Catégories
Seine Saint-Denis
Musique La Courneuve

Sandra Nkaké, le métissage pour culture

Elle a chanté avec Tony Hallen ou encore Grand Corps Malade. L’artiste franco-camerounaise à la tonalité très soul se produira le 7 octobre à La Courneuve dans le cadre du festival MAAD in 93. Portrait d’une citoyenne du monde ancrée en Seine-Saint-Denis.

Elle a fait le trajet de La Plaine-Saint-Denis jusqu’à la Basilique à bicyclette. Le vélo, c’est un des chevaux de bataille de Sandra Nkaké, avec les circuits courts et bien évidemment l’accès à la culture pour tous. « C’est pas parce que je suis chanteuse que je suis coupée du monde », dit-elle en souriant de sa belle voix grave.

Effectivement, à 43 ans, l’artiste née à Yaoundé au Cameroun est même plutôt solidement enracinée dans le réel. Pas un jour chez elle qui ne se passe à réfléchir, créer et, encore plus important, rêver. Après tout, ce n’est pas un hasard si son 3e album, qu’elle enregistrera en octobre, s’appelle « Tangerine Moon Wishes ». « Cet album sera centré sur l’introspection et la patience. Dans notre monde assez cabossé et dur, j’ai vraiment besoin de ralentir, de pouvoir me poser et prendre du recul », explique-t-elle.

Après « Mansaadi », son premier album teinté d’influences africaines et « Nothing for Granted », des histoires de « personnages allant contre la norme » qui lui avaient valu le prix de révélation de l’année aux Victoires du Jazz 2012, voilà donc le temps de l’analyse, de la réflexion.

Parmi ses préoccupations majeures, l’artiste cite notamment la situation des migrants. Logique pour celle qui est née au Cameroun, y a grandi jusqu’à ses 12 ans et qui a ensuite rejoint Paris pour y vivre avec sa mère, qui y travaillait pour l’Unesco.

« Ces histoires de frontières, de papiers, c’est tellement insensé alors que tout est lié à la chance. Pourquoi naît-on de ce côté-ci ou de ce côté-là de la frontière ? Est-ce ça qui doit décider de ce que nous sommes ? », se questionne celle qui dit avoir été influencée pour l’écriture d’une chanson par « Hope », un film sur les migrants de Boris Lojkine. L’artiste, qui n’en est pas à sa première apparition au cinéma (notamment dans « Pas son genre » de Lucas Belvaux), a d’ailleurs elle aussi un projet de film sur les réfugiés avec un réalisateur nigérien.

Du Cameroun, qu’elle revoit de temps à autre, elle dit avoir gardé l’odeur des marchés, de la nourriture et aussi ce sens aigu de l’éducation. « Là-bas, on considère tous les enfants comme nos enfants. Il n’y a pas cette indifférence qui peut exister ici, même si notre société essaie de se soigner... », regrette cette mère de quatre enfants.

Mais penser global n’empêche pas non plus Sandra Nkaké de penser local. Elle qui vit depuis 7 ans à La Plaine Saint-Denis essaie de s’impliquer à chaque fois qu’elle le peut pour la Seine-Saint-Denis. En 2014, la Franco-Camerounaise est ainsi intervenue dans un collège de l’Ile-Saint-Denis et dans un centre d’animation, dans le cadre d’une résidence artistique menée à l’Espace 1789 de Saint-Ouen. Ensemble, avec deux autres artistes, ils avaient réalisé des clips sur le thème de « l’image de soi ». « C’était génial, ça m’a fait redécouvrir le plaisir d’expérimenter. Avec les élèves (une classe de 4e), on ne se fixait pas d’autre but qu’aller au bout d’une idée. »

Des résidences de ce type, souvent réalisées avec le soutien du Département, Sandra Nkaké en redemande. « Je me souviens notamment d’un jeune mec, d’origine portugaise, qui m’avait dit en début d’année : je ne chanterai pas en portugais parce que je ne connais aucune belle chanson lusophone. J’avais quand même réussi à lui faire dire quelques mots en portugais. Eh bien, le soir de la projection, ce jeune gars, qui jouait un peu les gros durs, s’est mis à pleurer. C’était hyper fort de les voir se rendre compte qu’ils étaient capables de faire quelque chose de beau. »

De manière générale, l’artiste aimerait qu’une autre image du 93 affleure dans les médias, dont certains ont selon elle une image biaisée du territoire. « C’est un département très dynamique, avec beaucoup d’actions sociales, un gros tissu associatif, beaucoup de propositions culturelles, mais ça, on ne le sait pas en dehors du département et c’est un peu fatigant... »

On retrouvera d’ailleurs la voix chaude et veloutée de Sandra Nkaké dès le 7 octobre à La Courneuve, où elle participe au festival MAAD in 93. Cette manifestation se propose d’associer le temps d’un concert des artistes accueillis en résidence dans le département et présentant des affinités. Pour Sandra Nkaké, ce seront les 3 SomeSisters, un groupe à la pop baroque, qui fait la part belle aux polyphonies. « J’aime bien cette idée du one-shot, d’un concert unique qui ne débouchera sur aucun objet commercial. Et puis, ça donne toujours de belles rencontres », explique celle qui avait déjà collaboré l’année dernière avec la chanteuse du groupe Saint-Lô Hanifah Walidah.

« Rencontre », le terme revient d’ailleurs souvent dans la bouche de cette battante qui croit à la puissance du dialogue pour dénouer de nombreuses situations. « A partir du moment où on fait l’effort de discuter avec les gens, où on comprend quel est leur contexte, ça diminue les peurs, les stigmatisations, ça rapproche les gens. Evidemment, ce n’est pas la solution à tout, mais c’est un début ». Et la voix de Sandra Nkaké porte, assurément…

crédit photo : Benjamin Colombel

N.B : Venez assister au concert des 3SomeSisters et de Sandra Nkaké le vendredi 7 octobre (20h30) à l’Espace Guy Môquet, à La Courneuve (119, avenue Paul-Vaillant Couturier)

JPEG - 177.4 ko
à lire aussi
Hip hop Danse

On ne rigole pas avec le hip-hop

Samedi 17 juin, une cinquantaine de jeunes amateurs de hip-hop s’affrontaient sur la scène de la MC93. Le plus sérieusement du monde, les danseurs se sont affrontés artistiquement en donnant le meilleur d’eux-mêmes, malgré une température caniculaire.

Services, aides
& démarches

24 actions pour les Jeux 2024

Un plan départemental d'accompagnement de la candidature aux jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024 a été adopté en séance du Conseil départemental le 22 juin 2016. Ce plan se décline en sept grands thèmes qui regroupent 24 actions.

Accessibilité des équipements culturels

Un guide valorisant la diversité de l'offre culturelle en Seine-Saint-Denis et favorisant l'accès et la participation des personnes handicapées à la vie culturelle et sociale.