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Chapelle vidéo à Saint-Denis - La peau qu’ils habitent

Jusqu’au 29 mai, dans la chapelle du musée d’Art et d’Histoire de Saint-Denis, le vidéaste Frédéric Nauczyciel donne à voir son travail sur la peau comme parchemin vivant. Entre ghettos noirs de Baltimore et banlieues parisiennes, il met en scène une dizaine de performers en train de filmer l’histoire de leur corps et de leurs tatouages.

Dans la chapelle du musée d’Art et d’Histoire de Saint-Denis, le danseur de Baltimore Dale Blackheart exhibe son torse nu et ses tatouages. La pose est parfaite, lascive et provocante à souhait. Normal, on a affaire à du "voguing", une danse née dans les années 70 dans la communauté homo et transgenre des ghettos noirs-américains, en référence aux couvertures du magazine "Vogue", dont cette communauté était par définition exclue.

Par sa performance live, Dale Blackheart, natif du East Side Baltimore - "à deux pas de là où a été tournée la série culte "The Wire" - dialogue en fait avec des vidéos qui défilent derrière lui. Neuf écrans diffusant de petits films dans lesquels des performers américains ou français dévoilent un carré de peau, comme on parcourt un parchemin antique...

« J’ai choisi de travailler sur la peau parce que c’est une interface, argumente Frédéric Nauczyciel, vidéaste dont l’exposition "La Peau Vive" est présentée par le Département dans le cadre de l’événement "Chapelle vidéo". La peau, c’est une alliance de contradictions : c’est à la fois fort et fragile, ça contient un être et en même temps, c’est un des organes les plus étendus du corps. Et puis, la peau est le support des tatouages, qui sont des marques intimes. Donner à chaque performer la possibilité de se filmer lui-même, c’était lui donner la possibilité de choisir ce qu’il allait nous livrer de son histoire. »
Au total, ils sont donc une dizaine d’artistes, issus de la scène du voguing de Baltimore ou de la périphérie parisienne à se dévoiler : de la transexuelle Lisa Revlon et son papillon intime au performer français Jean-Luc Verna, qui semble sorti tout droit d’une BD d’Enki Bilal.
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Dale Blackheart, le bien nommé, donne lui à voir le tatouage d’un immense coeur noir dans lequel on aperçoit la silhouette de la Tour Eiffel. Une aubaine pour Frédéric Nauczyciel, parti en 2011 à la découverte de la scène du voguing de Baltimore et qui n’a de cesse depuis d’établir des passerelles entre les cultures urbaines des villes de la côte Est et des banlieues parisiennes.

« Je veux notamment mettre en lumière la féminité qui existe aussi bien dans les ghettos noirs-américains que dans les cités autour de Paris, souligne le vidéaste. Cette féminité est bien présente, mais elle est étouffée par le masculin dominant. Ce qui m’intéresse, c’est de montrer comment des manifestations revendicatives comme le voguing font voler en éclats les clichés autour de cette féminité », poursuit cet artiste qui avait déjà travaillé à la naissance d’un marching band en Ile-de-France dans un projet précédent.
Sur les spectateurs présents dans la chapelle, la danse du jour, exécutée sur un tube disco ambiance Giorgio Moroder, a en tout cas eu un effet envoûtant. "Je l’ai trouvé très belle et en même temps presque intimidante, témoigne Laurent, amateur de danse contemporaine et venu des Hauts-de-Seine voisins. Le voguing a un côté très esthétique et aussi politique dans sa revendication de l’homosexualité ou du transgenre. »

Pourtant, pour Dale Blackheart, un des premiers complices américains de Fred Nauczyciel, le voguing n’est pas à proprement parler une danse politique. "C’est plus un vecteur de liberté d’expression. C’est juste dire : "voilà qui je suis, moi, indépendamment des préjugés, des contradictions ou du contexte", explique ce jeune homme qui dit avoir commencé la danse vers 6-7 ans. "C’est ma mère qui nous a transmis sa passion de la danse, mais quand elle nous apprenait des pas, elle voulait toujours qu’on les exécute de façon masculine, et ça, j’avoue que je ne comprenais pas", poursuit le jeune danseur.
Outre ce genre de performances, l’exposition propose aussi des séances de tournage où les artistes impliqués viennent se refilmer eux-mêmes en direct, leurs tatouages étant alors projetés sur les écrans alentour. Les vogueurs Honeysha Khan, Dale Blackheart, Diva Ivy Balenciaga, le slameur de Bobigny D’ de Kabal : qu’ils soient de Paris et de Baltimore, tous viennent à la Chapelle de Saint-Denis raconter leur histoire "en live". Et tous ont la danse dans la peau.

Christophe Lehousse

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Performances tous les dimanches à 16h, jusqu’au 29 mai
Avec, alternativement, Honeysha Khan, Vinii Revlon, Ari de B, Diva Ivy Balenciaga

Le 20 Mai à 18h Filmage en direct. Frédéric Nauczyciel invite d’autres artistes à réactiver en direct des séances de filmage en public : le vogueur Dale Blackheart, le slameur D’ de Kabal (Bobigny), le vogueur Honeysha Khan (Paris)

Jusqu’au 9 avril, le centre d’art le 104 à Paris vous fait par ailleurs découvrir les travaux précédents de Frédéric Nauczyciel sur les scènes du voguing américain et parisien.

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