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A la Cassette, on sait travailler en bande

Dédié à la création sonore sous toutes ses formes, ce tiers-lieu a ouvert ses portes il y a six mois dans le quartier des Quatre-Chemins à Aubervilliers. Aujourd’hui, il abrite un café associatif, une école de radio à prix libre et sans prérequis, accueille des ateliers parents-enfants autour du podcast et propose des formations express consacrées à l’art du son. C’est le collectif Transmission qui est à l’origine de cette initiative.

Siroter un café au bar, participer à un stage de création sonore dans la salle polyvalente ou s’enfermer dans l’une des trois cabines d’enregistrement pour écouter un podcast. La Cassette, c’est un seul endroit (pas très grand, environ 100m2) et plein de possibilités.Imaginé par le collectif Transmission, dont les membres sont des passionnés de radio, ce tiers-lieu, situé rue Lécuyer, dans le quartier des Quatre-Chemins à Aubervilliers, est fonctionnel depuis six mois. Sa particularité, et c’est ce qui fait tout son charme, est qu’on ne sait jamais ce que l’on va y trouver une fois la porte poussée.

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En ce mardi de janvier, quand on débarque, une dizaine de stagiaires, casques sur les oreilles et MacBook sous les yeux, suivent une formation dédiée à la création sonore. Le contraste est saisissant entre l’agitation de la rue et le silence qui règne dans la salle. Pour ne pas déranger, on marche sur la pointe des pieds. Après avoir été initiés à la prise de son la veille, les apprentis s’essaient aujourd’hui au montage. Les jours suivants seront réservés au mixage et à des exercices collectifs consacrés à l’art de raconter des histoires. « L’objectif, à la fin de la semaine, est que chacun ait réalisé une création sonore - sous une patte reportage, sous la forme d’un habillage musical, peu importe - qu’on écoute tous ensemble et qui sera ensuite hébergée sur les flux RSS de notre site web », détaille Octave Broutard, un des membres de Transmission et réalisateur sonore de son état. Ces stages sont payants (250 euros pour les demandeurs d’emploi, 400 euros pour les particuliers, 600 euros pour les entreprises). Et ont lieu une fois par mois.

« Le podcast, un format audio adapté aux modes de vie actuels »

Dans la salle, le public est essentiellement féminin, les profils sont différents. On croise notamment Soline, 39 ans, qui enseigne les sciences politiques à l’université de Nice. « Tous mes travaux de recherche sont des écrits. Pour toucher un public plus large, sortir d’un certain académisme, je souhaite diversifier mes modes de transmission et convertir ces matériaux en format audio, explique l’universitaire. Dans mon milieu, cela ne se fait pas encore beaucoup mais je compte bousculer les habitudes. Pour cela, je prends pour exemple le podcast qui, souvent, capte l’attention grâce à sa richesse thématique et la profondeur de ses analyses. »

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L’envie de réaliser des podcasts est aussi ce qui a attiré Chloé, designer digital de 27 ans. « Le montage, je connais un peu. En revanche, je n’ai aucune compétence et aucune technique pour structurer une histoire », confie cette habitante du Pré Saint-Gervais. Jérémie a 28 ans. Il y a encore quelques jours, il était travailleur social à Lille. « J’envisage de me recycler dans le documentaire audio, révèle le jeune homme. La radio est un média que j’affectionne depuis toujours en tant qu’auditeur. A la Cassette, dont j’ai entendu parler grâce à un ami, je le découvre en tant que fabricant, créateur. Dans mon boulot, j’ai beaucoup écouté la souffrance des gens, aujourd’hui, je veux l’enregistrer et la partager. Le podcast est un format audio adapté aux modes de vie actuels où les contenus sont consommés à la demande. En voiture, dans les transports en commun, à la salle de sport, au travail… Il peut s’écouter dans toutes les situations, être stoppé et repris à tout moment, sur n’importe quel appareil (ordinateur, Smartphone, tablette, etc.). Il a de beaux jours devant lui. » Et puis il y a Emily, 30 ans, Montreuilloise et elle aussi en pleine reconversion professionnelle après avoir été attachée de presse pour des théâtres. « A l’issue de ce stage, mon but est d’intégrer l’école de la Cassette car mon but est de faire mon trou dans les métiers de la radio et de la réalisation sonore », affirme la jeune femme.

« Pas besoin de savoir écrire ou parler français pour faire de la radio »

L’école en question n’a pas attendu de trouver refuge à la Cassette pour exister. Sa force : elle est ouverte à tout le monde et ne nécessite aucun prérequis. « On demande juste à nos candidats d’avoir une sensibilité à la création sonore et une capacité naturelle à s’impliquer dans un collectif », nuance Octave. De plus, elle est à prix libre mais les places sont chères. Lors de la troisième et dernière promotion, près de 400 personnes ont postulé. 60 ont été reçues. La formation dure une année, durant laquelle les étudiants doivent écrire et réaliser un projet sonore. Outre la Cassette, l’école est hébergée à la Villa Mais D’ici, friche culturelle également basée à Aubervilliers, et aux Laboratoires d’Aubervilliers, un lieu dédié à tous les champs de la création artistique.

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Octave Broutard, formateur à La Cassette

Signe que le lien tissé entre les impétrants et le collectif est fort, Transmission est peuplé d’anciens élèves de l’école, parmi lesquels Octave qui aujourd’hui « transmet après avoir beaucoup reçu. » Il poursuit : « Nos étudiants ont entre 18 et 60 ans. Ils sont psys, chômeurs, architectes… Au cours de leur formation, ils découvrent que la radio est le media le plus démocratique qui puisse exister, il est inclusif et n’impose pas de savoir écrire ou parler français. Avec Transmission, on fait par exemple beaucoup d’ateliers avec des enfants allophones. Notre modèle, c’est l’éducation populaire et les valeurs qui l’accompagnent. Nous voulons décloisonner l’art radiophonique, faire résonner des voix et des histoires qui n’auraient pas leur place sur de grandes stations. Même si tous nos élèves ne se prédestinent pas à en faire leur métier. »

« Aubervilliers, c’est le cœur du monde »

La Cassette est un lieu pluridisciplinaire. Aussi bien fréquenté par les enfants des écoles et des centres de loisirs, les photographes locaux qui viennent exposer, que par les passants qui viennent boire un verre et deviser. Le samedi, les ateliers radio parents-enfants succèdent à la soirée radio-oké (karaoké d’un nouveau genre qui voit les participants pousser la chansonnette depuis une cabine d’enregistrement, le son étant diffusé en direct dans la salle) organisée généralement la veille. Dernièrement, le collectif a rejoint le dispositif Agora. Mis en place par le Département, qui vient de signer une charte avec l’Education nationale, celui-ci vise à renforcer l’éducation aux médias dans les 130 collèges de Seine-Saint-Denis. « Depuis janvier, nous intervenons dans trois collèges de Gagny avec lesquels nous sommes en train de réaliser trois docu-fictions autour du développement durable, de la relation olympisme et handisport et de l’inégalité de genres », dévoile Octave. Le bail commercial qui abrite la Cassette a été obtenu après avoir remporté un appel à projets lancé par la Ville d’Aubervilliers. Pendant deux ans, Transmission a droit à un loyer modéré mais celui-ci prend fin en septembre prochain et devrait quintupler. « Nos ressources sont maigres mais on s’en sort, fait savoir Ziad Maalouf, un des pères fondateurs du collectif et journaliste qui a fait une grande partie de sa carrière à RFI. Le conseil départemental nous a jusqu’ici bien dépannés : au début de la crise sanitaire, nous avons bénéficié du Plan de rebond et en 2020, nous avons été lauréats d’Agir In Seine Saint Denis qui, outre la reconnaissance que ce projet apporte, nous octroie une aide financière non négligeable. » Pour Ziad, s’implanter à Aubervilliers était une volonté à la fois politique et humaine. « C’est une ville où j’habite et où je me sens très bien, dit-il. Ici, c’est le cœur du monde, une zone de tension où sont exposées au grand jour toutes les problématiques de la société, la crise migratoire en tête. On n’est pas à l’abri. Pour faire de la radio, c’est un environnement idéal. »

Grégoire Remund
Photos : ©Nicolas Moulard

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