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Au Refuge, des vies sur le fil...

Près de 200 personnes sans-abri poussent chaque jour la porte de l’accueil de jour pantinois Le Refuge qui propose petits déjeuners, douches, services de buanderie, accompagnement social... L’association, subventionnée par le Département, apporte du réconfort à ces âmes « sur le fil du rasoir » plus combatives que le public pourrait l’imaginer.

« Voilà deux heures que j’attends au téléphone que quelqu’un du SIAO me réponde » confie avec désarroi Wilfried, qui porte dans ses bras son enfant autiste endormi. Le trentenaire d’origine guadeloupéenne, qui a contacté en vain les hôtels sociaux des alentours, redoute les effets de l’errance sur son fils, scolarisé en CM2. « Quand j’aurai un logement fixe, je ferai tout pour retrouver un travail de poseur de revêtement de sol et donner une vie plus sereine à Nikolaï ».
A l’instar de Wilfried, d’autres usagers comme Augusto, Abderrahman, Karim, Jessyca... ont passé des heures à essayer de contacter par téléphone les services saturés du 115 dans l’espoir d’obtenir une place d’hébergement d’urgence. « Pendant la trêve hivernale, des mères avec des enfants en bas âge ne trouvent pas de toit même si elles sont considérées comme prioritaires » se désole Mélanie Dumarest, l’énergique cheffe de l’accueil de jour.

Une bulle pour les cabossé·e·s de la vie

Le Refuge offre aux personnes Sans Domicile Fixe un ensemble de services répondant aux besoins primaires : douches, alimentation, laverie sur rendez-vous, vestiaire, bagagerie, accès à internet ou à des recharges de téléphones portables... Une douzaine de travailleur∙euse∙s sociaux∙ale∙s réalisent aussi des prestations plus personnalisées comme des soins infirmiers, l’écoute d’une psychologue ou l’accompagnement pour la recherche d’un logement, d’un emploi, d’aides financières ou d’un titre de séjour.
« Les gens qui viennent sont heureux d’avoir un moment de répit mais sont parfois à cran, ce qui incite à être toujours dans la discussion pour faire baisser la tension » explique Hendy, agent d’accueil depuis deux ans. Le trentenaire, qui a lui-même connu la précarité pendant son enfance, oriente régulièrement les usager∙ère∙s vers des structures comme l’association d’aide au sevrage PROSES, les Restos du Coeur...
Les femmes sont accueillies sans les hommes un après-midi par semaine, ce qui leur permet de parler librement de problèmes plus intimes. « La rue, c’est très violent, surtout la nuit, t’as toujours l’angoisse d’être agressée ou volée », confesse Maggie* qui fait la manche avec son compagnon. La jeune femme qui profite des habits et des kits d’hygiène mis à disposition est une habituée des groupes de parole organisés par l’association.

Créer de la réassurance et de l’estime de soi

L’association d’aide aux plus démuni∙e∙s qui a fêté ses 25 ans d’existence, distribue plusieurs fois par semaine des repas préparés par le Laboratoire Écologique Zéro Déchet grâce aux dons effectués par les magasins bio des environs. « Nous organisons aussi des moments conviviaux avec des ateliers cuisine ou des jeux afin de créer un rapport de confiance et une image positive d’eux-mêmes », détaille Laëtitia Guigon, ergothérapeute pour le programme social du pôle CRISTALES de l’Hôpital de Ville-Évrard situé à Neuilly-sur-Marne.
De nombreuses animations souvent en lien avec d’autres associations sont au programme du Refuge comme des ateliers de broderie, de jardinage, de réparation de vélos, des sorties culturelles... Certains usagers ont ainsi pu bénéficier de coupes de cheveux auprès des commerçants solidaires de Pantin, grâce à une initiative du Carillon.
« Sur le plan administratif, nos habitués sont souvent perdus dans la réalisation des dossiers CAF, les demandes de mises à l’abri, l’AME, l’ex-CMU... d’autant plus que certains n’ont pas le titre de séjour » , confesse Hakima, agente d’accueil qui fait souvent office d’assistante sociale. « Les migrants que nous recevons sont souvent victimes d’abus de patrons qui les emploient au black et les paient mal ».

Bien loin des préjugés, les personnes sans abri insistent sur le réconfort que représentent l’accompagnement des agents d’accueil, les places en hébergement d’urgence mais aussi les sourires des passant∙e∙s qui peuvent illuminer leur journée. Une façon de mettre un peu de rose dans leur quotidien et pour paraphraser Victor Hugo, « ne pas enfoncer la couronne d’épines que la main du malheur » a déjà posée sur leurs cheveux.

* Le prénom a été modifié à la demande de l’intéressée.

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Vos vêtements chauds sont les bienvenus !

Si vous n’utilisez plus vos pulls, écharpes, manteaux, chaussures, chaussettes... n’hésitez pas à les déposer au vestiaire du Refuge (164 avenue Jean-Lolive à Pantin) pendant les horaires d’ouverture.
Vous ferez des heureux∙eure∙s en aidant les usager∙ère∙s à mieux supporter les rigueurs de l’hiver.

Crédit-photo : Bruno Lévy

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