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Cécile Cotelle, infirmière : « Chaque sortie de patient est une victoire »

Elle est pharmacienne, lui magasinier, il est chauffeur routier, elle infirmière. Tou·te·s opèrent en Seine-Saint-Denis. Et tou·te·s, malgré les mesures de confinement prises contre la pandémie de coronavirus, se rendent chaque jour sur leur lieu de travail pour maintenir le fonctionnement du pays. Pour Le Mag de Seine-Saint-Denis, ils racontent leur quotidien d’"inconfinables".

Cécile Cotelle, 49 ans, est cadre de santé au service réanimation de l’hôpital André-Grégoire de Montreuil :

« Je suis infirmière à André-Grégoire depuis 1994, et j’ai « fêté » hier mes 20 ans au service réanimation. Ce n’est jamais drôle en réa, mais je peux vous dire que j’aurais préféré un autre contexte. La situation est tendue. En réanimation, tous nos lits sont occupés. En temps normal, nous avons 12 lits, là nous sommes montés à 21, tous complets. L’hôpital en général fait beaucoup : tous services confondus, nous avons 190 lits Covid ouverts. Et malheureusement, nous n’entrevoyons pas encore le fameux pic. Espérons que ce soit pour lundi prochain (6 avril).
Ce qui met du baume au cœur, ce sont les patients qui rentrent chez eux. Nous en avons eu trois pour l’instant. Chacune de ces sorties est une victoire. Malheureusement, à côté de ça, nous avons aussi des décès. C’est très dur à vivre. Parce qu’on voit la détresse des familles et parce qu’on ne s’y habitue jamais.
Les gestes médicaux qu’on effectue ici ne sont pas des gestes anodins : c’est de l’intubation, de la ventilation de patients, des dialyses aussi. On essaie aussi de maintenir le contact avec les familles pour que, lorsque le patient se réveille, il puisse voir des photos, des mots de soutien de ses proches. On a ouvert exprès une boîte mail pour que les personnes concernées puissent nous envoyer ces messages pour leurs proches hospitalisés.
Actuellement, nos journées sont de 12h. Personnellement, je travaille du lundi au vendredi. Mon rôle à moi, c’est d’avoir des plannings dignes de ce nom et de protéger au maximum mes équipes – au service, nous sommes 21 infirmières et 18 aides-soignants. Nous protéger de l’épuisement qui nous guette, mais aussi bien sûr du Covid lui-même. Ça veut dire faire la chasse aux masques, blouses, gants, lunettes de protection : c’est la principale problématique du service. Les arrivages de masques chinois, on n’en a pour l’instant pas vu la couleur, mais on y arrive, à travers certaines livraisons, et des dons.
Il ne faut pas croire qu’on n’a jamais peur pour nous-mêmes ou nos familles. Des soignants de l’hôpital sont d’ailleurs tombés malades, dont certains sont en réanimation. Mais on essaie juste de faire notre métier. Dans ce contexte, c’est vrai que les applaudissements de 20h nous font du bien, tout comme les dons qu’on reçoit. Un exemple parmi d’autres : un infirmier fan du PSG a reçu il y a quelques jours de quoi manger lors des temps de repos en salle de garde, et des blouses et gants de la part d’un collectif d’ultras. Ça fait chaud au cœur.
Sinon, quand des gens me disent qu’ils veulent m’aider, je leur réponds que respecter le confinement, c’est déjà nous aider. Parce qu’il n’y a que comme ça qu’on va réussir à inverser la courbe.
De cette crise, je retiendrai plusieurs choses : j’espère d’abord que que la prochaine fois qu’on dira au gouvernement que l’hôpital public a besoin de moyens, il comprendra le message. Ensuite, je retiendrai aussi certains profiteurs, comme ces fournisseurs qui nous réclame 8000 euros par respirateur quand on leur demande simplement de transformer un respirateur infantile en modèle pour adulte.
Mais je veux surtout retenir la mobilisation exceptionnelle de mon établissement. Il n’y pas que le personnel soignant, c’est un tout : les secrétaires, les gens de la chambre mortuaire, la logistique, tout le monde accomplit un tour de force. J’espère qu’on en sera récompensé, en sauvant un maximum de gens. »

Propos recueillis par Christophe Lehousse

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