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Accès à l’avortement : la Seine-Saint-Denis reste vigilante

Le confinement a rendu plus complexe l’accès des femmes à l’avortement. Les professionnel·le·s du département se sont adapté.e.s, mais restent sur le qui-vive pour préserver ce droit fondamental des femmes.

Depuis le confinement, la Maison des Femmes de Saint-Denis réalise environ six IVG par voie médicamenteuse, 15 par aspiration sous anesthésie locale, et trois ou quatre sous anesthésie générale par semaine, contre vingt avortements sous anesthésie générale en temps normal. « Les femmes fréquentent beaucoup moins les centres de planification depuis le début du confinement, mais il n’y a aucune raison que le nombre de grossesses non désirées diminue. Nous craignons de récupérer, à la sortie du déconfinement, beaucoup de cas hors-délais », expose Ghada Hatem, médecin-cheffe de la Maison des Femmes de l’hôpital Delafontaine, à Saint-Denis. Ces situations sont plus complexes à traiter, et demandent parfois de partir à l’étranger, ce qui coûte cher et entraîne donc des inégalités. Cette baisse de fréquentation de la Maison des Femmes s’explique selon la médecin par la peur des patientes envers le Covid-19, la difficulté des femmes victimes d’un mari violent à sortir du domicile pour consulter, des mineures qui ne veulent pas s’ouvrir de ce problème à leurs parents et qui ne peuvent quitter le foyer familial...

Le confinement à compter du 17 mars dernier a aussi rendu plus compliqué l’accès à ce « soin d’urgence ». Les blocs habituellement réservés aux anesthésies générales servent à accueillir les soins de réanimation du Covid. « Pour celles qui veulent être endormies pendant l’intervention chirurgicale, nous avons passé une convention avec la clinique de L’Estrée », précise Ghada Hatem. Pour compenser, la Maison des Femmes mise sur l’IVG médicamenteuse, et a augmenté l’activité de son bloc destiné aux aspirations sous anesthésie locale. Les soignants ont aussi fait le choix de renoncer au respect du délai de 48 heures imposé aux mineures entre leur première consultation et l’avortement lui-même. Pour éviter de multiplier les déplacements, elles proposent des tests urinaires particuliers qui permettent, quelques jours après la prise du médicament abortif, de vérifier qu’il a bien fonctionné, alors que cette vérification passait d’ordinaire par une prise de sang. Ainsi, toute l’intervention est ramassée sur une journée.

Un département avant-gardiste

La fréquentation des centres de planification répartis sur le département reste de son côté stable. « Sur les 131 centres de PMI et de planification familiale, 20 centres habilités à prescrire des IVG sont restés ouverts. Et il faut ajouter à cela 12 centres municipaux de santé, et les médecins de ville habilités », détaille Nathalie Héroult, cheffe du bureau technique PMI et de la planification familiale du Conseil Départemental. Dans les centres de planification, ce qui n’était pas urgent a été différé, pour traiter en priorité les questions d’IVG et de contraception d’urgence. Là aussi, les femmes viennent une seule fois, enchaînant consultation et IVG. « On observe un plus grand recours aux IVG par aspiration sous anesthésie locale, car les femmes préfèrent que tout soit fait au sein de l’établissement, plutôt que devoir expulser seules... ou avec toute la famille à la maison », relève la soignante. « Pour l’instant, on n’observe pas de baisse de fréquentation sensible. L’activité demande à être organisée, c’est moins fluide que d’habitude, mais dans le 93, globalement, on fonctionne. Reste le délai de 48 heures pour les mineures qui nous embête. Par ailleurs, on aimerait que, comme pour d’autres actes médicaux, l’avortement médicamenteux puisse s’effectuer entièrement par téléphone », explique la cadre.

Historiquement, le Département a toujours été avant-gardiste sur la question de l’avortement. « On a un maillage très serré, les médecins de ville peuvent prescrire des médicaments abortifs depuis très longtemps, et on est très bien identifiés par la population », estime Nathalie Héroult.
En ce moment charnière, Stéphane Troussel avait signé la pétition lancée notamment par les médecins du département, Ghada Hatem et Maud Gelly, demandant l’extension des délais de 7 à 9 semaines d’aménorrhée pour l’avortement par voie médicamenteuse, de 14 à 16 semaines pour l’IVG par aspiration, et la dispense du délai de 48 heures entre la consultation et l’intervention pour les mineures.
Une demande qui a fini par être entendue pour l’IVG médicamenteuse puisque mercredi 15 avril, l’accès à une interruption volontaire de grossesse médicamenteuse à domicile a été étendu jusqu’à neuf semaines.

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