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Comment améliorer l’Aide Sociale à l’Enfance ?

Samedi 19 novembre à la Ferme des possibles, à Stains, une quarantaine d’enfants et de jeunes confié·e·s à l’Aide Sociale à l’Enfance (ASE), âgé·e·s de 8 à 23 ans, ont discuté ensemble de ce qu’ils ou elles voulaient améliorer dans leur quotidien. Invité·e·s par le Département de la Seine-Saint-Denis, ils et elles sont désormais membres du premier Conseil des Jeunes de la Protection de l’Enfance.

« Dans le foyer, il y a beaucoup de choses qui ne vont pas et on aimerait que ça aille mieux. On nous a dit que, ici, si on parlait, ça pouvait tout changer, du coup on est venu  » explique Aka (le prénom a été changé), 13 ans, qui vit avec son frère et sa sœur. Au début, hésitante, elle a fini par s’engager dans ce Conseil des jeunes de la protection de l’enfance, qui se réunira cinq fois entre janvier et juin 2023.

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Pour Stéphane Troussel, Président du Département de la Seine-Saint-Denis : « C’était un engagement pris par notre majorité départementale, et c’est un engagement tenu ! En créant ce Conseil des jeunes de la protection de l’enfance nous voulons faire évoluer les actions menées par nos services de l’Aide Sociale à l’Enfance en partant plus directement des ressentis et des préoccupations des enfants et jeunes que nous accueillons. Avec 1100 agent·e·s, près de 9000 enfants accueilli·e·s et plus de 300 millions d’euros de budget annuel, l’Aide Sociale à l’Enfance est un enjeu absolument majeur pour le Département de la Seine-Saint-Denis. »

A chaque âge ses préoccupations.

Ylies (le prénom a été changé), 13 ans, trouve « qu’il faudrait qu’il y ait plus d’éducateurs, un peu plus de sécurité et que les enfants puissent avoir des animaux de compagnie. » Cochon d’inde, lapin, chat, hamster sont désirés par un certain nombre d’enfants. Il souhaiterait aussi qu’on augmente son argent de poche : « On a cinq euros par semaine, mais j’aimerai bien qu’on augmente à 10 euros, ça ferait 40 euros par mois. C’est pour acheter des livres, des jeux de société. Dernièrement avec j’ai acheté un kidizoom, c’est un réveil qui fait radio et un jeu de Uno. »

Etudes supérieures pour les plus grand·e·s

Les jeunes entre 15 et 17 ans ont souhaité voir abordé, quant à eux, la question des autorisations de sorties. Les jeunes filles aimeraient la présence d’une infirmière dans chaque foyer, et une nourriture de meilleure qualité.
Awa, 19 ans, explique qu’elle a plein d’idées parce qu’elle est à l’ASE depuis qu’elle a deux ans, d’abord en famille d’accueil, et désormais en appartement. Actuellement en deuxième année de DUT, Awa veut être juriste en droit social. Celle qui vit désormais au Raincy dans un appartement vient de remplir les 3 post-it qu’on lui a tendu. Le premier : « inciter plus les enfants et les jeunes à faire des études et ne pas les décourager afin qu’ils ou elles rentrent dans les limites de prises en charge ». « Pourquoi s’arrêter au bac+2 si on peut avoir un bac + 5 ? Moi-même, j’aimerai poursuivre 3 à 4 ans après le bac. »

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Le second post-it : « fortifier le lien entre frère et sœur ». «  J’ai un frère mais on a été séparé. C’est mon frère mais chacun fait sa vie  ». Awa souhaite aussi qu’aucune décision ne soit prise sans l’accord de l’enfant, sans qu’il ait pu exprimer son envie, peu importe son âge, qu’il ait 6, 12 ou 16 ans.

D’autres jeunes, arrivé·e·s à l’ASE depuis quelques mois seulement participent aussi comme Yann né à Villepinte et depuis cinq mois en foyer ou Moussa Cissé arrivé il y a quatre mois à Gagny.

Du changement à l’ASE...

« Ce premier Conseil des jeunes s’est très bien passé. On a atteint l’objectif qu’ils passent un bon moment, qu’ils se rencontrent, qu’ils choisissent plusieurs sujets qu’on va pouvoir creuser avec eux » explique Alice Best, responsable de d’ODPE (Observatoire Départemental de la Protection de l’Enfance). Elle ajoute « qu’est-ce qu’ils veulent faire exactement lorsqu’ils abordent la question des sorties, idem sur les horaires, sur les écrans, il faut prendre le temps de voir avec eux dans le détail ce qu’ils voudraient. Les faire débattre en groupe, sur ce qui est réaliste. On a aussi parlé des lieux où ils voudraient qu’on se réunissent la prochaine fois. L’un d’eux voulaient nous inviter chez sa grand-mère. D’autres dans leur foyer. »

Pour améliorer le quotidien

«  Réunir les enfants selon leur âge, pour parler, je trouve que c’est une bonne idée » explique Julia (le prénom a été changé), 17 ans « Ils nous ont bien écouté. On a pu proposer nos idées pour changer ce qui nous dérangeait dans la vie en général. Et j’espère qu’il y aura plus d’efforts par rapport à ça, qu’il y aura plus d’amélioration pour les autres enfants qui sont dans les mêmes conditions que nous. Je trouve que tout ce qui a été proposé était intéressant. Les sujets nous concernaient tous et toutes.  » De son côté, à l’aube de sa majorité, cette future cuisinière qui rêve de monter son entreprise a souhaité aborder la question de la semi-autonomie : « cela signifie qu’on a un studio, on fait nos courses, on est dans la vie d’adulte, j’ai envie de ça  ». Une matinée riche où Julia tient à saluer les protagonistes : « on a tous et toutes été entendu·e·s. C’est bien. On a des gens qui nous écoutent sans nous juger, ce sont des gens exceptionnels. Heureusement qu’ils et elles sont là pour nous aider à chaque moment difficile. C’est une bonne équipe l’Aide Sociale à l’Enfance de la Seine-Saint-Denis. Heureusement qu’ils et elles sont là, qu’on peut se poser sur l’épaule de quelqu’un. »

Près de 80 jeunes volontaires se sont déjà inscrit·e·s. Une restitution commune sera faite en juin 2023 afin que les propositions formulées durant l’année soient présentées et intégrées au Schéma départemental de prévention et protection de l’enfance.

Isabelle Lopez

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Noël, anniversaire et poésie
« Les pistes d’améliorations pour les plus jeunes d’entre eux concernaient avant tout leur quotidien : dormir plus tard, avoir accès à la télé avant 14h, avoir son propre téléphone, avoir une poésie chaque matin. Avoir des temps seuls dans sa journée, notamment pour celles et ceux qui partagent leur chambre. Ils ont aussi beaucoup parlé de l’argent de poche, de la vêture, l’argent qu’ils et elles ont pour s’habiller, se coiffer. Les jeunes ont parlé des fêtes : noël, anniversaire, ils aimeraient plus de costume, plus d’animation, rendre ces fêtes-là plus joyeuses. Ils ont parlé un peu de l’équipement de leur foyer : changer la couleur du petit van qu’ils utilisent, du bouton de la douches à remplacer. Ils aimeraient plus de sorties, de meilleurs goûters, des repas plus variés. Un ou deux ont parlé de la cohabitation entre enfants et une minorité des liens avec leurs parents. »
Alice Best, responsable de d’ODPE (Observatoire Départemental de la Protection de l’Enfance).

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L’idée est de changer les choses
« Votre parole est confidentielle. On ne va pas noter vos noms et dire qui a dit quoi. L’idée c’est qu’on parle au nom du groupe. Au fil des rencontres, l’idée est qu’on forme un avis collectif. Vous avez chacun votre avis et on va pouvoir croiser les regards. L’idée est qu’on puisse transmettre ce travail aux personnes qui interviennent dans votre accompagnement. A l’issue de ces rencontres, vous les présenterez à Nadia Azoug, la Vice-présidente chargée de l’enfance, de la prévention et de la parentalité, à la direction de l’enfance et de la famille du département et aux principaux partenaires qui interviennent dans votre accompagnement. Si vous nous parlez des juges pour enfants, du tribunal pour enfants, de ce qui se passe à l’école, on leur transmettra. L’idée est de changer les choses. »
Laura Biaud, chargée de mission à l’ODPE

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