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Cancers du travail en Seine-Saint-Denis : l’enquête d’une sociologue sur l’accès aux droits

La sociologue Anne Marchand a publié en octobre un ouvrage tiré de sa thèse : « Mourir de son travail aujourd’hui, enquête sur les cancers professionnels », réalisé en suivant et en aidant des malades du cancer de Seine-Saint-Denis à faire reconnaître l’origine professionnelle de leurs pathologies. Un plaidoyer pour la non-exposition aux poisons, plutôt que la réparation.

En Seine-Saint-Denis, les taux d’incidence de cancers - le nombre de maladies repérées sur un temps et une période donnée- sont bien plus élevés que dans le reste de la France. La mortalité liée à au cancer du poumon est supérieure de 5% chez les hommes par rapport à la moyenne nationale1. Ce fléau est évitable, pense la sociologue Anne Marchand, auteur de l’ouvrage « Mourir de son travail, enquête sur les cancers professionnels », publié le 13 octobre 2022 aux éditions de l’Atelier. Car les dispositifs pour mesurer et prévenir les cancers existants sont la plupart du temps aveugles à l’origine professionnelle de la maladie et sa prise en compte permettrait de mieux les prévenir.

C’est en reprenant des études sur le tard que cette ancienne agent du Département s’est retrouvée à mener une enquête sociologique au sein du GISCOP93, le groupement d’intérêt scientifique sur les cancers professionnels en Seine-Saint-Denis. Ce dispositif de recherche-action inédit, à l’origine impulsé par le Département- et toujours financé à hauteur de 30 000 euros par an- met en lien des chercheurs et des structures hospitalières. « Les hôpitaux orientent vers nous les résidents de Seine-Saint-Denis malades de cancers, nous reconstituons avec eux leur histoire professionnelle. Ces parcours sont ensuite examinées par un collectif d’experts, qui identifient d’éventuelles expositions aux cancérogènes statuent sur l’opportunité de les faire reconnaître comme maladies professionnelles auprès de la Sécurité sociale », détaille Anne Marchand. Son rôle a consisté, pendant sept ans, à chercher avec ces malades ou leurs ayant-droits des preuves de leurs expositions, remplir des formulaires administratifs compliqués, les accompagner aux différents guichets... et parfois jusqu’au contentieux. Ces accompagnements sont la matière première de sa thèse.

Au travers de récits de parcours individuels, elle y détaille tout ce qui fait obstacle à l’accès des malades à la réparation : le fait que l’origine professionnelle des cancers reste un impensé, pour les malades, les médecins et les institutions, le contexte défavorable à l’exercice de ses droits, la difficulté de réunir des preuves, l’épreuve de la confrontation avec l’employeur. Elle torpille, en conclusion, son propre objet de recherche : «  Le droit à la réparation est finalement une acceptation du fait que le travail tue  », explique la sociologue. Anne Marchand plaide donc à maxima pour une non-exposition, plutôt que sur une réparation de celle-ci : « Il y a urgence à remettre en cause les conditions de travail pathogènes, qui devraient faire l’objet d’un contrôle et d’une intervention plus contraignante de l’Etat  ». « La vraie question, c’est ce qu’on produit, pour quelle société. Car les substances qui empoisonnent les travailleurs se retrouvent dans ce que l’on consomme, dans notre environnement  », conclut-elle. Une lecture salutaire !

* Selon une enquête du Dispositif Spécifique Régional du Cancer en Île-de-France menée sur la période 2007-2016 et publiée en 2019

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