Catégories
Seine Saint-Denis
Montfermeil Football

Sébé Coulibaly, le foot au féminin

Passée par de nombreux clubs de Seine-Saint-Denis, cette jeune femme lance le 11 juillet « Ladies Squad », une application mobile pour encourager la pratique féminine du football. Cette internationale malienne, qui a grandi aux Bosquets à Montfermeil, voit aussi dans le foot un outil pour faire progresser la cause des femmes. Rencontre.

« Dans la vie, le foot m’a beaucoup apporté : des rencontres, de la persévérance et surtout de la confiance. J’aimerais donc qu’il en soit de même pour d’autres jeunes femmes. » A 26 ans, Sébé Coulibaly a déjà du recul sur les choses. Dans son quotidien comme sur les terrains de D2 - elle vient de quitter le RC Saint-Denis pour le club d’Yzeure (Allier) - cette milieu gauche a une bonne vision du jeu.

JPEG - 21.8 ko

Cette volonté de faire progresser la cause du foot féminin l’a notamment amenée à développer une application mobile : Ladies Squad, qu’elle lance le 11 juillet après avoir surmonté de nombreux obstacles. Son principe : permettre aux femmes de se faire une place sur les terrains, souvent squattés par les hommes.

Chasser les préjugés

« Quand je rentrais chez moi, aux Bosquets à Montfermeil, je voyais pas mal de filles jouer en bas des tours, mais curieusement j’en voyais beaucoup moins sur les terrains de foot à cinq ou en club. Je me suis donc dit qu’il fallait créer un outil pour les mettre en réseau », résume Sébé Coulibaly. Grâce à Ladies Squad, les femmes souhaitant taquiner le cuir en dehors d’un club pourront donc compléter des créneaux réservés auprès de certaines structures de foot à 5, futsal ou foot à 11. Un outil dont la conception a demandé beaucoup de travail à Sébé, pas familière de ce genre d’aventures au départ. « Ça m’a pris une bonne année. J’y ai même investi ma prime de 4e de la dernière Coupe d’Afrique des Nations, en 2018. », souffle l’internationale malienne.
Pas sectaire, la jeune femme a tout de même prévu une option de pratique mixte : « Faut pas se tromper sur mes intentions : je ne veux pas du tout exclure les garçons. Moi-même, j’adore jouer contre eux, passé ce petit regard narquois qu’ont certains quand ils entendent « femme et foot ». Et puis, on ne chassera certains préjugés que par l’échange et la rencontre… »
Ces préjugés, Sébé a elle aussi eu à les subir. Elle qui a commencé le foot à 15 ans dans sa cité des Bosquets, le soir après le collège, a dû faire le dos rond pour pouvoir continuer sa passion. « Dans un premier temps, c’a été difficile de faire accepter ma pratique du foot à mes parents car ils percevaient ce sport comme masculin. Heureusement, j’ai toujours eu le soutien de mon grand frère, Mamadou, et ensuite mon côté rebelle a pris le dessus ». Comme lorsqu’elle quitte son premier club du FC Montfermeil, pas vraiment satisfaite de la place qu’on y donnait alors au foot féminin, pour Tremblay.
Les sept ans passés au Tremblay TC seront clés dans l’évolution de la jeune femme : non seulement, l’équipe féminine monte alors en D2, mais Sébé vit aussi une expérience fondatrice avec sa coéquipière Namnata Traoré - qu’elle retrouvera ensuite à Saint-Etienne puis au RC Saint-Denis. En 2015, trois joueuses de Tremblay ont en effet été invitées par l’association de Frédéric Thiriez (ancien président de la Ligue nationale de foot) à gravir le mont Kala Pattar, au Népal. « Namnata et moi, ça nous a transmis de la confiance, donné foi en nos capacités. Au retour de ce voyage, j’ai par exemple trouvé la force pour tenter une saison à St-Etienne en D1 ou lancer Ladies Squad… Du coup, on s’est dit que cette expérience, il fallait la reproduire pour d’autres jeunes filles. »
A leur tour, ces débrouillardes fondent donc « Jouons comme elles », une association souhaitant valoriser la place de la femme dans la société à travers le sport. « Avec Jouons comme elles, on essaie au maximum de faire prendre conscience aux jeunes filles des quartiers qu’il faut continuer à rêver, ne pas s’arrêter au premier obstacle », ponctue Sébé. Implantée à Clichy-Montfermeil, l’association organise régulièrement des événements pour sortir le foot féminin de l’ombre ou tout simplement pour mener des actions locales de solidarité. Durant le Covid, des jeunes femmes de l’association se sont ainsi consacrées à la création de masques pour les soignants et les travailleurs « en première ligne ».

Dur de vivre de ce sport

Dans cette longue marche pour la reconnaissance du foot féminin, la Coupe du monde disputée en France en 2019 a-t-elle fait évoluer les mentalités ? « Oui et non », sourit Sébé. « C’est vrai que l’été dernier, j’ai entendu pas mal de garçons dire qu’ils l’avaient regardée. Mais moi j’ai trouvé que ça manquait quand même un peu de ferveur, notamment dans les banlieues. Le Mondial des garçons, on l’a vécu au boulot, dans les cafés, dans des fan-zones. Là, ils ne diffusaient même pas tous les matches… », regrette celle qui estime qu’une grosse part de travail reste encore à faire « en termes de médiatisation et de professionnalisation ».
« En France, elles sont encore très peu, celles qui peuvent vivre de ce sport », constate celle qui travaillait jusqu’ici comme agent de développement local pour la communauté d’agglomération Grand Paris Grand Est. Elle vient d’ailleurs de donner sa démission pour s’engager en D2 au FF Yzeure, après une drôle d’année au RC Saint-Denis. « Après nous être maintenues en barrages la saison dernière, on n’a pas réussi à répéter l’exploit cette année. Tout a été tellement étrange, avec le Covid... », souffle la jeune femme.
Après trois saisons chez les Dionysiennes, la voici donc qui repart tenter l’aventure hors de région parisienne. « D’un côté, ça me frustre terriblement de devoir quitter l’Ile-de-France alors qu’on a véritable vivier. Avec tous les clubs qu’il y a ici : Saint-Denis, la VGA Saint-Maur, il devrait y avoir de quoi faire. Et pourtant, ils n’arrivent pas à se structurer en termes d’encadrement et de budget. De l’autre côté, ce sont mes dernières années à haut niveau. Je me dis tout simplement qu’il faut que je joue ma chance à fond. » Mais même loin de Seine-Saint-Denis, la jeune femme continuera d’œuvrer pour son territoire. Elle et sa complice Namnata Traoré donnent ainsi déjà rendez-vous pour les prochains projets de « Jouons comme elles » : un grand tournoi mixte à Clichy-sous-Bois ou encore des rencontres professionnelles pour faire découvrir à des jeunes femmes les métiers du sport. « Entre ça, la saison en D2 et le développement de l’appli Ladies Squad, je sais que l’année va être physique… » Mais après tout, Sébé Coulibaly a vaincu le Kala Pattar, alors…

Pour télécharger l’application Ladies Squad :
https://www.ladiessquad.fr
instagram : ladies.squadoff
facebook : ladies squad
à lire aussi
Saint-Denis Piscines JOP 2024

La nouvelle piscine de Marville a désormais un visage

Les plans de la nouvelle piscine du parc des sports de Marville sont désormais connus. Cet équipement, longtemps attendu par les habitants de Seine-Saint-Denis, sera construit par l’entreprise GCC, lauréat tout juste choisi par le Département, maître d’ouvrage. Opérationnel dès janvier 2024 pour pouvoir recevoir des entraînements de water-polo lors des Jeux de Paris 2024, ce centre aquatique accueillera surtout par la suite tous les habitants du département, pour une diversité d’usages.

Handball Villepinte Aubervilliers

Zaadi-Niakaté, le tandem du 93 au sein des Bleues

Elles seront deux Séquanodionysiennes à faire le voyage au Danemark, pour y défendre leur titre de championnes d’Europe de handball, à partir du 4 décembre. Grâce Zaadi et Kalidiatou Niakaté ont toutes deux découvert leur sport en Seine-Saint-Denis, à Villepinte pour l’une, à Aubervilliers pour l’autre. Toutes deux championnes du monde en 2017, elles continuent de cultiver un lien spécial à ce territoire où tout a commencé pour elles. Portrait.

Lutte Bagnolet

Mélonin Noumonvi, lutteur inoxydable

A 38 ans, le lutteur bagnoletais repart une nouvelle fois au combat. Objectif, une quatrième participation aux Jeux olympiques. Il vient de remporter un tournoi à Varsovie, il est capable d’y arriver et de nous surprendre encore…

Rugby Bobigny

Les Louves de Bobigny de A à Z

Après avoir entraîné pendant 14 ans l’équipe première des Louves de Bobigny, qu’il a co-fondée, Fabien Antonelli éprouvait le besoin de revenir sur cette aventure hors-norme. Il le fait avec verve et tendresse dans un « Dictionnaire passionné » qui nous en apprend beaucoup sur ce club historique, devenu l’une des références nationales en matière de rugby féminin.