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Votre Faust, un opéra dont vous êtes le héros

Après la démocratie participative, voici l’opéra participatif. Du 17 au 19 novembre, le Nouveau Théâtre de Montreuil propose « Votre Faust », opéra moderne écrit par Michel Butor et Henri Pousseur, et mis en scène par Aliénor Dauchez. Interview avec cette jeune artiste, établie à Berlin et engagée dans une tournée française.

Ce « Votre Faust », c’est une sorte d’opéra à choix multiples, où ce sont les spectateurs qui décident de l’issue finale de la représentation ?

« Oui, c’est ça. C’est ainsi qu’il a été imaginé par Michel Butor pour le texte et Henri Pousseur pour la musique, en 1968. L’histoire de cet opéra, c’est le mythe classique de Faust, mais revisité par l’esthétique des systèmes propre à Butor : Henri est un jeune musicien qui se voit allouer autant de moyens qu’il veut pour écrire un Faust. Mais en fait, il y a cinq issues possibles, selon les choix des spectateurs. »

Et comment ceux-ci expriment-ils leur choix ?

« En partie en votant, mais pas que… Un des enjeux pour eux, c’est de faire plus de bruit que les comédiens pour imposer leur choix. Cette oeuvre est extraordinaire pour ça : à la fois elle célèbre l’opéra classique au sens où, avec la technique des collages de Pousseur, elle cite beaucoup d’opéras préexistants. Et en même temps, elle est iconoclaste parce que le public doit l’interrompre, qu’il doit rentrer en collision avec la musique. Michel Butor, que j’avais rencontré à l’époque de notre première à Berlin puis à Bâle m’avait donné une belle image pour expliquer son souhait. Il avait évoqué sa visite des chutes du Niagara et dit qu’à un moment, le bruit de l’eau était tellement fort qu’il ne s’était plus entendu parler. Il espérait provoquer la même sensation chez le public avec son opéra. »

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Il s’agit d’une œuvre difficile à mettre en scène. Qu’est-ce qui vous a incitée à vous lancer dans ce défi ?

« Le défi justement. Et aussi la découverte de la musique composée par Pousseur : une musique sérielle, faite de collages et de citations d’oeuvres : Wagner, Bach, Puccini… C’est tellement virtuose. Et puis, il y a aussi l’écriture de Butor, dont je me sentais proche. Chez lui, le comportement de ses personnages ne s’explique jamais par la psychologie, mais par un déterminisme spatial ou temporel. C’est aussi ce qui m’intéresse dans mon théâtre : dans une mise en scène, quand je définis le travail au plateau, je le définis d’abord par l’espace. »

Je crois que même à la pause le spectateur peut participer, en venant sur scène…

« Oui, il pourra venir tenter sa chance dans cinq stands qui seront montés sur scène, genre fête foraine. En fait, dans la partition de l’opéra, il est précisé que l’orchestre est divisé en quatre groupes dirigés eux-mêmes par un chef. Ces cinq groupes correspondent aux cinq pays de la tradition de l’opéra : Italie, France, Allemagne, Angleterre et Espagne. Et ces ensembles, dit Butor, doivent eux-même avoir une allure de stands de fête foraine. J’ai donc souhaité filer la métaphore en reconstituant une sorte de Luna-Park à l’entracte. »

Qu’avait pensé Butor de vos représentations ?

« Il en avait été très content. A Bâle encore plus qu’à Berlin, car pour la seconde fois, après la première berlinoise, nous avions effectué un gros travail pour resserrer l’oeuvre, la rendre plus nerveuse. Là vraiment, il était comme un enfant, tellement heureux. Mon seul regret est qu’il n’ait jamais pu voir son opéra joué en français (l’auteur de La Modification ou de L’Emploi du temps est décédé en août 2016, ndlr). »

Le mythe de Faust a plus de quatre siècles. Pourquoi reste-t-il aussi vivace aujourd’hui ?

« Parce qu’il est extrêmement riche. A la base, c’est une histoire non religieuse sur le rapport entre l’homme et Dieu. Et ce mythe est réinterprété en fonction des époques et des principaux courants de pensée. Je me suis aussi aperçue en m’intéressant aux différents Faust que ce mythe ressurgissait souvent dans des périodes de crise ou de changements de société : à l’époque du « Sturm und Drang » (romantisme allemand) pour le Faust de Goethe, de la montée du nazisme pour le Doktor Faustus, de Thomas Mann. Et s’il y a énormément de Faust cette année dans les théâtres, je pense qu’il ne faut pas s’en étonner. »

Vous vous êtes établie depuis de longues années maintenant à Berlin. Pourquoi ce choix ?

« Parce que cette ville a été une révélation pour moi. Je l’ai découverte quand je faisais encore des études d’ingénieure (à l’université de Compiègne, ndlr). J’y ai découvert un bouillonnement et une liberté incroyables. Berlin est une ville qui a une très grande tradition intellectuelle et où il règne aussi une formidable tolérance, beaucoup plus grande qu’en France selon moi. En fait, Berlin aujourd’hui, c’est un peu comme Paris au début du XXe ou New York après la Première Guerre Mondiale. Ca, combiné au fait que les loyers étaient bien plus accessibles qu’ailleurs, ça ne pouvait que me plaire. J’ai donc décidé d’y faire les Beaux-Arts- car à côté de mon travail de metteuse en scène, j’ai aussi une activité de plasticienne. De fil en aiguille, au rythme des projets artistiques qui se montaient, je suis restée à Berlin, j’y ai créé ma compagnie, La Cage, et je profite à fond de la capitale allemande. »

C’est la première fois je crois que cette pièce est jouée en France. Connaissez-vous bien la Seine-Saint-Denis ?

« Pas très bien non. Je connais Montreuil, parce j’y ai pas mal d’amis et que c’est un endroit qui me plaît. En fait, il me fait penser à Berlin pour sa facette à la fois artistique et solidaire. Ecolo aussi, puisque je crois avoir compris qu’il existe ici beaucoup d’associations qui font la promotion du recyclage et des circuits courts. Je me réjouis de jouer ici la première française de Votre Faust. »

N.B : Du 17 au 19 novembre, venez donc vous aussi découvrir la composition de Pousseur et le livret de Butor, et peser sur l’issue de la représentation. Nouveau Théâtre de Montreuil, 10 place Jean-Jaurès. 23 euros plein tarif, 11 euros pour les moins de 30 ans.
A noter que « Votre Faust » s’insère dans la programmation de « Mesure pour Mesure », un festival organisé par le Nouveau Théâtre de Montreuil autour de la thématique du théâtre musical. Dans cette 4e édition, qui fait la part belle à la musique sous toutes ses formes, prennent également place un ensemble vocal- Suite N°2 de Joris Lacoste – un solo autobiographique – MDLSX de la performeuse Silvia Calderoni- ou encore une conférence musicale donnée par le directeur du Nouveau Théâtre de Montreuil, Mathieu Bauer. Retrouvez tous les rendez-vous de ce festival, prévu du 17 novembre au 16 décembre sur http://www.nouveau-theatre-montreuil.com/

Crédits photos : Frieder Aurin et Franck Rondot

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