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Les résidences artistiques en Seine-Saint-Denis, tout un feuilleton !

Les résidences In Situ fêtent leurs dix ans ! Ce dispositif initié par le Département, qui consiste à accueillir pendant toute l’année un artiste dans un collège, méritait bien un petit feuilleton. Chaque jeudi, les journalistes Joséphine Lebard et Bahar Makooi, originaires elles-mêmes de Seine-Saint-Denis, vont rendre compte de ces résidences dans 10 établissements du département. Découvrez ici le premier volet de leur série.

Retour vers nos futurs

Le voyage commence. Pour Bahar et moi, il va donc s’agir de voguer d’une résidence à l’autre, d’un établissement à l’autre, d’un artiste à l’autre et de raconter. Mais avant d’entamer le voyage, peut-être faut-il que nous ordonnions nos souvenirs, que nous fassions place nette, pour partir le cœur léger. Car une question risque de nous hanter : que restera-t-il ? Des années après, que restera-t-il chez ces collégiens de ces mois à échanger étroitement avec des chanteurs, des écrivains, des metteurs en scène ? Quelles graines auront été semées dont nous ne verrons pas l’éclosion ?

Je ne peux évidemment pas répondre pour eux. Parce que la réponse commence tout juste à maturer, pousse fragile qui émerge à peine du sol. En revanche, je peux répondre pour moi. Car j’ai moi aussi été une écolière de Seine-Saint-Denis qui a profité d’une résidence, au tout début des années 90.
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L’école primaire Pierre-Brossolette, souvenirs de théâtre pour Joséphine Lebard

J’ai grandi à Pavillons-sous-Bois, une ville du 93 dont on ne dit rien. Rien de remarquable, rien d’horrible. Une ville... pavillonnaire, comme l’exprime son nom. Pour les « bois », en revanche, hormis les platanes qui bordent ses allées, il convient de rester modeste. Nous étions des enfants de classe moyenne, enfants de profs, de cadres, de médecins à nous connaître depuis la maternelle et à évoluer au sein de l’école primaire Pierre-Brossolette, un de ces établissements en briques rouges, typique de l’architecture scolaire des années 30. Nous étions en CM2 et, tous les jeudis après-midi, avait lieu le rituel des ateliers : deux-trois heures d’activités où les classes se mélangeaient entre cours de basket, jardinage, dessin... En ce qui me concerne, quelques années entre la couture et la vannerie avaient fini de me convaincre que les activités manuelles et moi, ce n’était pas la grande passion. La mise en place en CM2 de l’atelier théâtre m’apparut comme une bouffée d’air. A la faveur d’une résidence de la Compagnie du Théâtre du Mouvement dans notre ville, ce fut donc Agnès, l’une des comédiennes de la troupe, qui vint nous donner des cours.

Avec sa coupe courte et rousse, sa voix rauque, elle ressemblait plus à un lutin qu’à nos parents – dont pourtant elle avait l’âge. Surtout, elle bouleversait nos certitudes. Pour moi, le théâtre, c’était du texte. Agnès nous apprit que c’était aussi le corps, nous faisant longuement travailler des exercices « sans paroles ». Avec elle, nous avons joué des extraits du Petit Prince, d’Alice aux Pays des Merveilles, de l’Odyssée où les gestes comptaient autant que les mots. « Le rapport au corps, c’est un vrai support pour l’imaginaire, me raconte au téléphone Agnès, que j’ai retrouvée (merci Google !) plus de 25 ans plus tard. L’invention et l’appropriation d’un langage gestuel, c’est un cadeau magnifique ! »

Je contacte (Merci Facebook !) Vita, Chloé, Stéphanie et Juliette qui avaient participé à l’atelier en même temps que moi. De leurs souvenirs émerge ce même sentiment d’avoir pris part à une aventure exceptionnelle : les répétitions dans le sous-sol du théâtre municipal ; le travail en équipe « qui changeait de l’école des années 90 », note Vita ; la fierté de « créer » ensemble des costumes, des décors mais aussi des personnages. Et d’être pris au sérieux par une adulte comme de potentiels « artistes ». Toutes, nous avons néanmoins l’impression de ne pas avoir forcément réalisé, sur le moment, la chance qui nous était donnée. Pourtant, souligne Agnès, des changements avaient été presque immédiatement perceptibles : « Une des institutrices impliquées dans le projet me disait combien le théâtre vous avait permis d’enrichir votre vocabulaire, de nourrir vos rédactions ». Elle nous avait aussi emmenés voir une pièce de sa compagnie « Bug », dans laquelle les comédiens incarnaient des insectes.

« Je peux te le dire maintenant, Agnès, mais je n’avais absolument rien compris. Il n’y avait pas un seul dialogue, c’était long, cela n’avait rien à voir avec les pièces que mes parents m’emmenaient voir... Bref, je m’étais ennuyée. Et pourtant, des années après, j’en garde un souvenir très fort, très précis. Comme si cette pièce m’avait fait sortir de ma zone de confort. Que j’avais été obligée de lâcher des certitudes. Bien sûr, à l’époque, je ne me le formulais pas comme ça... Mais aujourd’hui – quand je vais voir de la danse contemporaine ou du théâtre expérimental- je me dis que c’est un peu à toi que je le dois... »

Mais, elle, Agnès, ces rencontres hebdomadaires avec des pré-ados, que lui apportaient-elles ? « Je ne voulais pas m’enfermer dans une pratique ghettoïsée. C’était important pour moi de faire le yoyo entre la réflexion et la communauté des hommes. D’autant que, enfant, je n’avais pas eu la chance d’avoir ainsi accès aux arts. J’avais conscience que pour les jeunes, la pratique artistique permettait d’ouvrir un champ des possibles... »

Vingt-cinq ans après, ces graines qu’Agnès avait semées en nous ont pris racine. Je crois qu’elles n’ont pas poussé à la manière de massifs imposants qui demandent à ce qu’on les contemple, à ce qu’on s’ébaubisse devant leur beauté. Au contraire, il s’agit plus de fleurs des champs qui ont grandi presque malgré nous, leurs tiges se faufilant dans les interstices du quotidien. De temps à autre, pas toujours aux moments attendus, leur parfum se rappelle à nous. Nous rappelant qu’en ce début des années 90, dans le sous-sol d’un théâtre, quelque chose en nous s’est éveillé. Et nous a rendus à jamais plus vivants.

La semaine prochaine : "Virée en adolescence", les débuts de la résidence du Collectif musical La Souterraine au collège Gustave Courbet de Romainville

Découvrez ici le portrait de Joséphine Lebard et Bahar Makooi, journalistes auteures du feuilleton sur ces résidences artistiques et originaires toutes deux de Seine-Saint-Denis.

Les 10 artistes en résidence In Situ en 2016-2017
Cécile Ladjali et Marco Castilla- Littérature et photographie
Carine May et Hakim Zouhani- Cinéma
Capucine Vever- Arts visuels
Dominique Brun- Danse
François Orsoni- Théâtre
Marie Piémontèse- Théâtre
Compagnie Kiai- Cirque
La Souterraine- Musique
Olivier Darné- Arts Visuels
Les Siècles- Musique

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