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Une simulation de procès au collège pour lutter contre les violences sexistes et sexuelles

Alors que la Journée internationale des droits des femmes est célébrée ce 8 mars, des élèves d’une classe de 4e du collège Pablo-Neruda de Pierrefitte-sur-Seine ont participé à un procès fictif inspiré d’un cas réel d’agression sexuelle sur mineure. Un dispositif soutenu par le Département qui entre dans le cadre d’une campagne de sensibilisation contre les violences sexistes et sexuelles au collège et qui permet de faire découvrir aux élèves le fonctionnement de la justice.

« L’audience est ouverte, vous pouvez vous asseoir », adresse d’un ton sec au public la présidente du tribunal quand, entourée de ses deux assesseures, elle entre dans la salle. A la barre, trois prévenus, Ryan, Elias et Walli, ils ont entre 15 et 17 ans. Tête basse, ils écoutent les faits qui leur sont reprochés. « Vous êtes poursuivis pour agressions sexuelles en réunion avec usage ou menace d’une arme », leur lance la juge. L’histoire : une adolescente âgée de 14 ans et demi porte plainte pour avoir été victime d’attouchements sexuels par trois individus. Elle dit être fréquemment emmenée dans une cave pour être agressée. Les suspects nient les faits et déclarent que la jeune fille était consentante. Cette scène ne se déroule pas au tribunal pour enfants de Bobigny mais dans la salle audio du collège Pablo-Neruda de Pierrefitte-sur-Seine. Pour cette simulation de procès, organisée pour la première fois dans cet établissement scolaire, les prévenus, leur famille, les témoins, les avocats de la partie civile et de la défense, le procureur, les assesseurs et les experts en psychiatrie sont campés par des élèves d’une classe de 4e. Seul le rôle de la juge est interprété par une professionnelle, Bernadette Amaro, coordinatrice à l’APCEJ (Association pour la promotion de la citoyenneté des enfants et des jeunes) et assesseur auprès du Tribunal de Bobigny, « ce qui permettait le bon déroulement du procès, précise Juliette Goursat, professeure de français au collège Pablo-Neruda et responsable du projet. Il fallait coller au plus près de la réalité. »

La « réalité » car l’affaire ici jugée (baptisée Nehla pour les besoins de cette simulation) est un cas réel d’agression sexuelle en réunion survenu il y a deux ans sur mineure de moins de 15 ans, impliquant trois garçons âgés entre 15 et 17 ans au moment des faits. Face à la présidente, les témoignages se succèdent. Si la parole est hésitante (l’exercice qui repose sur l’art oratoire et l’argumentation est une découverte pour ces élèves qui ont 13 ou 14 ans), l’intention y est : comme dans un vrai procès, l’ambiance est pesante, chacun écoute religieusement ce que dit l’autre. Au bout de deux heures, la sentence tombe : les élèves attribuent des peines de 18 et 12 mois - dont 9 et 6 mois de sursis avec mise à l’épreuve aux prévenus les plus impliqués, 6 mois de prison avec sursis au guetteur, ainsi qu’une amende de 10 000 euros. « Le procès reconstitué permet aux élèves de se sensibiliser au fonctionnement de la justice des mineurs et du droit des enfants, de découvrir différents corps de métier et le déroulement d’un procès, estime Juliette Goursat. Travailler sur le cas d’une agression sexuelle a permis de rappeler les définitions légales d’une agression et d’un viol, d’aborder la notion de consentement, de repérer les attitudes des agresseurs, de parler des nombreux traumatismes que de telles violences pouvaient causer chez la victime. » Selon l’enseignante, la reconstitution d’un procès dans le cadre de l’enseignement du français est un exercice intéressant car les élèves prennent conscience du poids des mots, de l’effet que peut avoir une plaidoirie, et plus généralement du bien parler et de l’éloquence. « Ils ont pu se familiariser avec une terminologie judiciaire, lire des extraits du code pénal, travailler l’argumentation et la prise de parole en public, des notions qui leur seront souvent demandées dans les années à venir », souligne-t-elle.

« Le fait [de] prendre part [au procès] nous fait prendre conscience de la gravité des faits »

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Pour aboutir à ce résultat, les élèves ont répété pendant deux mois. « J’ai aussi travaillé avec eux par petits groupes pour bien définir les rôles comme ceux des prévenus, de la victime, des assesseurs, des avocats ou du procureur, explique la prof de français. Je les ai ensuite tous réunis car il fallait que ce petit monde se mette d’accord sur ce qu’il allait exprimer le jour du procès. » Les élèves ont accueilli le projet avec enthousiasme. Ce qui fut un soulagement pour Juliette Goursat qui craignait d’être confrontée à quelques réticences et de peiner à trouver des garçons qui acceptent de jouer le rôle des prévenus. « Au final, tous se sont prêtés au jeu, parce qu’ils ont vraiment compris le sens et l’enjeu d’un tel projet », se réjouit-elle. Pour Salma, avocate de la défense dans cette reconstitution de procès, l’expérience a été « très enrichissante ». « Je n’avais jamais assisté à un procès, ce qui m’a permis d’apprendre beaucoup de choses sur son déroulé. Cela tombe bien car je suis attirée par les métiers de la justice, celui d’avocat notamment. On a aussi tous eu l’occasion de s’exprimer à l’oral devant les autres, ce qui n’est pas un exercice facile. Mais je n’étais pas stressée, j’avais beaucoup travaillé mon rôle et j’ai adoré faire ça. » Anishkan, son camarade, a pris également beaucoup de plaisir à porter la robe d’avocat. « On s’y serait cru, j’ai vraiment senti que j’avais des responsabilités », confie-t-il. Et d’ajouter : « Cette initiative est importante car l’affaire Nehla nous concerne tous. Le fait d’y prendre part nous fait prendre conscience de la gravité des faits. »

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Cette action, menée conjointement par les collèges Pablo-Neruda et Gustave-Courbet de Pierrefitte-sur-Seine, a été financée par le conseil départemental. « Un gros travail de prévention des violences sexuelles a commencé il y a deux ans suite à l’agression et au viol d’une ancienne élève impliquant des élèves des deux collèges [précités], raconte Juliette Goursat. Profondément choqués, au même titre que les élèves et leurs parents, mes collègues se sont mobilisés et ont souhaité organiser une semaine pédagogique autour de la question des violences faites aux femmes, et plus généralement du sexisme. » La « semaine anti-sexiste » a connu sa première édition en 2019 et aura lieu en mai cette année. « Nous faisons venir des associations et organisons des ateliers autour du sexisme pour les élèves de toutes les classes. Notre établissement est également inscrit à ‘’Jeunes contre le sexisme’’ », un dispositif départemental qui, chaque année, permet à 1500 collégiens du département d’être sensibilisés au respect mutuel entre les filles et les garçons. Dans la même ligne, un autre subside du Département a permis aux classes de 4e de participer à un théâtre-forum animé par la Compagnie Entrées de jeu sur la question du cyber-sexisme et à une conférence gesticulée (pratique à mi-chemin entre la conférence traditionnelle et le spectacle) sur le viol et le consentement avec l’association les Culottées du bocal. Un programme qui a été suivi de deux ateliers constitués de groupes non mixtes au cours desquels les élèves ont réalisé des fresques d’émergence. En mars, ces actions seront complétées par un atelier financé par l’Observatoire départemental des violences envers les femmes où 15 élèves volontaires du niveau 4e seront invités à concevoir des affiches thématiques réalisées par une illustratrice et imprimées en plusieurs exemplaires.

Grégoire Remund
©Photos : Patricia Lecomte

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