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2021, année NTM ? Le sacre du Suprême sur les écrans

Plus de trente ans après la formation du groupe, le mythique duo de rappeurs dionysiens fascine encore et toujours. Les deux chanteurs, qui ont publié leur autobiographie cette année, sont au centre d’un biopic à l’affiche le 24 novembre au cinéma et d’une série Arte/Netflix tournée essentiellement en Seine-Saint-Denis. Retour sur le parcours sulfureux d’un groupe culte.

À 54 et 55 ans, les turbulents Didier Morville (alias Joey Starr) et Bruno Lopès (Kool Shen) continuent de passionner les foules et de défrayer la chronique ! Après une montée des marches survoltée, le film Suprêmes d’Audrey Estrugo retraçant leur carrière entre 1988 et 1992 a reçu une véritable standing ovation le 10 juillet au Festival de Cannes. Le dernier clip des NTM Sur le drapeau tourné à La Courneuve avec le rappeur blanc-mesnilois Fianso a fait plus de 55 millions de vues à ce jour sur les réseaux sociaux... Et que dire des 30 000 places des concerts marquant les trente ans d’existence du groupe au palais omnisports de Paris-Bercy vendues en seulement neuf minutes en mars 2018 ! Les deux artistes adulés du public qui rappaient le mal-être de la jeunesse des quartiers dans les années 90 appartiennent désormais au patrimoine musical de toute une génération secrètement fascinée par leur liberté de parole et leur insoumission.

Les pionniers du rap français

Adolescents, Didier et Bruno n’auraient pas imaginé une seconde le destin hors norme que connaîtrait leur duo. Les deux amis grandissent ensemble dans les cités de Saint-Denis. Didier, maltraité par son père, commet des petits larcins tandis que Bruno s’entraîne à Pierrefitte pour devenir footballeur professionnel. À 17 ans, les jeunes gens fréquentent les premières scènes de hip hop sur le parvis du Trocadéro ou le terrain vague de la Chapelle. Ils montent le crew (groupe) de breakdance Actuel force et remportent de nombreux concours, dont le festival Fêtes et forts à Aubervilliers.
Les acolytes se mettent vite au graffiti et se font la main sur le mobilier urbain ou ferroviaire de la capitale. « Il y avait une forte émulation et la volonté de marquer son territoire entre bandes » explique Bruno, qui crée avec Didier et d’autres amis le crew 93 NTM. Les graffeurs rencontrent lors d’une virée tag dans le métro un hip-hopeur qui leur fait comprendre que « le rap est une branche du hip hop réservée à une élite dont ils ne feront jamais partie ». Piqués au vif, les 93 NTM créent leurs morceaux et écument les radios jeunes avec le DJ Dee Nasty.
Avec leur blaze (nom de scène) Joey Starr et Kool Shen, les rappeurs sortent leur premier maxi (quatre titres) Le monde de demain à quelques jours d’intervalle des émeutes de Vaulx-en-Velin, ce qui offre une triste résonance aux prédictions du groupe. Leur Seine-Saint-Denis style, contestataire et brut de décoffrage, fascine les auditeurs et leur ouvre les portes des maisons de disques puis des plus grandes scènes de spectacles.

Le succès fulgurant d’un groupe hardcore*

La jeunesse déshéritée se reconnaît immédiatement dans les textes caustiques des chanteurs qui deviennent « le haut-parleur » des problèmes des banlieues. Le flow (langage musical) imparable de Kool Shen mêlé à la rage de Joey Starr fait des étincelles et suscite de nombreux clivages dans les médias. En 1991, leur album Authentik s’écoule à 90 000 exemplaires en quelques mois et les rappeurs remplissent le Zénith de Paris dans une ambiance complètement déchaînée. Impressionnés par l’énergie brute déployée lors des concerts, les fans font un triomphe au très sombre disque J’appuie sur la gachette... malgré la censure de la télévision et des radios.
Les dionysiens enchaînent les tournées - et les polémiques - en s’attirant les foudres des institutions avec les titres subversifs Qu’est ce qu’on attend ? ou Police, qui leur vaut deux mois de prison avec sursis ainsi qu’une forte amende pour « outrage à personnes détentrices de l’autorité publique ». Le duo, qui revendique son appartenance au 93, donne des concerts à New York et fait venir le célèbre rappeur américain Nasir Jones à Stains pour enregistrer un clip.
Après Paris sous les bombes, le posse (groupe) fait paraître en 1998 son quatrième et dernier album Suprême NTM vendu à 40 000 exemplaires le jour même de sa sortie. Plus mature, le CD est considéré comme un des meilleurs albums de rap conscient avec des titres comme Pose ton gun ou une chanson d’alerte sur la montée du Front national. Fatigué des frasques judiciaires de Joey Starr, Kool Shen choisit de poursuivre une carrière solo avec des mélodies plus apaisées, en s’adressant toujours aux jeunes de banlieues. Dix ans plus tard, le groupe se retrouve pour une tournée quasi commémorative avant de continuer chacun de son côté dans le rap, le cinéma ainsi que le théâtre pour Didier Morville.

Souvent imité, jamais égalé, le célèbre crew a fait connaître l’univers musical de la Seine-Saint-Denis bien au delà des frontières nationales. Précurseurs du sampling (échantillonnage), les deux bêtes de scène du Suprême, passées comme des météorites, ont rempli les scènes les plus imposantes (Zénith de Paris, Parc des princes…) et restent à ce jour le groupe ayant vendu le plus d’albums de l’histoire du rap hexagonal.

*style rageur, décrivant les réalités de la rue ou du quotidien.

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Le monde de demain revisite la scène hip hop du 93
Une série télévisée en six épisodes sur les débuts des NTM a été tournée en Seine-Saint-Denis en avril-mai sous la direction des réalisateurs Katell Quillévéré et Hélier Cisterne. Elle sera programmée en 2022 sur Arte puis Netflix. Les jeunes rappeurs sont incarnés avec une belle intensité par les acteurs Melvin Boomer et Anthony Bajon, accompagnés dans cet ambitieux projet par 300 techniciens, 150 danseurs, 90 cascadeurs, 1550 figurants (souvent recrutés parmi les habitants des quartiers environnants) et des deux intéressés qui ont contribué au scénario.
Un concert d’anthologie qui a eu réellement lieu à Mantes-la-Jolie en 1991, a été reconstitué fin mai pour le tournage au stade de la Briqueterie à Bagnolet. « À l’époque, la mairie, effrayée par la réputation sulfureuse du Suprême, avait décidé de fermer le gymnase dans lequel le groupe devait jouer » explique un des membres de l’équipe. « 250 fans ont forcé la clôture et fait rentrer une vingtaine de véhicules dans une ambiance enflammée. Un concert de trois heures, dont une heure de bis, s’est tenu pendant la nuit sur une scène improvisée dans la lumière des voitures garées en demi-cercle... ».

Crédit-photo : Willy Vainqueur et Jean-Claude Lother

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