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Ariane Ascaride, une actrice généreuse

La célèbre comédienne sera bientôt à l’affiche des Héroïques, un beau film tourné à Aubervilliers sur la rédemption d’un ancien junky. Montreuilloise depuis plus de trente ans, Ariane remonte le fil de sa carrière et évoque son attachement à notre département.

« La Seine-Saint-Denis me fait penser à la cité phocéenne où j’ai passé mon enfance » proclame la plus méridionale des actrices françaises. « Dernier bastion d’une certaine culture populaire, c’est un territoire de résistance où les gens se reconnaissent et s’entraident avec leurs différences ».

Fille des quartiers populaires

Née en 1954 à Marseille dans une famille modeste d’origine napolitaine, Ariane se passionne dès son enfance pour les écrivains français qui « lui font découvrir une langue et un univers inconnus ». Elle assiste très tôt aux spectacles amateurs de son père, représentant de commerce communiste « passionné de théâtre » et monte sur scène à 10 ans.

Jeune fille, elle étudie la sociologie à l’université d’Aix-en-Provence et s’engage au sein du syndicat étudiant UNEF. La militante, qui a « le goût des autres dans le sang », rencontre Robert Guédiguian en 1973, alors qu’elle vient de faire une intervention en amphithéâtre sur les rapports université/patronat. Elle l’épouse deux ans plus tard et deviendra sa complice ainsi qu’une figure majeure de ses films.

Ariane obtient une maîtrise de sociologie et cède à la passion du théâtre que lui a inculquée son père. Elle entre au Conservatoire National d’Art Dramatique de Paris puis se fait remarquer au théâtre puis sur le grand écran en jouant son premier véritable rôle dans La communion solennelle de René Féret.

La comédienne commence dès les années 80 à tourner dans les films de Guédiguian : Dernier été (1980), Rouge midi et Ki lo sa ? (1985), Dieu vomit les tièdes (1989), À la vie à la mort (1995) mais aussi avec d’autres réalisateur·rice·s comme René Allio, Gérard Mordillat ou Dominique Cabrera… Elle apparaît régulièrement sur les planches, à la télévision et tourne au total dans vingt films de son mari.

L’un d’eux, Marius et Jeannette, lui vaut en 1998 le César de la meilleure actrice – et la célébrité – pour son interprétation touchante d’une caissière amoureuse d’un gardien de cimenterie blessé par la vie. « Les gens ont besoin qu’on leur parle de leurs préoccupations », avait lancé la vedette aux professionnels du cinéma en recevant son prix. « Je dédie ce prix aux femmes anonymes comme Jeannette qui font changer et avancer le monde ».

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La bande mythique de l’Estaque

Ariane Ascaride n’aura de cesse de rendre hommage sur la pellicule « aux petites gens » et « aux valeurs solidaires des classes populaires ». Robert Guédiguian lui offre ses plus beaux rôles, parmi lesquels l’émouvante mère courage de La ville est tranquille en 2000 ou la tourmentée Natacha de Mon père est ingénieur.
Cette artiste discrète et solaire retrouve dans les films de son époux la même famille d’acteur∙rice∙s : Gérard Meylan, Jean-Pierre Darroussin en passant par Anaïs Demoustier ou Robinson Stévenin, devenu∙e∙s pour elle « de véritables amis ».

Les œuvres de Guédiguian, souvent tournées dans le quartier de l’Estaque à Marseille, marquent par leur volonté presque obsessionnelle de toucher le réel. Selon le réalisateur, « le cinéma a toujours rapport avec la politique parce qu’il raconte la vie des hommes en société, des histoires de travail, d’amour, de vie, de mort ou de sexualité… ».

Ariane partage le regard bienveillant de son mari sur les « invisibles » et apprécie beaucoup « la liberté laissée par Robert aux comédiens sur les plateaux ». Passionnée de cinéma, elle co-écrit le scénario du Voyage en Arménie et tourne dans de nombreux films comme Une autre vie d’Emmanuel Mouret en 2013, Les héritiers puis Le ciel attendra de Marie-Castille Mention-Schaar, Les chatouilles d’Andréa Bescond en 2018... Elle reçoit le prix d’interprétation féminine l’an dernier à la Mostra de Venise pour sa prestation dans Gloria mundi de Robert Guédiguian et dédie sa récompense aux migrant∙e∙s qui "vivent pour l’éternité au fond de la Méditerranée". À 64 ans, l’actrice bouillonne toujours de projets et jouera en avril au Théâtre de Paris le rôle de Nouritsa, une mère méditerranéenne à la langue bien pendue dans Le dernier jour du jeûne de Simon Abkarian.

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Ariane Ascaride affirme ne se sentir comblée que « sur un plateau » même si elle reconnait que le métier « requiert un travail de malade et peut être cruel ». Entre passion et révolte, cette artiste exigeante perçoit le théâtre comme une ouverture indispensable à l’imaginaire et au champ des possibles. Pour l’actrice animée d’une inaltérable foi en l’humanité, « raconter des histoires qui font rire, pleurer ou réfléchir sur le monde qui nous entoure, c’est permettre aux gens de se retrouver quelques heures en tant qu’êtres humains et tout simplement les aider à vivre ».

Crédits photo : Claire Bretechet, Studio 37/1997 et Antoine Agoudjian

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