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A la recherche de la lumière

« Maître verrier », Clémence Puzin, 40 ans, revendique cette appellation qui renvoie à une haute lignée d’artisans d’art vitraillistes qui, depuis le Moyen-Age, ont su capter la lumière grâce au verre, pour susciter des émotions autant sacrées que profanes. Reconnue pour son talent et sa technique, elle est lauréate en 2019 du concours du Meilleur Ouvrier de France.

« Je me suis présentée dans la catégorie vitraux d’art, option coupeur, monteur, sertisseur. » Comme les 197 lauréats de cette 26e édition concourant dans près de 140 catégories différentes, elle reçoit sa médaille et sa fameuse blouse sertie au col de tricolore dans le grand amphi de la Sorbonne, avant de rejoindre le palais de l’Elysée pour y être félicitée.

Rien pourtant ne destinait Clémence à se consacrer à l’art du vitrail. Avec un bac scientifique en poche, l’avenir semblait tout tracé à cette passionnée de biologie. Après son BTS de biotechnologie, elle intègre un labo de recherche. Entre burettes et microscope, analyses et souris blanche, « j’avais l’impression, peut-être naïve, d’aider mon prochain » dit-elle aujourd’hui. Patience et humilité devant les mystères du vivant, autant de qualités qui la conduiront, sans qu’elle s’en rende compte, vers l’art du vitrail. Faut-il chercher des liens entre ces deux activités ? « Peut-être le côté manuel, je réalisais beaucoup de manipulations en biologie… Mais toute petite, mes parents m’ont éduquée dans l’art. Regarder une belle œuvre, c’est apaisant et c’est se faire un peu de douceur dans ce monde de brutes… » sourit Clémence.

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Quand ses parents acquièrent, il y a près de trente ans, un manoir du 15e siècle en Mayenne, le manoir de Classé, occupé auparavant par une entreprise agricole qui s’en servait d’entrepôts, rien n’était encore écrit. Son papa, architecte, passionné de veilles pierres, se lance dans l’aventure de la restauration. Au bout de quelques années d’un dur travail, il s’attaque aux vitraux qui doivent équiper les fenêtres. « J’étais petite fille et les vitraux ne m’intéressaient pas plus que ça, avoue Clémence. Tout ce qu’il a entrepris comme travaux, il le faisait sur ses temps de loisirs. Quant aux vitraux, pas question de les faire réaliser, cela représentait un coût certain. » Il décide alors d’apprendre à les fabriquer, suit des cours auprès de professionnels et commence à créer ses panneaux dans les règles de l’art. Quand son père disparaît, elle ne tarde pas à changer de vie. Elle quitte son laboratoire et part s’installer à Chartres pour s’initier sérieusement à l’art du vitrail. Elle s’inscrit à des cours chez un maître-verrier pour être au plus près de la création et s’imprégner de la technique. Elle s’attaque alors aux deux dernières fenêtres du manoir, « une manière de faire mon deuil ». Si au début, la pratique du vitrail est vécue par Clémence comme une conduite pour gagner en bien-être au même titre qu’une séance de yoga ou quelques longueurs de bassin, très vite cette pratique devient « obsessionnelle ». « Je décide alors d’en faire mon métier. » Après une formation à Chartres où elle prépare son CAP de vitrailliste durant deux ans, Clémence ouvre son premier atelier à Paris. « Au bout de deux ans de formation, ouvrir son atelier, c’est osé ! » avoue-t-elle. Elle se rend dans plusieurs ateliers –il en existe près de 400 en France– échange, partage et découvre des techniques propres à chacun et aussi des astuces. Elle se crée son propre réseau et des amitiés professionnelles se nouent.

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En 2015, elle tombe à Bagnolet sur une ancienne usine de teinturerie. C’est là et pas ailleurs qu’elle se posera avec armes et bagages pour y faire son atelier et y vivre. Des travaux d’envergure pour créer un escalier menant à l’étage, des ouvrants en guise de fenêtres absentes afin de laisser pénétrer la lumière naturelle, et en guise de show-room, adossés à un mur, toutes sortes de vitraux possibles. Enfin chez elle, entourée d’un petit four électrique, de son coupe-verre et de toute la matière première indispensable, le verre. Outre son travail de restauratrice, Clémence réalise pour des particuliers des créations. « Il ne faut pas restreindre le vitrail à des lieux de culte, la plupart de mes chantiers en cours, dit-elle, sont consacrés à des particuliers. J’ai ainsi réalisé récemment une grande verrière de 18 m2. Mais je peux également être contactée par des collectivités ou des écoles… » Deux fois par semaine, la vitrailliste donne des cours dans son atelier. « L’idée de partager ce métier me fait du bien. Cela m’ouvre sur d’autres créativités, d’autres motifs, d’autres colorations… La transmission est très enrichissante. »

Pour se nourrir en permanence de beau, elle se rend autant dans les musées que dans les galeries pour admirer les peintures. « J’aime beaucoup Soulages et Chagall. Egalement Mondrian, Schiele et Le Caravage qui m’inspire beaucoup. J’ai interprété des peintures de ce dernier en dalle de verre. Le clair obscur du Caravage s’y prête à merveille Je peux jouer avec la résine noire, la transparence et la couleur des verres. C’est tout à fait ça le vitrail ! » Chaque été, elle se retrouve en Mayenne, à trois heures de route de Bagnolet, où elle organise des stages d’initiation de trois jours. D’ici peu, Clémence retrouvera son atelier de Bagnolet et le calme de son atelier baigné de musique douce diffusé par FIP.

Atelier Clémence Puzin
214 rue Etienne-Marcel
93170 Bagnolet

Photos : Nicolas Moulard

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