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Bruno Wilhelm, Saxo alto et compagnie

Ce saxophoniste professionnel vient d’emmener 30 musiciens amateurs de Seine-Saint-Denis à la Nouvelle Orléans, dans le cadre d’un projet de l’association Villes des Musiques du Monde. L’aboutissement de 3 longues années de pratique avec des élèves dont la plupart n’avaient auparavant jamais touché un instrument. Portrait d’un passionné pour qui jazz rime avec partage.

« La musique, je l’ai commencée sur le tard, à 18 ans. Par un voisin à Argenteuil, je suis tombé sur John Coltrane et j’ai été subjugué. « A Love Supreme », une pure merveille… Ce qui manquait alors dans ma vie était dans cette musique là. » Il faut écouter Bruno Wilhelm évoquer sa découverte du jazz. Le saxophoniste de 52 ans, à la carrière accomplie depuis, en parle comme d’une révélation, ou d’un coup de foudre.

C’est ce même coup de foudre qu’il s’est attaché à transmettre pendant 3 ans à des jeunes du collège Pablo-Neruda d’Aulnay, du centre social du Gros Saule et de celui de Guy-Môquet à La Courneuve. Dans le cadre des « Fanfares amateurs » de l’association Villes des Musiques du Monde, ces 30 veinards se sont vus embarqués dans un projet un peu fou : du jour au lendemain, eux qui n’avaient jamais touché un instrument de leur vie se sont retrouvés à former un « brass band »– une fanfare style New Orleans. Avec pour point d’orgue de cette initiative un voyage à la Nouvelle Orléans, berceau du jazz, en avril dernier. Au programme : dix jours à « Nola », comme on l’appelle, à découvrir l’histoire parfois brillante, souvent violente de cette ville marquée par l’esclavagisme, où le jazz joué à Congo Square ouvrait comme des poches de liberté aux esclaves.

Mais surtout dix jours à jouer comme des dératés, au Musée du jazz de la Nouvelle Orléans, sur le « Creole Queen », bateau à roues à aubes qui vit les débuts de Louis Armstrong, et même au Jazz Fest, l’un des plus prestigieux festivals de jazz au monde. « Je savais que ces jeunes en étaient capables. Au cours de ces trois années, je les ai vus grandir, évoluer. Désormais, leur rapport à la musique n’est plus le même : au début, la musique leur était très extérieure, maintenant, ils en ont besoin. Je pense vraiment que certains continueront la musique par pur plaisir », souffle Bruno Wilhelm.

Oralité et Intuition

Mais avant cet étourdissement final, il y a eu trois ans de travail et de plaisir, de tâtonnements et de concerts à répétition pour monter ce brass band. « Le but de ce projet, c’était d’ouvrir la pratique instrumentale à des jeunes qui, pour différentes raisons, considéraient que ce n’était pas pour eux. Ce n’a pas toujours été facile. Il a fallu changer des codes, des habitudes, donner confiance. Mais quand on m’a exposé la philosophie du projet, j’étais immédiatement partant », explique le saxophoniste, qui a croisé la route de Villes des Musiques du Monde via le Cap, centre culturel d’Aulnay où il est intervenu pendant 15 ans.

Pour apprendre à sa joyeuse troupe le trombone, la trompette ou le saxophone – tous des instruments prêtés aux jeunes par l’association - Bruno Wilhelm a eu recours à une méthode originale. « Je leur montrais les gestes et eux les reproduisait. Pareil pour les exercices à la maison : je leur envoyais des tutoriels où on voyait les touches que je jouais. Pas de solfège, que du geste. Ce projet ne pouvait marcher que sur l’oralité et l’intuition », explique celui qui dit aussi s’être beaucoup inspiré du travail réalisé par Wilbert Rawlins Jr, un professeur de musique d’un lycée de la Nouvelle Orléans rencontré en 2012 en Seine-Saint-Denis. Tant et si bien qu’un partenariat s’est ensuite noué entre la Landry Walker School américaine et Villes des Musiques du Monde.

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Mais si l’alchimie a si bien pris entre ces 30 musiciens amateurs et leur directeur musical, c’est peut-être aussi parce que comme eux, Bruno Wilhelm a une approche instinctive de la musique. Le saxophoniste a en effet eu une formation autodidacte et ne s’en cache pas. « Après ma découverte de Coltrane et du jazz, je n’ai pensé qu’à une seule chose : devenir musicien professionnel. Je me suis précipité pour acheter un sax ténor et j’ai soufflé très fort dedans (rires). J’ai une pure formation d’autodidacte. » Viendront ensuite les premiers succès avec la troupe de rue Urban Jazz, la formation du trio Minéral Jazz, le long compagnonnage avec le chanteur Thomas Pitiot, mais jamais Bruno Wilhelm ne s’éloignera de ce principe : au commencement était l’instinct. « Malheureusement, l’apprentissage en France passe beaucoup par le mental et une accumulation de connaissances. On néglige un peu l’intuition et c’est dommage, car notamment à l’adolescence, celle-ci est un très bon moteur », poursuit ce passionné de free jazz, biberonné à Miles Davis, Charlie Mingus et Thelonious Monk.

Note bleue

Autre credo chez cet humaniste à note bleue : la musique est un fort lien social. Alors qu’il pourrait tracer sa route en solo comme tant d’autres musiciens professionnels, lui a toujours joué sur une certaine fibre sociale. Avant le projet « brass band made in 93 », le saxophoniste est ainsi intervenu dans un atelier auprès de détenus de Fresnes et vient d’enchaîner avec la ville de Sevran sur un atelier de pratique instrumentale en direction de mamans. « Là, le principe est encore autre : il s’agit aussi de les convaincre qu’elles peuvent se prendre un moment pour elles-mêmes, ce qui chez un ado, va de soi », sourit-il.

A force de sillonner la Seine-Saint-Denis de projet en projet, ce natif d’Argenteuil (Val d’Oise) en a aussi tiré une bonne connaissance du 93. « C’est regrettable que la Seine-Saint-Denis soit caricaturée comme elle l’est. Alors qu’il s’y passe tellement de choses positives ! Mais vous savez, si ce n’était pas la Seine-Saint-Denis, ce serait autre chose : l’être humain a malheureusement tendance à vouloir trouver un repoussoir - même fantasmé – pour se rassurer. C’est à chacun de nous de changer cela », philosophe-t-il. Les préjugés, Bruno Wilhelm les balaie à coups de saxo.

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