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Trajectoire d’un champion

Six fois champion du monde, Jean-Marc Mormeck a marqué l’histoire de la boxe mondiale à coup de directs et de crochets, mais aussi par son goût du défi et de l’indépendance.

« On ne fait pas de la boxe par hasard. Tous ceux qui montent sur le ring ont quelque chose à régler. » déclare John Dovi, entraîneur national de la boxe olympique. Pour Jean-Marc Mormeck, il faut sans doute remonter à la petite enfance, en Guadeloupe. Jean-Marc est élevé par sa grand-mère qui le couve de bons soins. Sa mère s’est éloignée, et son père est depuis longtemps parti en métropole.

Lorsqu’il a six ans, un oncle lui annonce qu’il va aller en vacances près de Paris, chez son père. Jean-Marc annonce à tous qu’il va partir en avion découvrir la métropole et qu’à son retour dans quelques semaines, il racontera la vie dans la capitale. Il ne reviendra en Guadeloupe qu’onze ans plus tard… Arrivé au mois d’octobre, il découvre tout à la fois le froid, un père et une belle-mère qu’il ne connaît pas, la vie en appartement et la cité de l’Abreuvoir de Bobigny. Le choc est rude, et Jean-Marc ne cessera d’espérer retourner « chez lui » en Guadeloupe. C’est un enfant plutôt renfermé, mais qui apprend tôt à se faire respecter. Adolescent, il se rebelle contre l’autorité scolaire, et les bagarres ne lui font pas peur. « En fait, je pensais que si j’étais insupportable, on voudrait se débarrasser de moi et on me renverrait en Guadeloupe... »

"Je veux être ce type !"

Tout change la nuit du 15 avril 1985, où avec son père il regarde à la télévision le fameux match de boxe entre Marvin Hagler et Thomas Hearns. « J’ai été fasciné par la puissance, la volonté d’Hagler qui avançait toujours malgré sa blessure. Je me suis dit « Je veux être ce type ! » ». Peu après, un Jean-Marc sûr de sa force passe la porte de la salle de boxe de Drancy. Il apprend vite que le chemin ne sera pas si facile pour devenir champion. Charlie et Akli, les deux entraîneurs, lui apprennent plus que les directs et les esquives. Pas question d’arriver en retard, les règles existent et tous doivent les respecter. L’ado de l’Abreuvoir rechigne un peu, mais accepte finalement cette discipline qu’il refusait à l’école. Il est l’un des plus assidus et bientôt on lui confie la responsabilité de l’échauffement des nouveaux venus. Le jeune Mormeck se sent valorisé, à sa place dans cette salle où tout le monde s’entraîne ensemble, où Charlie fait Shabbat et Akli le Ramadan et parlent tous deux d’une même voix.

Dans la salle, d’autres apprentis boxeurs sont doués, mais Jean-Marc a la ténacité en plus. Il gagne ses premiers combats amateurs et à 22 ans il passe chez les professionnels, à la poursuite de son rêve. Devenir l’un de ces boxeurs qu’on regarde à la télévision, et partir de cette banlieue où tant de ses amis se sont englués ou bien ont été brisés. Mais une blessure à la main le tient éloigné des rings deux ans durant. Deux années de doutes, trois opérations. Jean-Marc ne renonce pas. Il reprend enfin le chemin des rings et à 24 ans remporte le titre national des mi-lourds face à Alain Simon. Il s’écrie alors : « Je suis champion de France, j’existe ! » Une déclaration au monde, à ses proches, sans doute aussi à sa mère qu’il connaît si peu.

Devenir champion du monde

En France dans les années 2000, rien ne se faisait en boxe sans les frères Acariès. Pour progresser, accéder à un championnat du monde, Mormeck prend contact avec eux. Mais comme il le dit « grandir en banlieue, cela apprend à être méfiant. » Il refuse de signer le contrat que les Acariès proposent à tous leurs boxeurs, et ne s’engage que pour un seul combat à la fois. Les deux frères lui conseillent alors de changer de catégorie et de monter chez les lourds-légers (-90 kg) et organisent à Marseille un combat contre Virgil Hill, tenant du titre. Hill est donné largement favori, personne ne voit Mormeck gagner. Et pourtant, comme Marvin Hagler, Jean-Marc avance, presse son adversaire, envoie des coups puissants et esquive. Le champion recule, et finalement, saoulé de coups, le visage marqué, Hill renonce à l’appel de la neuvième reprise. Jean-Marc Mormeck est champion du monde WBA !

Le pari américain

Avec son titre mondial, Jean-Marc gagne sa liberté de parole. Il est à même de décider seul. Après deux défenses de titre victorieuses, le champion vise encore plus haut. Ce seul titre ne lui suffit pas, il veut les ceintures des autres fédérations, comme les plus grands. Les Acariès ne sont pas intéressés. Mormeck a toujours été un homme de défi, indépendant, n’hésitant pas à changer d’entourage pour atteindre ses objectifs. Contre l’avis de tous, il quitte les deux frères et traverse l’Atlantique pour traiter avec le sulfureux organisateur de combats Don King. Celui-là même qui organisa le match Ali-Foreman à Kinshasa, qui a également spolié tant de combattants… Don King lui sort son grand jeu, mais là encore, le Balbynien refuse un contrat trop contraignant. « Je veux travailler avec toi et pas pour toi. » Il quitte le bureau, et finalement Don King revient sur ses positions… Après deux combats gagnés, Don King tient sa promesse en 2005 et organise un combat entre Mormeck, champion WBA et Wayne Braithwaite, champion WBC. Jean-Marc s’impose au points et devient « Le » champion du monde. Le prestigieux Ring magazine lui décerne sa ceinture qui reconnaît un champion unique dans une catégorie de poids. Cela n’était plus arrivé à un Français depuis Alphonse Halimi en 1957 !

La poursuite du rêve

Tout le reste de sa carrière, Jean-Marc continuera à relever des défis. Il perdra ses titres face à O’Neil Bell en cherchant a conquérir la ceinture IBF, mais prendra sa revanche en 2007. Il est ensuite battu par KO par David Haye, alors qu’il avait mené le combat et même mis son adversaire à terre. « Quand on gagne, la douleur est secondaire. Quand on perd, elle est démultipliée par toutes celles des défaites précédentes. » Très affecté, il reste deux ans sans combattre. "La défaite, c’est une humiliation. On est mis à terre devant le monde entier." Puis, il décide de prendre sa revanche contre celui qui lui a pris ses ceintures. Mais Haye est passé chez les lourds. Qu’importe, Mormeck suit un entrainement intensif, prend du poids, fait son retour chez les gros bras en 2009, victoire contre Maddalone.

Il est désormais son propre manager et organise ses combats. Pendant ce temps, Haye arrête la boxe. Qu’importe, Jean-Marc poursuit son rêve et après deux autres victoires, il signe pour combattre le champion du monde inconstesté Vladimir Klitschko. Le combat est prévu en décembre 2011, Mormeck s’entraîne comme jamais, il est prêt ! Mais Klitschko souffrant de calculs rénaux, le combat est reporté en mars 2012. L’équipe de l’Ukrainien refuse à Mormeck le droit de boxer entre temps. La préparation physique du Français est bouleversée et dans l’Esprit Arena de Düsseldorf, Jean-Marc n’est que l’ombre de lui-même est mis est KO à la quatrième reprise.
Il tentera un retour dans sa catégorie d’origine les lourds-légers, et après une victoire, il s’inclinera finalement aux point contre le Polonais Mateusz Masternak, quinze ans plus jeune. Jean-Marc Mormeck raccroche les gants, sur un geste de fair-play. Déçu de savoir que leur champion arrête là sa carrière, le public tricolore siffle le Polonais. Le boxeur français prend alors le micro et demande « Il a gagné le combat, respectez-le comme il le mérite et applaudissez-le. »

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Tout au long de sa carrière, Jean-Marc Mormeck est resté attaché à la Seine-Saint-Denis et y a toujours été licencié, de Drancy à Noisy-le-Grand, puis Pantin, Bobigny et enfin Aulnay-sous-Bois.
Nasser Lalaoui, l’entraineur d’Aulnay, témoigne : « Jean-Marc a fait rééquiper toute la salle par ses sponsors. Et beaucoup de jeunes sans moyens sont repartis avec des gants de professionnel ! » Le champion a souvent répondu présent pour rencontrer des jeunes dans les écoles et partager avec eux son expérience. Il a même été à l’initiative d’une association, Neuf Cube. Elle visait à utiliser la vidéo pour initier des jeunes en difficultés scolaires aux techniques audio-visuelles, et en se filmant, de leur faire prendre conscience de l’image qu’ils donnaient d’eux-mêmes. Désormais, le gamin de Bobigny est écouté par de grands chefs d’entreprise, est l’égérie du bijoutier Mauboussin, siège au gouvernement pour promouvoir l’égalité des chances et a fondé sa propre famille. Véritablement, il existe.

Pour en savoir plus, écoutez l’émission A voix nue sur France culture où l’écrivaine Marie Despléchin interroge Jean-Marc Mormeck sur son parcours de vie.
http://www.franceculture.fr/emissions/voix-nue/jean-marc-mormeck-l-intranquille

Crédit photo : Ed Mulholland (WirImage) et Franck Rondot

Cet article est une suite de l’article à la page 25 du magazine Seine-Saint-Denis n°53.

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