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Allison Pineau, grandes mains et gros coeur

Sacrée championne du monde de handball avec les Bleues en décembre, elle a été formée dans les clubs d’Aubervilliers et de Villemomble. Plus que jamais, cette âme de leader voit dans le sport un bon vecteur de parité et de mixité. INTERVIEW.

Championne du monde, c’est un titre qui change la vie ?

« En tout cas, ça change un palmarès. Mais oui, quelque part, ça change le regard sur nous et aussi nos vies. Il y a cette fierté d’avoir réussi à décrocher un titre après lequel on court depuis des années (les Françaises avaient déjà été championnes du monde en 2003, mais c’était avant la première sélection d’Allison Pineau, en 2007).

Vous êtes un des rares sports collectifs féminins français à avoir été sacré championnes du monde (avec le rink hockey). A quoi tient votre réussite ?

« Cette réussite, c’est aussi celle de l’encadrement : ces cadres techniques et la direction technique nationale qui s’investit depuis de longues années maintenant. Il y a un moment où on a toutes et tous compris les sacrifices et le chemin à parcourir pour pouvoir rivaliser au plus haut niveau. Un travail impressionnant est réalisé dans les clubs pour toujours sortir de nouveaux talents. »

A titre individuel, vous avez réalisé un petit exploit en participant à ce Mondial seulement 5 mois après une opération de la cheville…

« C’est vrai qu’au départ, j’avais fait une croix sur ce Mondial. Je me suis fait opérer en juillet et mon chirurgien me disait qu’on partait sur une convalescence assez longue. Mais à la sortie des mois de rééducation à Capbreton (centre de rééducation près de Biarritz où passent de nombreux internationaux), il a fait un constat très positif. A 3 mois de l’événement, j’avais quasiment tout récupéré. Là, j’ai décidé de mettre les bouchées doubles pour être prête. Jusque là, je n’avais jamais manqué aucune campagne internationale et je n’avais pas envie de rater celle-là. »

Mais ce titre, c’est quand même la force du collectif…

« Evidemment. Face à une équipe comme la Norvège (alors championne du monde sortante et battue en finale 23-21), vous vous devez d’avoir un gros collectif ! Ce titre, c’est la traduction d’un état d’esprit qui s’est installé depuis Rio (où les Bleues avaient déjà terminé vice-championnes olympiques). En l’espace de deux ans, l’équipe a encore progressé. Tout cela prouve qu’on a bien su mener notre barque. »

Vous avez commencé le handball à 12 ans au CM Aubervilliers. Pensiez-vous alors que vous iriez si loin ?

« Ce qui est sûr, c’est que j’ai toujours rêvé de devenir sportive de haut niveau. Je regardais les grandes compétitions internationales à la télé. J’ai été encouragée dans cette voie par plusieurs personnes. Il y a eu Ndella Lo, ma toute première entraîneure à Aubervilliers, une femme exigeante mais qui était très proche de nous (elle est décédée en 2004, ndlr). Et puis bien sûr Daniel Deherme, l’entraîneur de la D2 d’Aubervilliers de l’époque. Je l’avais rencontré dans un centre aéré d’été. Je me souviens, il me disait de faire du handball parce que j’avais de grandes mains. Toutes ces rencontres ont compté pour moi. »

Il paraît que vous étiez douée dans tous les sports, même en ping-pong. Est-il vrai que vous êtes devenue championne de France UNSS de tennis de table ?

« Oui c’est vrai (rires). En 5e, j’étais au collège Denis-Diderot d’Aubervilliers... Mais dès que j’ai goûté au handball, j’ai su que c’était pour moi. Il y avait l’aspect collectif bien sûr, mais aussi le fait que ce sport faisait appel à l’adresse. Après Aubervilliers, je suis passé à l’étape du dessus : Villemomble. C’est là que j’ai joué pour la première fois en championnat de France élite, en moins de 18 ans. J’étais surclassée. De belles années... »

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La Seine-Saint-Denis, c’est un formidable réservoir de sportifs, mais pas que… Il y a beaucoup d’énergie positive dans ce département.

« Oui c’est vrai. J’y vivais d’ailleurs encore jusqu’à il y a deux ans (elle joue aujourd’hui à Brest) et j’y reviens toujours avec plaisir. Pour ce qui est du handball, j’espère vraiment qu’on arrivera à développer encore plus de structures féminines. A haut niveau, ça manque un peu… On du mal à faire émerger un grand club de hand féminin dans le 93 alors que le potentiel est pourtant là. Actuellement, le seul club francilien de haut niveau chez les filles, c’est Issy-Paris… J’espère vraiment qu’on y parviendra dans les années futures. Car le sport, c’est une bonne école de vie et ça peut permettre à beaucoup d’enfants de s’en sortir. »

Et c’est un bon instrument pour faire avancer l’égalité femmes-hommes ?

« Bien sûr. De plus en plus, les femmes et les hommes pratiquent les mêmes sports, et on arrive à briller les unes et les autres. On produit les mêmes efforts humains et mentaux, et il n’y a pas de raisons qu’il y ait de différences, ni dans le traitement salarial, ni dans le traitement médiatique. »

Les Jeux olympiques de 2024 à la maison, vous y pensez ?

« Avant ça, il y a l’Euro cette année, qui se déroule lui aussi en France. Mais oui, c’est sûr que j’y pense. J’aurai alors 35 ans et ce serait le plus beau finish qu’il peut y avoir pour une sportive. Après, c’est un rêve qu’il va falloir construire : l’Euro donc, mais aussi les JO 2020. »

Ces Jeux 2024, c’est aussi une chance pour la Seine-Saint-Denis selon vous ?

« Oui, je pense que c’est très important. Cela va permettre au département de se développer, de créer des emplois et de promouvoir encore davantage le sport pour la jeunesse et dans les quartiers. Et puis, je crois qu’en termes d’héritage, les choses ont été réfléchies. Je pense qu’il y aura un retour sur investissement pour la jeune génération. »

Propos recueillis par Christophe Lehousse
Photo : @G. Mirand
et @FFHandball / S.Pillaud

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