Catégories
Seine Saint-Denis
Roller derby Montreuil

Pour les Nasty Pêcheresses de Montreuil, tout se passe comme sur des roulettes

Après une longue interruption due à la crise sanitaire, les Nasty Pêcheresses, l’équipe de roller derby du Roller Skating Montreuillois (RSM), ont repris le chemin de l’entraînement il y a quelques jours, plus déterminées que jamais. Parallèlement au championnat, cette bande de filles délurées prépare le Derbyland, un événement où s’entremêlent rencontres sportives et shows exubérants qui reviendra début avril après trois ans d’absence.

Une paire de rollers quad (roues disposées en deux rangées de deux), un kit complet de protection (casque, protège-dent, coudières, genouillères…), un pseudo fleuri (Tue Pack, Jacky Poppers, Tahiti boobs, Fouf la Rage…) et une gouache d’enfer. Les Nasty Pêcheresses – nommées ainsi en référence aux célèbres murs à pêches de Montreuil -, c’est tout ça et même un peu plus encore. Après une longue pause due aux confinements, cette équipe de roller derby qui fait partie du club Roller Skating Montreuillois (RSM), a rechaussé les patins pour de bon courant octobre. Objectif cette saison : atteindre les play-offs (matchs de barrage) d’un championnat de France N2 (le plus faible des trois échelons existants) qu’elles vont disputer en petit comité (moitié moins d’équipes engagées) et, exceptionnellement, en une seule étape le temps d’un week-end en mars prochain. « La crise sanitaire a fait du mal à beaucoup d’équipes en France, regrette Myriam alias « Dirty Sanchez ». Entre la démotivation de certaines joueuses qui ne se sont pas remises de la grosse coupure et le manque de moyens des clubs, le roller derby a perdu beaucoup de monde en route. Nous, à Montreuil, on a la chance de dépendre d’un club, le RSM, qui a les reins solides. Résultat, on est toujours en vie. » Et à en juger par l’impact et l’engagement qu’elles mettent à l’entraînement deux jours par semaine (le mercredi de 19h à 22h et le samedi de 15h à 18h) au gymnase Daniel-Renoult (« un des meilleurs sols de France avec son béton ciré qui adhère et qui crisse », dixit Myriam), elles semblent plus affamées que jamais.

JPEG - 137.2 ko

Petit rappel pour celles et ceux qui n’en ont jamais entendu parler : le roller derby est un sport de contact à prédominance féminine qui se pratique sur des patins à roulettes avec des roues non alignées et sur une piste de forme ovale. Lors d’un match, deux équipes de cinq joueuses s’affrontent. Le but du jeu est simple : la joueuse qui évolue au poste d’attaquante (ou « jameuses » dans le jargon maison) doit, pour marquer des points, franchir en un temps donné un « block » composé de quatre adversaires. Une projection au sol ou une sortie de piste entraîne l’élimination. Tous les coups ne sont pas permis : il est autorisé de bloquer une adversaire avec toute partie du corps située entre les épaules et les mi-cuisses, à l’exception des coudes, des avant-bras et des mains mais il est interdit de frapper une adversaire en dessous des mi-cuisses, au dessus des épaules et dans le dos.

Valeurs féministes et inclusives

Né aux Etats-Unis durant la crise de 1929, le roller derby est une discipline tactique qui allie à la fois vitesse et combat dans une ambiance amicale et survoltée. Aux Etats-Unis, il compte aujourd’hui une multitude de ligues et des joueuses de très haut niveau. En France, s’il conquiert un nombre croissant de pratiquants depuis quelques années, il reste encore confidentiel avec seulement 4 500 licenciés recensés dernièrement par la Fédération française de roller et skate-board (FFRS), à laquelle il est affilié. « Le roller derby reste un sport méconnu dans notre pays. Durant de longues années, les Nasty étaient les meilleures de la Seine-Saint-Denis car nous étions… les seules dans le département », plaisante Myriam. Cette saison, une nouvelle équipe a fait son apparition sur le territoire, les Bétonnières de Pantin. « En général, on vient au roller derby grâce au bouche à oreille, parce qu’une amie d’amie en a entendu parler en bien… Or, c’est un sport qui gagne à être davantage connu tant il est complet et fédérateur », explique Fanie, plus connue sous le nom de « Biche Enragée » et dont le bar, le Mange Disc (rue de Romainville, à Montreuil), sert de refuge pour les troisièmes mi-temps.

JPEG - 141.6 ko

Les conséquences de la pandémie de coronavirus – entre le manque de motivation après une longue période sans pratiquer et le peu d’entrain à refaire un sport collectif en salle par peur d’être contaminé - auraient pu sonner le glas de l’équipe montreuilloise. Que nenni ! Elles sont cette année une cinquantaine (dont une bonne moitié de débutantes) à avoir pris leur licence, deux fois plus qu’il y a trois ans. Un succès qui prouve que, malgré la crise, le sport en club n’est pas aussi moribond qu’il en a l’air et que les Nasty Pêcheresses exercent un grand pouvoir d’attraction. « Dans le paysage sportif, le roller derby est à part car il représente des valeurs féministes et d’inclusivité, fait remarquer Fouf la Rage (Jasmin à la ville). C’est par exemple le seul sport au monde accessible aux personnes trans. Et puis, si nous venons de milieux différents, avons des orientations sexuelles différentes, sur le terrain, c’est l’unité parfaite. On ne juge jamais l’autre, on ne met jamais en avant la performance, tout est basé sur la confiance qu’on a les unes envers les autres. Cette bienveillance, cette sororité [solidarité entre femmes], cet esprit collectif, tout ça, c’est inébranlable. » Chez les Nasty Pêcheresses, un système de marrainage est chaque année mis en place à l’orée de la saison. En clair, chaque ancienne joueuse (« advanced ») prend sous sons aile une nouvelle (« fresh meat ») pour la mettre en confiance, l’aider à s’intégrer et à progresser. Une fois les règles du jeu acquises et l’art du patinage maîtrisé, les impétrantes sont invitées à choisir un numéro et un derby name. « Nous ne testons personne, nous acceptons tout le monde quel que soit son âge ou son aspect physique, nous sommes dans le body positive », insiste Jasmin.

Le grand retour du « Derbyland »

Ambre alias « Amber Breaker » a rejoint le club il y a cinq ans. Cette Bagnoletaise y apprécie l’esprit de franche camaraderie et l’organisation du club qui fonctionne en autogestion. « Ici, ce n’est pas le coach qui choisit ses joueuses, c’est l’inverse. Et sa nomination doit être validée par l’ensemble de l’équipe. Tout cela demande pas mal d’investissement mais permet de créer des liens uniques. Nous sommes amies sur le terrain mais aussi en dehors », relève Ambre. Sarah alias « Mich-Much » abonde dans le même sens. Elle aussi fait partie des « anciennes ». « Le roller derby, j’en ai entendu parler pour la première fois dans une soirée chez une copine. La personne en face de moi m’avait fait une telle promotion de cette discipline qu’en rentrant chez moi, je me suis mise à visionner plein de vidéos. Je me suis dit : ‘’ce sport est fait pour toi.’’ » D’autant que les contacts, nombreux mais jamais violents, n’effraient pas cette jeune fille, qui a quinze ans de judo derrière elle. Mais le roller derby lui a aussi permis de mener un travail de déconstruction des stéréotypes sur les minorités de genre par exemple mais aussi des questions de société comme le sexisme ou le patriarcat. « Aujourd’hui, j’observe et analyse davantage, confie Sarah. Je prends conscience que tous ces thèmes me touchent de près. Je me sens d’ailleurs plus armée pour en débattre en société et faire de la pédagogie auprès de ceux qui vivent encore avec beaucoup d’idées reçues. »

JPEG - 5.9 Mo

Enfin, qui dit Nasty Pêcheresses, dit « Derbyland », un gros raout organisé une fois par an où l’enjeu sportif le dispute à la grosse déconnade. La dernière édition, en 2019, s’était déroulée devant 800 spectateurs (!) au gymnase René-Doriant et dans une atmosphère qui fleurait bon les années 1980 puisque le thème rendait hommage au film culte de Robert Zemeckis, "Retour vers le futur". Cet événement va faire son grand retour en 2022, début avril si tout va bien, mais, une fois n’est pas coutume, pas dans le cadre des championnats de France N2. « Pour ce 5e Derbyland, on va proposer un tournoi avec nos équipes A, B et C ainsi que des équipes invitées venant de France et de l’étranger, promet Biche Enragée. En revanche, en ce qui concerne le show et l’ambiance dans la salle, ce sera exactement comme les années précédentes. » Autrement dit, le feu.

Grégoire Remund
Photos : ©Sophie Loubaton

à lire aussi
Handball

Grâce Zaadi Deuna « Je veux aller encore plus haut… »

Cheffe d’orchestre de l’équipe de France de handball, la demi-centre (28 ans), formée à Villepinte, a réussi l’historique exploit de décrocher une médaille d’or olympique puis, quatre mois et demi après, une mondiale en argent. Mais elle veut aller encore plus haut : en 2024, décrocher l’or olympique à Paris puis, dans sa foulée, l’or mondial…

Aubervilliers

Mission Tour de France féminin pour St Michel-Auber 93

A l’aube de la saison cycliste, la 29e pour les hommes d’Auber 93, la toute première en pro pour les femmes, les objectifs des Orange sont clairs : continuer sur la lancée de l’année passée pour les « P’tits Gars », s’inviter sur le Tour de France féminin qui se relance pour les « Madeleines ». Si le Covid ne joue pas un vilain tour…

Saint-Ouen Football

Le Red Star puni par Ben Yedder

Un doublé de l’international français a mis fin aux espoirs du Red Star, battu dimanche 0-2 par Monaco en 32e de finale de Coupe de France. L’équipe de Saint-Ouen a pourtant réalisé un bon match, manquant seulement d’un brin de réussite et de réalisme.

Handisport

Handi’Cap de faire du sport : ça plane pour eux !

L’UNSS 93, autrement dit, le sport scolaire en Seine-Saint-Denis, s’est fixé pour but d’augmenter la part de ses élèves en situation de handicap inscrits en associations sportives au collège. En 2018, elle a pour cela lancé un programme qui vise notamment à redonner confiance à des enfants qui ont souvent tendance à se sous-estimer du fait de leur handicap. La preuve en image.