque que le remède était pire que le mal.
Néanmoins dès le 9 mars nous avons commencé à distribuer les consignes et conduites à tenir pour éviter la contamination des salarié·e·s sur les différents lieux de travail. Mais les médias rapportaient que la situation empirait. C’est dans ce contexte que nous avons décidé le 17 mars de convoquer le Conseil Social et Economique (ancien CHSCT) pour une réunion extraordinaire le 17 mars.
Devant la dangerosité de la pandémie et les retours des hôpitaux commençant à annoncer des morts, nous avons collégialement et à l’unanimité décidé l’arrêt de tous les postes de l’entreprise et la mise au chômage partiel de ses 400 salariés.
Nous avons néanmoins décidé de maintenir une équipe d’assainissement, sur la base du volontariat, pour remplacer une conduite d’eaux usées d’un diamètre 400 en « tranchée ». Les riverains devaient pouvoir se servir de leurs installations sanitaires, qui plus est, en période de confinement.
Dix ouvriers courageux et attentifs aux gestes barrières, portant tous les équipements nécessaires à leur sécurité travailleront près de 14 jours, finiront leur tâche pour apprendre in fine que l’un d’entre eux était contaminé par le Covid 19. Immédiatement chacun a été prié d’arrêter toutes les tâches en cours et les revêtements définitifs de chaussée n’ont pas été terminés.
Fort heureusement ce salarié n’a pas été gravement touché et s’en est sorti avec trois jours de fièvre et huit jours de toux. Ceux-là, aussi, sont des héros de la pandémie.
Depuis ce moment-là, plus rien. Les camions sont alignés dans la cour, les pelles mécaniques sont endormies, les ateliers silencieux et les bureaux résonnent. Le directeur administratif et financier se bat avec les sites du gouvernement pour obtenir les saints « codes » qui lui permettront de déclarer le chômage partiel ou plutôt le travail partiel …
Le directeur général se charge de la continuité des réponses aux appels d’offres et aux préparations de chantier avec le bureau d’étude pour l’après. La responsable des ressources humaines prépare ses paies dans le contexte « Chômage partiel », passe les virements et écrit a chacun une lettre accompagnant le bulletin de paie indiquant qu’ils n’auraient pas leur chèque déjeuner, la société émettrice n’ayant pu les fournir.
Parallèlement, les discussions avec les banques vont bon train pour obtenir un prêt de plusieurs millions pour payer salariés, fournisseurs et sous-traitants au moment où l’on ne touchera pas de règlement en juillet, août et septembre de nos travaux qui n’auront pas été faits.
Les salariés, heureux de toucher leur paie, appellent l’entreprise, en s’inquiétant de la pérennité de son avenir, dont le leur dépend étroitement. Ils demandent à reprendre au plus vite pour sauver leur emploi, malgré les risques. Risques que la Direction ne veut prendre qu’a minima et uniquement que lorsque tous les équipements de sécurité commandés seront arrivés.
Les salariés s’inquiètent de la santé des collègues, et nous apprennent qu’un tel ou un tel est l’hôpital, souvent depuis bien avant la période de confinement. Fort heureusement aucun cas mortel n’est à déplorer dans les équipes. Ils trépignent d’impatience pour reprendre le travail, retrouver leur salaire normal et assurer le moins de pertes possibles à l’entreprise.

Il est rassurant d’avoir le soutien de tous les élus locaux qui privilégient la santé des hommes et femmes salariés du BTP y compris sur des chantiers importants pour la nation tels que les Jeux olympiques, qui ne restent que des Jeux, bien futiles au regard d’une pandémie mortelle.
Pour un chef d’entreprise la période est noire et l’avenir est sombre mais l’entraide, la cohésion et la fraternité de tous au sein de l’entreprise laissent présager que le soleil reviendra et qu’ensemble on construira peut-être un nouvel avenir plus solidaire……

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