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Bagnolet Boxe

Champion du monde !

Le 19 janvier à Las Vegas, le Bagnoletais Nordine Oubaali a remporté à 32 ans le championnat du monde professionnel WBC poids coq face à l’Américain Rau’shee Warren. L’épilogue d’un long parcours semé d’embûches, où rien n’a été facile, mais où il a toujours compté sur son grand frère Ali. Une vraie histoire de boxe...

Ce pourrait être le scénario d’un film, un de ceux qui fait la part belle au noble art et aux personnages à l’âme bien trempée. L’histoire commence à Hénin-Beaumont, une petite ville du Pas-de-Calais, une famille nombreuse de dix-huit enfants où le travail est une vertu capitale. Le père donne l’exemple et cumule deux emplois, l’un à la mine, l’autre dans un garage. La mère elle veille sur la maisonnée. Et pour occuper tous ces enfants et leur donner des valeurs, il y a la boxe. Pratiquement tous les Oubaali ont mis les gants, que ce soit en boxe anglaise où en thaïlandaise. Ali, l’un des grands frères de Nordine, a réussi l’exploit de devenir champion du monde dans le temple du muay thaï, le Lumpinee de Bangkok. Après trois défenses victorieuses de titre, il se reconvertit en boxe anglaise. Tout d’abord chez les amateurs où il détient le plus beau ratio français de K.O. par combat et un titre national, puis chez les pros. Il mène sa carrière avec détermination, n’hésitant pas à s’installer aux USA pour boxer. Il obtient la ceinture WBC Méditerranée des super-légers en 2012.

Jusqu’aux Jeux olympiques

Nordine lui était tout d’abord tenté par la boxe pied-poings, mais à huit ans, le club local de boxe thaï ne l’a pas accepté, contrairement à celui d’anglaise. « Ne sois pas déçu, tu verras, tu seras content ensuite d’avoir fait de l’anglaise... » lui avait alors dit l’entraîneur. Il avait raison ! Nordine est devenu un des pensionnaires de l’équipe de France de boxe amateur. Tous les espoirs lui étaient permis lors des Jeux olympiques. Mais à Pékin, il a appris à ses dépens que malgré une nette domination, on ne gagne pas contre un Chinois prévu pour gagner l’or. Pas plus que quatre ans plus tard à Londres contre un Irlandais...
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Alors, fini le monde amateur. Nordine passe chez les pros. Avec son frère Ali, ils montent leur club, le Top Rank à Bagnolet. Dans leur salle, les deux frères travaillent, travaillent encore pour, combat après combat, que Nordine gravisse les échelons vers le championnat du monde. Tout cela sans manager, en ne refusant aucun adversaire. Après 14 victoires en autant de combats et 11 KO, il est double champion WBC silver, challenger officiel pour le championnat du monde.

Attendre, encore attendre...

Mais tout n’est pas réglé pour autant. Le monde de la boxe professionnelle est souvent retors, et le punch d’Oubaali est redouté. Alors, toutes les ficelles sont utilisées pour l’émousser un peu. « Le combat était tout d’abord prévu en juin contre un Thaïlandais, puis reporté en début juillet, puis fin juillet, explique Ali Oubaali. Mais non, ce sera en août ! Mais un autre report, on parle d’octobre, de novembre... Finalement on signe pour le 22 décembre, contre un Américain, Rau’shee Warren. Mais le match est encore repoussé au 19 janvier ! » Toute la boxe professionnelle est là, avec ses reports, ses hésitations, ses accords en sous-main, ses arrangements... Ce qui est sûr, c’est que Nordine n’a pas été favorisé. « Tous ces reports gênent la préparation de Nordine, fulmine son frère et coach. A chaque fois, on se dit que c’est la bonne. On se prépare, on ne fait pas semblant, il s’agit d’être prêt, c’est d’un championnat du monde dont on parle ! Et paf, report ! Un boxeur, comme n’importe quel sportif de haut niveau, ne peut pas être au top de sa forme toute l’année. Mon rôle, c’est de le préparer pour qu’il soit prêt pour le jour J. Mais comment planifier correctement la préparation si la date du combat change tout le temps ? »

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Le risque, c’est alors le surentrainement. A force de reports successifs, les périodes de préparation intensives se succèdent au fil des mois. Le boxeur se fatigue, avec le danger d’être à court de forme au moment de franchir les cordes. « Et on ne parle pas des conséquences du point de vue psychologique ! reprend Ali. On espère, on se prépare, et non, report, report, report... Sans compter que pendant tout ce temps, Nordine n’a pas pu assurer son emploi à la Mairie de Bagnolet. Depuis le mois de juin il est en congés sans solde, ça commence à faire long... »

Avant le combat

A quelques jour de partir pour le Nevada, Nordine nous est apparu confiant, « J’ai eu des moments en bas dans ma carrière mais si je deviens champion du monde, tout cela n’aura été que des moments pour y parvenir. Ça a toujours été mon rêve d’être champion du monde ! Quand j’étais petit je ne connaissais même pas les Jeux olympiques, mais je rêvais de Mike Tyson, Mohammed Ali... » Nordine ne regrette rien, associe toujours son frère : « Après les Jeux de Londres, j’avais arrêté la boxe. C’est Ali qui m’a persuadé de revenir chez les pros. Du coup, tout ce que j’ai fait depuis, ce n’est qu’un bonus ! Et c’est grâce à lui. »

Sur la route de Nordine, Rau’Shee Warren, un adversaire qu’il avait battu d’un point aux J.O. de Londres. Mais pour lui peu importe : « A chaque fois qu’on m’a dit de boxer untel, j’ai dit oui. On me dit de boxer n’importe qui, j’y vais. Si tu veux être champion du monde, tu as le devoir de boxer n’importe qui. » Nordine est confiant, ses atouts sont sa puissance et sa faculté d’adaptation. « Je crois en ma préparation, à lui d’être prêt aussi. Et le but c’est de kiffer ! Ce combat, c’est la cerise sur le gâteau après des années de travail, faut que ça reste un bon souvenir. » Dans son coin, il y aura son frère Ali bien sûr, mais aussi Joseph Germain, l’entraîneur du Boxing club de Noisy-le-Grand. Pour Nordine « c’est une question d’éthique, il ne faut pas oublier qui était là au début et qui était là pendant les moments difficiles. Joseph Germain était là et c’est un grand entraîneur, il a formé plusieurs champions. J’ai de la chance de l’avoir dans mon coin avec mon frère. »

Le grand jour

Désormais, tout est en place, tous les rôles sont distribués, la dernière séquence du film est prête à être tournée dans la mythique salle du MGM Grand. Warren commence fort, grâce à son jab maintient à distance Oubaali, plus petit. L’Américain esquive bien, mais Nordine avance et maintient la pression. Il donne plus coups, bien plus efficaces que ceux de Warren. Celui-ci hésite à s’engager, c’est le Bagnoletais qui donne le tempo, comme lors d’une belle accélération lors de la 7ème reprise. Les rounds se succèdent et Nordine est clairement celui qui en veut le plus, à fond tout le temps, sans faiblir. Fin du match, décision unanime des juges : (115-113, 116-112, 117-111). Nordine est champion du monde ! Il exulte et lève les bras, Ali prend son frère dans les bras. La famille Oubaali vient de s’offrir son happy end.
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Photos : Sylvain Hitau

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