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Cinébanlieue 2018, la loi du genre

Pour sa 13e édition, du 7 au 16 novembre, le festival, qui se déroule principalement à Saint-Denis, continue de creuser la complexité de la périphérie. Cette fois-ci à travers le film de genre. Polars, comédies, drames, tout est bon, pourvu qu’ils soient au service d’une réflexion sur la France d’aujourd’hui.

Une comédie en entrée (« Mauvaises herbes » de Kheiron), un polar bien corsé comme plat de résistance (« Frères ennemis », avec le parrain du festival Reda Kateb) et une rasade de « Shéhérazade » de Jean-Bernard Marlin en guise de digestif, voilà un aperçu du menu de cette 13e édition de Cinébanlieue.
Après avoir consacré une page spéciale aux acteurs et réalisateurs noirs l’année dernière, le festival bien enraciné à Saint-Denis et dans le XIXe, donne cette année dans le cinéma de genre. « Dans le cru des films sur la banlieue cette année, je voyais qu’il y avait une envie des cinéastes de s’emparer du genre en faisant référence aux films qui ont renouvelé le ciné hollywoodien : les premiers Scorsese ou les films de Carpenter. Mais toujours en maintenant le genre au service d’une réflexion sur la société », explique Aurélie Cardin, directrice de l’événement.

Quand David Oelhoffen met en scène « Frères ennemis », une histoire de deux amis d’enfance ayant grandi au sein de la même cité, ce n’est donc pas pour verser dans le cliché sensationnaliste sur les banlieues. Dans son film tourné cité Gagarine à Drancy, le réalisateur donne dans le polar tout en montrant certaines réalités – le chômage de masse, la désespérance de certaines familles.

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Idem pour « Shéhérazade », de Jean-Bernard Marlin. Là, Zachary, grandi au sein des quartiers populaires de Marseille, va être amené à faire un choix entre la loyauté à son clan d’enfance et l’amour qu’il porte à Shéhérazade, perçu par son entourage comme une faiblesse.
Qu’on se rassure : à Cinébanlieue, la banlieue n’est pas représentée qu’à travers des histoires de casses et de trafics. « Depuis toujours, le festival montre la diversité des regards qu’on peut avoir en banlieue. C’est le pouls du pays tout entier qu’on prend quand on montre nos films, qui ont vocation à raconter des histoires universelles. », insiste Aurélie Cardin. Dans « De toutes mes forces », Chad Chenouga expose par exemple avec sensibilité les états d’âme d’un jeune homme écartelé entre deux milieux sociaux, élève dans un cossu lycée parisien le jour et résident d’un foyer en banlieue la nuit.

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Cette diversité de sujets est aussi bien incarnée par la sélection des 10 courts-métrages qui concourront encore cette année au Grand Prix. Parmi eux, « Chien bleu » de Fanny Liatard et Jérémy Trouilh nous raconte le « blues » puis la renaissance d’un père de famille. Porté par le jeune Stanois Rod Paradot, lancé par « La Tête haute », c’est un joli morceau de poésie du quotidien. « Ramdam » du Bordelais Zangro souligne quant à lui avec justesse et ironie la psychose qui peut malheureusement surgir lorsqu’on parle d’Islam. « Malgré eux » de Djigui Diarra dénonce lui les violences policières vécues par de nombreux jeunes des quartiers populaires. « On va manquer », de l’actrice confirmée Sabrina Ouazani qui passe là de l’autre côté de la caméra, a lui des airs de « Festen » sur fond de querelle entre tradition et modernité.

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Autre morceau de choix cette année, la carte blanche à la Réunion à travers une sélection de courts-métrages réalisés par de jeunes talents de là-bas. « Le point de départ est une remarque de Vincent Fontano, un réalisateur réunionnais, qui soulignait à quel point son île était en fait la « banlieue de la banlieue », elle qui est confrontée aux mêmes problèmes sociétaux que l’Ile-de-France ou Marseille, doublés d’une invisibilité. Pour remédier à ça, nous avions donc souhaité montrer les productions de Cinékour. » Fondée par la réalisatrice Elsa Dahmani, cette association est un peu le pendant réunionnais du travail réalisé dans l’Hexagone par le festival Cinébanlieue. « Myriam, Saint-Louis », de Guillaume Noura, « Cilaos », de Camilo Restrepo et « Tangente », de Julie Jouve et Rida Belghiat, valent le détour. Une nouvelle fois, Cinébanlieue a donc du style et ne fait pas genre...

Deux lieux de projections : L’Ecran de Saint-Denis et l’UGC Ciné Cité 19e
Retrouvez le programme complet sur le site du festival Cinébanlieue
A noter que Reda Kateb sera présent le 10 novembre pour présenter "Frères ennemis", à 20h

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