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A Stains, Aleksa Vuckovic rêve d’un destin à la Djokovic

Né en Seine-Saint-Denis de parents serbes, ce pur produit de l’Espérance Sportive Stains Tennis rêve, à 11 ans, d’affronter un jour son idole le Serbe Novak Djokovic, numéro 1 mondial et prétendant à un nouveau titre cette semaine sur les courts de Roland-Garros qui traverse jusqu’à dimanche la grisaille ambiante et les assauts du coronavirus. Portrait.

Jusqu’à dimanche, la planète tennis a le regard tourné vers l’Ouest parisien et les Internationaux de France de tennis disputés à Roland-Garros sur une terre battue et rebattue par les vents et la pluie incessante d’un début d’automne toujours empoisonné par le coronavirus. Porte d’Auteuil à Paris, le numéro 1 mondial serbe Novak Djokovic -qui jouera les quarts de finale du Grand Chelem parisien mercredi 7 octobre – a son destin bien en mains pour ranger un 18e titre du Grand Chelem dans sa salle des trophées.
Un palmarès qui fait écarquiller les yeux d’Aleksa Vuckovic, plus au nord de Paris, à Stains précisément où le jeune garçon est estampillé espoir local depuis que Yannick Noah et son association de promotion du tennis « Fête le Mur » l’ont pris sous son aile en 2019. Noah est le dernier vainqueur français de Roland-Garros en 1983 et le minot Vuckovic, né à Stains en 2008, revendique également une filiation serbe, celle tennistique de Djokovic bien sûr mais surtout l’héritage de ses parents Jovanka et Radoljub. Le couple a rejoint la Seine-Saint-Denis au début des années 2000, fuyant le conflit meurtrier qui déchirait l’ex-Yougoslavie. C’est d’ailleurs en serbe qu’Aleksa fait les présentations avec sa maman Jovanka qui vient, elle aussi, prendre sa leçon de tennis, ce mercredi de fin septembre, sur les courts de l’ES Stains Tennis (lire l’encadré). Les présentations faites, on « pilonne » de questions Aleksa Vuckovic, mais le jeune Franco-Serbe défend tous nos assauts d’une défense aussi serrée que celle de son idole Djokovic réputé pour ramener inlassablement de son corps élastique les attaques les plus tranchantes des cadors du circuit. Bien protégé sous sa casquette et son masque, Aleksa nous raconte donc un peu de sa courte histoire. La voici en condensé : « J’ai commencé le tennis ici au club à l’âge de quatre ans et je n’ai jamais arrêté. J’aime bien la terre battue, mais je préfère l’herbe. En plus, j’ai gagné un tournoi sur gazon synthétique en septembre à Dieppe. Je suis droitier et j’aime beaucoup le jeu de Djokovic et celui d’un autre Serbe, Lajovic. Gaël Monfils aussi. Sur un court, j’aime attaquer et défendre... »

Une scolarité à distance

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Vous l’aurez compris, Aleksa Vuckovic a fini par éteindre le feu de nos questions et on a préféré le regarder jouer sous le regard de son président Stéphane Sourdet, beaucoup plus prolixe. « C’est vrai qu’il est encore un peu timide, sourit le patron de l’ES Stains tennis, mais il l’est moins sur le court où il lui arrive souvent de jurer en serbe. Au moins, avec lui, on progresse en langue ! » Classé 15/1 dans la hiérarchie du tennis français, Aleksa Vuckovic ne surclasse pas, pour l’instant, la jeune garde, mais se donne en tout cas les moyens de viser une carrière tennistique au plus haut niveau. Depuis la rentrée de septembre, il suit en effet ses cours de cinquième à distance afin de mieux consacrer ses après-midis au tennis et à l’entraînement physique. « Il a un vrai projet tennistique, poursuit Stéphane Sourdet qui est aussi le voisin d’Aleksa au sein de la Cité du Paradis à Stains, donc il se donne les moyens de réussir parce que ce n’était plus possible d’enchaîner les cours au collège en journée et le tennis le soir. Mais, attention, on veut avant tout former un homme et si les résultats scolaires ne suivent pas, on reverra son projet sportif avec ses parents. Ils sont tout à fait conscients de ça. Pour le papa qui est chauffeur-livreur et la maman femme de ménage, le tennis est aussi un gros investissement. Pour eux, il n’est pas question de faire n’importe quoi à n’importe quel prix... »

Déjà 43 trophées sur ses étagères...

Pas question non plus à l’ES Stains de se voir plus beau qu’on ne l’est, même si on s’autorise à croire que le tennis a aussi sa place en Seine-Saint-Denis et dans les quartiers populaires. Stéphane Sourdet encore : « L’ES Stains, c’est un club qui n’a pas de moyens exceptionnels, mais qui se bat pour qu’un maximum d’enfants puissent accéder à ce jeu. C’est pour ça aussi qu’on se mobilise derrière Aleksa parce qu’il a l’envie d’aller loin même s’il ne l’exprime pas forcément par les mots. Mais, depuis qu’il est tout petit, il montre qu’il a l’envie et la gnac pour être un bon joueur, sans parler d’ailleurs forcément de professionnalisme. » Car, le court chemin -20 kilomètres- qui mènera, peut-être, le jeune Stanois sur les courts de Roland-Garros ne sera pas forcément rectiligne. Il faudra en effet qu’Aleksa, délié sur un court dans une sorte de mimétisme avec son idole Djokovic, ajoute encore quelques trophées aux « 43 coupes » qui garnissent déjà sa chambre d’ado. « Mais, ce qui est sûr, c’est qu’il veut gagner, complète le dirigeant stanois. Il a même tendance à « péter un câble » lorsque ça ne va pas dans son sens. Mais, c’est quelque chose qu’il travaille régulièrement avec la sophrologue qui collabore avec nous. Elle l’aide à mieux gérer ses émotions. »
Également entouré par deux entraîneurs tennis et un jeune préparateur physique, Aleksa veut voir loin. Avant de nous quitter, il lâche quand même derrière son masque : « Oui, bien sûr que j’ai envie de jouer un jour sur le circuit pro et pourquoi pas contre Djokovic s’il joue encore longtemps... »
Rien d’impossible sur le papier puisque Djokovic, 33 ans, semble parti pour durer encore quelques années et surtout le numéro 1 mondial est passé professionnel en 2003 à l’âge de seize ans. Un âge qu’Aleksa Vuckovic atteindra le 26 octobre 2024...

A l’ES Stains, le tennis en mode bilingue

Présidée depuis 22 ans par Stéphane Sourdet, l’Espérance Sportive de Stains Tennis compte en 2020 près de 370 licenciés et monte aussi à la volée auprès des écoles de la ville puisqu’elle initie plus de 300 jeunes élèves de la ville à l’art de manier la raquette. Avec l’ambition aussi de faire de la balle jaune un instrument éducatif. Depuis cette rentrée, le club a ainsi lancé une opération « apprendre l’anglais en jouant » ouvert aux enfants à partir de 6 ans « avec le projet d’emmener un maximum d’enfants découvrir Londres et le tournoi de Wimbledon en 2021 », explique Stéphane Sourdet.
Pour cela, l’ES Stains, dont le budget annuel est de 120 000 euros, compte sur l’appui de ses différents soutiens, dont le Conseil Départemental de Seine-Saint-Denis et la structure « Kids Fête le mur » de Yannick Noah qui détecte les jeunes talents du tennis et les aide financièrement. Un « vrai plus », juge le président de l’ES Stains Tennis : « Être soutenus par l’association de Yannick Noah et ses sponsors comme BNP Paribas, la banque du tennis, nous ouvre aussi beaucoup de portes dans le milieu du tennis. »

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