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Festival Livres Clichy-sous-Bois

Magyd Cherfi mouille la chemise à Clichy-sous-Bois

Vendredi 17 mars, c’est un Magyd Cherfi combatif mais enjoué qui a fait l’ouverture du festival littéraire Hors Limites. A Clichy-sous-Bois, l’ancien chanteur du groupe Zebda est venu parler de son dernier livre « Ma part de Gaulois » et de l’urgence de penser une vraie France multiculturelle.

« Les Izards, Clichy-sous-Bois, même combat », semble nous dire en ce vendredi Magyd Cherfi, ex-chanteur de Zebda qui, en plus de ses chansons, fait aussi depuis un certain temps danser les mots sur des pages de texte. Dans « Ma part de Gaulois », son dernier livre paru en août 2016 et qu’il a été invité à présenter au festival littéraire Hors Limites (voir encadré), cet amoureux des mots évoque son adolescence au sein des quartiers nord de Toulouse. Lui, le gamin des Izards, né de parents algériens kabyles, ébloui par l’idée égalitaire de l’école, raconte comment il a petit à petit perçu un double discours dans notre République.

« J’ai écrit ce livre parce que cela fait longtemps que je me dis qu’il faut raconter notre histoire de Français, à nous les Maghrébins ou les Noirs qui ne faisons pas partie du récit national officiel. Comme on nous dit trop souvent que nous ne sommes pas véritablement chez nous, je me suis dit qu’il fallait rappeler à quel point nous sommes partie intégrante de ce pays », explique-t-il posément, mais fermement.

Interrogé par la directrice du Bondy Blog Nassira El Moaddem, ses souvenirs remontent doucement à la lumière. Les principes forts mais en même temps contradictoires de sa mère - « sa ligne c’était : « sois Français, mais ne le deviens pas », « sois érudit, mais ne renie pas les traditions » ». Cette école à la fois extraordinaire dans son message universel mais finalement bien impuissante à combattre les inégalités sociales.

« Je trouve son idée admirable : assurer l’éducation de tous les enfants de la République, sans distinction, insiste Magyd Cherfi. Avant de nuancer : Mais finalement, on se rend compte que l’école ne marche que si vous avez aussi à la maison un soutien particulier. Dans mon cas, c’était ma mère, qui était obnubilée par le fait que je réussisse à l’école. Pour tous les autres, ça ne reste malheureusement qu’une idée. »

Et d’enfoncer le clou de manière plus générale : « Il y a un Etat, une République qui a longtemps raconté l’égalité, mais qui s’en est tenu à ce récit. Car se cacher derrière les lois qui existent sans les mettre en application ne met pas fin aux violences policières, à la discrimination à l’embauche. Pour moi, il est temps que l’État prenne ses responsabilité : ou nous faisons cette République multiculturelle dont on n’arrête pas de nous parler, ou bien ça s’écroulera comme un château de cartes. »

Porter de telles idées n’a pas toujours été facile pour l’ex-chanteur de Zebda. Car « Ma Part de Gaulois » n’a plu ni d’un côté ni de l’autre. Ni du côté des institutions, dérangées qu’on leur rappelle deux ou trois vérités, ni dans sa cité natale des Izards, où l’amour affiché par Cherfi pour les valeurs fondamentales et laïques de la République a été perçu comme une trahison de classe. Mais le troubadour en a pris son parti : « La vie est un combat et je considère un peu tout ce que je fais comme un combat de boxe », lance-t-il, en bon disciple de Nougaro. Boxe boxe.
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Mais dans la belle lumière de la bibliothèque Cyrano de Bergerac, implantée seulement depuis novembre dans le quartier du Chêne-Pointu et qui compte déjà près de 5700 adhérents, Magyd Cherfi trouve plutôt des oreilles amies.
« Je comprends ce que vous dites à propos de ce double discours et du fait qu’on est en permanence ramené à ses origines, abonde une jeune femme noire. Moi par exemple, je me sens vraiment française. Pourtant, au moment des attentats de 2015, on m’a demandé de prendre position en tant que musulmane, ce qui m’a choqué. En effet, j’étais venue aux manifestations au même titre que tous les autres Français, alors pourquoi m’isoler sur la base de ma religion ou de ma couleur de peau ? »

Le débat se porte ensuite sur le terrain des politiques culturelles : « Là aussi, vous pourrez mettre tous les moyens que vous voulez. S’il n’y a pas le souci d’une initiation de masse, d’une transmission comme étincelle de départ, ça restera lettre morte », martèle Magyd Cherfi qui a par exemple renoncé à faire des lectures de ses textes aux Izards. Présent parmi les participants au débat, Gérard Auger, directeur de l’Espace 93, structure culturelle municipale très active à Clichy-sous-Bois, convient qu’il est « parfois compliqué de faire venir au théâtre des gens qui n’en ont pas l’habitude. C’est plus facile avec les jeunes générations » Avant de mettre en avant les nombreux dispositifs – résidences d’artistes ou projets culturels - mis en place à partir de l’école.
Pour autant, pas de raisons de céder à la sinistrose. « La République tient encore la baraque. Faut juste l’aider un peu quoi... », dit Cherfi, rigolard, avant de filer à Drancy faire une lecture musicale de ses textes.

Christophe Lehousse

Dans le cadre de Hors Limites, la bibliothèque Cyrano de Bergerac de Clichy-sous-Bois (10, allée Maurice Audin à Clichy-sous-Bois) accueillera également :
- « Bulles de lecture », des lectures théâtrales par la Compagnie du Petit Théâtre Permanent, le mercredi 22 mars à 15h (à partie de 6 ans)
-  »The Spleen », pièce écrite et dansée par Frank Micheletti et Charles Robinson, le mardi 28 mars à 19h

Festival Hors Limites, mode d’emploi

JPEG - 46 koUne baleine qui remonte le Canal de l’Ourcq. Des flamants roses qui survolent l’échangeur autoroutier de Bagnolet. Les affiches faisant cette année la promotion de Hors Limites reflètent bien la philosophie de ce festival littéraire atypique. Portée par l’association des Bibliothèques en Seine-Saint-Denis, cette quinzaine littéraire s’efforce chaque année de faire la fête au livre à travers cet outil privilégié que sont les bibliothèques. Privilégié car gratuit.
Pour cette 9e édition, ce sont ainsi 42 bibliothèques dans 25 villes différentes qui participent à la manifestation. Pour un total de 104 auteurs et artistes invités. Car voilà une autre des originalités de Hors Limites, expliquée par son co-organisateur Sébastien Zaegel : « Une des volontés de ce festival est de multiplier les chemins d’accès au livre. D’où notre recours à des formes hybrides qui intègrent le spectacle vivant, la musique ou à des ateliers d’écriture. L’idée, c’est d’aller chercher le public le plus large possible. » Cette année encore, collégiens, actifs ou retraités pourront donc profiter des différentes rencontres, lectures ou concerts prévus.

Le Festival Hors Limites se déroule cette année du 17 mars au 1er avril

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