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Aulnay-sous-Bois Boxe

Au Boxer inside club, le 93 lève les poings et relève la tête

Le club de boxe, qui a ouvert à la rentrée une salle d’entraînement à Aulnay-sous-Bois, propose aux jeunes des stages à thème pendant les vacances. Celui de décembre visait à faire gagner confiance en soi aux jeunes participant·e·s, au travers du noble art, mais aussi de cours de break-dance et de théâtre.

Deux mois sans activités sportives. Autant dire une éternité, pour un·e ado. Alors pendant ce week-end étiré qui séparait la fin des cours du début des agapes de Noël, la trentaine de stagiaires du "Boxer Inside Club", le club de boxe fondé par la vice championne olympique de Rio 2016 Sarah Ourahmoune, a pu dépenser toute l’énergie accumulée pendant les longs mois de confinement-couvre-feu, histoire d’éviter qu’elle ne tourne à la nervosité. La vitalité qui explose dans ces salles de sport fait oublier un temps la tristesse de la pluie qui noie l’ancien site déserté de PSA Aulnay.

Histoires de familles

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Tous les matins du 19 au 22 décembre, pour 15 euros au total, les jeunes enfilent les gants de cuir pour l’entrainement, et boxent les punching-ball pendant deux heures. "Les encadrant·e·s sont à fond dedans. Ils ont l’objectif de nous faire réussir et prennent les choses au sérieux", affirme Amina du Blanc-Mesnil, très sérieuse elle aussi, et décidée à faire de la boxe son métier. Sa copine Samantha confirme : "J’ai tellement transpiré que j’étais une flaque d’eau. Les profs nous rendent fiers de nous". Kaeo, un petit gars du 13e arrondissement de Paris, petit-fils de boxeur, s’enorgueillit : "Je suis passé des moins expérimentés aux plus expérimentés car Francky, l’entraîneur, a bien vu que je donnais le meilleur de moi-même". Pour Faress, Aulnaysien, c’est aussi une histoire de famille : "Mes tontons faisaient de la boxe anglaise, et ma petite soeur est championne d’Ile-de-France à 11 ans", explique-t-il les yeux emplis de fierté. Pour lui, la boxe sert à apprendre à se défendre, même s’il n’en a "jamais eu besoin", et surtout à "se renforcer pour quand il sera vieux, comme Marcel, le père de Francky, qui est toujours en forme même s’il est âgé". Le "BIC" (Boxer Inside Club) véhicule des valeurs d’engagement et de dépassement de soi, de courage et de détermination, explique Francky. Tous sont fiers d’être des "Insiders", des membres du club dont le logo est siglé un peu partout dans la salle.

Autocensure

Au "Boxer inside club", on apprend à bomber le torse, plus qu’à serrer les poings. Ainsi ce stage de décembre est intitulé "Power Attitude", et, l’après-midi, les activités organisées visent à donner confiance aux ados. L’après-midi d’initiation au break-dance, animée par la compagnie du champion olympique Martin Lejeune, a fait des miracles. "Au début, on leur demandait juste de marcher sur de la musique. C’était catastrophique : ils avaient les épaules rentrées, regardaient leur pieds. A la fin, on a assisté à un battle de folie : ils avaient mis en place une stratégie d’équipe, ils devaient défier l’équipe adverse, c’était dingue !", raconte Sarah Ourahmoune. Elle poursuit : "On travaille avec des jeunes qui, s’ils ont l’opportunité de s’effacer, le feront. Ils s’autocensurent, n’osent pas. Pour eux, prendre la parole en public, c’est affreux. La boxe, c’est se mettre au centre du ring, avoir la lumière sur soi, montrer sa confiance pour ne pas que l’adversaire la prenne", explique la boxeuse.

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En dix ans, son sport a changé d’image. De la bagarre érigée en jeu, elle est passée à une discipline qui demande canalisation et maîtrise de soi. "On y associe aujourd’hui des valeurs positives. La boxe, c’est la force du mental, la gestion de la peur, de la colère, du stress, même quand le corps est entamé. Cela permet de travailler la coordination, le cardiaque, l’agilité, la concentration, et surtout la stratégie", détaille Sarah Ourahmoune, dont une partie de l’activité consiste à animer des stages pour les entreprises qui convoitent ces qualités. Des compétences qu’elle veut aussi transmettre et rendre accessibles aux jeunes du 93, où, estime-t-elle, "il y a un vrai besoin".

Pratiquer, c’est gagner

Le cours de théâtre dispensé cette après-midi là par N’go, une boxeuse amatrice du club, par ailleurs professeure de théâtre, vise cet objectif. Les jeunes doivent se préparer à dire d’où ils viennent, qui ils sont, et ce qu’ils projettent à l’avenir, devant leurs camarades. "On va identifier ce qui vous met à l’aise, et ce qui vous empêche de prendre la parole en public. Soignez votre tenue, soignez votre langage, regardez le milieu du front de la personne à qui vous vous adressez pour ne pas être déstabilisés par son regard. Distribuez chacune de vos phrases aux différentes personnes de votre auditoire..." Un à un, chacun passe, sort les mains de ses poches, les ongles de ses dents, et les rêves apparaissent : médecin, pilote de course, footballeur. A la fin de l’exercice, Matéo et Zaccharia font leur bilan. "Moi, je suis plutôt à l’aise à l’oral, mais quand même, devant les professeurs, pour le brevet, je perd mes moyens. Là, c’est bien, parce que ça nous prépare à l’entretien d’embauche". Triste préoccupation pour un jeune de 14 ans. "Et à draguer aussi", ajoute-t-il, un sourire aux lèvres. "Moi, je suis timide, commence Zaccharia. Je n’avais jamais dansé, et là, sur le coup, on était chauds, on y a été sans peur de s’afficher. Pareil pour le dessin, j’ai fait quelque chose de basique, mais plus je le fais plus j’ai confiance. Monter sur le ring, c’est pareil, c’est compliqué au début. Maintenant, c’est normal".

Photos : ©Sylvain Hitau

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