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Seine Saint-Denis
Lutte contre les violences

Toujours mobilisé·e·s contre les violences

Mardi 24 novembre, les 16es Rencontres Femmes du monde en Seine-Saint-Denis se sont tenues à la MC 93 de Bobigny, mais surtout en ligne. Plus de 500 personnes, en Seine-Saint-Denis, en France et à l’étranger ont écouté les témoignages de l’ensemble des actrices et acteurs du département mobilisé·e·s pour lutter contre les violences faites aux femmes.

Impossible de commencer ces Rencontres Femmes du monde sans rendre hommage à Gisèle Halimi disparue cette année, l’avocate du procès de Bobigny de 1975 qui contribua à l’évolution vers la dépénalisation de l’interruption volontaire de grossesse en France, à la criminalisation du viol grâce au procès d’Aix-en-Provence en 1980. Dans son introduction, Stéphane Troussel, président du Département de la Seine-Saint-Denis, déclara qu’il fut l’un des premiers signataires de la pétition pour un hommage national à cette militante féministe et anti-colonialiste. Il a également rappelé combien les périodes de confinement accentuaient les risques de violences envers les femmes et donc l’importance de tenir ces Rencontres malgré les difficultés liées au respect des règles sanitaires.
Partenaire fidèle de l’Observatoire départemental des violences faites aux femmes, le juge des enfants Edouard Durand a affirmé que l’urgence actuelle est la lutte contre l’impunité. « Le confinement a révélé une inégalité de plus entre les humains : ceux qui vivent dans une maison sécurité, et ceux qui vivent dans une maison danger. Les victimes nous le disent : « La société nous encourage à révéler les violences, mais lorsque nous le faisons, nous ne sommes pas entendues. Il y a certes eu des progrès, les pouvoirs publics se sont mobilisés, mais il est indispensable de mettre en œuvre les lois sur l’ensemble du territoire. » Edouard Durand a poursuivi ensuite sur la nécessité de retirer l’autorité parentale à un auteur de violence. « Un mari violent est un père dangereux. Il ne peut avoir l’autorité parentale ni de droit de visite non accompagné. »

Les enfants sont aussi victimes

Karen Sadlier, docteure en psychologie spécialisée dans la prise en charge des enfants et des adolescent·e·s, a rappelé que « dans le cadre des violences dans le couple, 80 % des enfants sont témoins des actes de violence, 100 % baignent dans la violence psychologique qui est toujours la colonne vertébrale des violences dans le couple, au moins 60 % de ces enfants présentent des troubles post-traumatiques et ce qui est très intéressant sur la question de la parentalité c’est que 75 % des passages à l’acte démarrent autour d’une question parentale, éducative. Car c’est là que la victime va oser dire « je ne suis pas d’accord » au père auteur de violences. »
Fabienne Klein-Donati, procureure de la République du tribunal de Bobigny, est revenue sur les cinq féminicides perpétrés en 2019 en Seine-Saint-Denis. « On essaye toujours de décrypter quels étaient les antécédents, le contexte, s’il y avait eu des plaintes antérieures, des condamnations… Dans les cinq cas, il n’y avait pas eu de plainte, ce qui ne veut pas dire qu’il n’y avait pas eu de violences antérieures. Nous regardons également s’il y a eu des antécédents psychiatriques ou d’autres affaires de violences (…) ce sont des caractéristiques dont il faut que l’on se serve pour les affaires malheureuses qui pourraient se produire après. Ce sont des points de vigilance qu’on doit observer pour ne pas passer à côté. » A propos du dispositif Téléphone grave danger mis en place en 2009, Fabienne Klein-Donati en tire « un bilan très positif. Nous travaillons ensemble avec les associations, l’Observatoire départemental des violences envers les femmes qui fédère beaucoup d’associations et de dispositifs, l’autorité judiciaire dans son ensemble, juges aux affaires familiales, juges correctionnels, juges d’instruction, et aussi les services de police. Avec le temps nous avons eu besoin de demander plus de téléphones de grave danger. Aujourd’hui nous en avons cinquante à disposition, c’est aussi parce que nous sommes beaucoup plus attentifs aux situations individuelles et repérons mieux les besoins. »

Solidarité avec les femmes du monde entier

Les rencontres Femmes du monde ont toujours eu un caractère international et Bouaré Binto Founé Samaké était déjà venue à Bobigny pour témoigner de la situation des femmes au Mali et mettre en place des actions conjointes, notamment en matière de lutte contre les mariages forcés et l’excision. Depuis, elle est devenue ministre de la Promotion de la femme, de l’enfant et de la famille. « Auparavant taboue, la question des violences faites aux femmes est devenue publique. Les violences sont de plus en plus réprimées. Le Mali a un projet de loi contre les violences faites aux femmes qui comporte un volet prévention et un volet répression. » La ministre a conclu par un message aux femmes de Seine-Saint-Denis  : « Je sollicite leur solidarité avec les femmes du Mali, de façon très particulière, mais aussi avec les femmes du monde ! Donnez-nous toute l’opportunité de faire éclore toutes nos potentialités. »
Le président du tribunal de Bobigny, Peimane Ghaleh-Marzban, nouvellement nommé en septembre, a souligné l’importance du travail de partenariat. « Un tribunal ne peut être en dehors des associations, de ceux qui sont la représentation d’une population. Les juges sont en connaissance des situations, mais cette connaissance, est nourrie par les liens avec l’ensemble des partenaires. Bien évidemment, le juge intervient en toute indépendance, sa décision sera celle que le dossier impose (…) mais il est essentiel d’être en lien avec l’ensemble des partenaires pour que le tribunal puisse mettre une administration de la justice qui soit dirigée vers les besoins de la population. »
Maître Gabet, bâtonnier du barreau de Bobigny est intervenu à propos de l’ordonnance de protection qui permet au ou à la juge aux affaires familiales de décider en urgence certaines mesures de protection. "Le barreau de Bobigny a créé une commission « femmes victimes de violences », originale en France. Une vingtaine d’avocats signent une charte, s’engagent à défendre ces femmes victimes de violences et à se former en matière pénale, civile et familiale. (..) La mise en œuvre de l’ordonnance de protection dans un délai de six jours n’est applicable que si les avocats jouent le jeu. Nous participons à ce processus en veillant à ce qu’il ne soit pas ralenti. »

Innover contre les violences

La matinée s’est poursuivie avec des témoignages de l’association La Sauvegarde et de l’hôpital Robert-Ballanger d’Aulnay au sujet du protocole féminicide qui prend en charge les enfants lors du meurtre d’un parent. Dans ce dispositif novateur et unique en France, les enfants sont suivis à l’hôpital en pédopsychiatrie et les services de l’Aide sociale à l’enfance évaluent où l’enfant sera le mieux, dans sa famille biologique, dans une famille d’accueil ou dans un foyer.
Autre innovation impulsée par l’Observatoire départemental et mise en œuvre par l’association FIT Une femme, un toit, le Lieu d’Accueil Ouvert de Bagnolet a fêté son premier anniversaire. Ce lieu est destiné aux jeunes femmes victimes de violences âgées entre 15 et 25 ans. « Souvent ces jeunes femmes ont un nombre d’années de vie équivalent au nombre d’années de violences subies, explique Amandine Maraval, directrice du LAO, Avec souvent au départ des violences intra-familiales, puis conjugales, de la prostitution, des mariages forcés. Le LAO est un relais pour leur mise en sécurité et les accompagne, avec une équipe de deux éducatrices spécialisées, une animatrice socio-culturelle, une psychologue en victimologie, une juriste mise à disposition par le CIDFF 93, une conseillère conjugale et familiale qui a une importance énorme car plus de la moitié des jeunes femmes qui arrivent au LAO n’a aucun moyen de contraception. »
Comme chaque année, l’Observatoire départemental a, au cours de ces rencontres, fait état d’avancées importantes dans la lutte contre les violences faites aux femmes. Des avancées fruits d’un partenariat entre toutes les parties prenantes, mobilisées, actives et qui témoignent qu’il est possible de changer la société pour pouvoir vivre en sécurité et à égalité.

Revoyez ici l’intégralité des16es Rencontres Femmes du monde en Seine-Saint-Denis

Pour en savoir plus, cliquez sur le lien vers l’Observatoire départemental des violences envers les femmes

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