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Migration Bobigny

Les mineur·e·s isolé·e·s vous ouvrent leur imaginaire

En France, la prise en charge des migrant·e·s de moins de 18 ans dits mineur·e·s non accompagné·e·s, dépend des Départements. Créée au titre de la protection de l’enfance en 2018, la Cellule d’Accompagnement des Mineurs Non Accompagnés (CAMNA) située à Bobigny a lancé en décembre 2020 « Voyages imaginaires », un projet artistique au long cours avec des adolescent·e·s et deux photographes professionnelles.

« Les mineurs étrangers savent transmettre des émotions artistiques aussi bien que vous et moi » déclare la directrice de l’association Citoyenneté Jeunesse Catherine Teiro, qui conteste avec force l’idée que
« la création serait réservée à quelques-uns ». À ses côtés, les photographes associées Valentina Camu
et Delphine Blast opinent de la tête et affirment avoir été « bouleversées » par les réalisations de certains adolescent·e·s qui ont actionné un appareil pour la première fois de leur vie. En décembre, les huit jeunes ont libéré quelques jours leur créativité et démarré des « voyages imaginaires » bien loin de leur quotidien difficile.

Une expérimentation mêlant collage et peinture

Après avoir sensibilisé les travailleur·e·s sociaux, Valentina, photo-journaliste et Delphine, photographe d’art ont initié les teen-agers Amadou, Youssouf, Chérif, Hamed... au maniement d’un Polaroid. Après quelques essais, le duo a abordé l’art du portrait puis a incité les jeunes à jouer aux photographes et aux mannequins dans un studio improvisé au sein de la CAMNA. « Notre objectif était de les sublimer et surtout qu’ils prennent du plaisir en utilisant de vrais outils de professionnels » explique Delphine Blast, emballée par le naturel des modèles.
Les jeunes gens ont ensuite « découpé leur portrait » pour réaliser une grande bâche collective sur le thème de l’imaginaire mêlant photographies, collages de magazines et peinture à l’acrylique. « J’ai voulu raconter des bribes de mon enfance en employant des motifs de wax (NDLR : tissu africain) que portait ma maman » confie avec un sourire Nsimba, originaire du Congo. « On a aussi fait des références à la pop culture avec les héros aux supers pouvoirs de Marvel et une statue de la Liberté très inspirante ».

Rompre l’isolement des jeunes et élargir leur horizon

Ces « artistes d’un jour », qui ne se connaissaient pas auparavant, sont arrivé·e·s sur le territoire français depuis un an en moyenne et bénéficient d’un accompagnement de la CAMNA, avec hébergement en structure. Ousmane, originaire de Guinée, a connu un parcours dantesque dans le désert algérien et sur un Zodiac en Méditerranée avant de rejoindre Paris épuisé. Accueilli par la Croix Rouge, il a dormi trois mois dans un squat puis a été mis à l’abri dans un hôtel dionysien, après l’évaluation de sa minorité par la Croix Rouge. « Les mineurs étrangers reçoivent tous les mois un petit pécule pour payer les repas en demi-pension, des produits d’hygiène, le Pass Navigo et leurs vêtements » précise Isabelle Poulain, responsable de la CAMNA.
Une quarantaine d’agent·e·s accompagne 1460 personnes (dont 750 signataires du contrat jeune majeur) en Seine-Saint-Denis et les aide en terme d’accès aux droits (éducation, soins, insertion, état-civil, accès à la régularisation et au logement...). « Les adolescents peuvent être accueillis dans des collèges ou des lycées en Unité Pédagogique pour Élèves Allophones Arrivants » explique Anissa Benmalek, éducatrice spécialisée. « La grande majorité d’entre eux s’engage dans des formations professionnelles en alternance pour s’insérer le plus vite possible sur le marché du travail ».

Héko, qui va suivre une formation en mécanique automobile, se sent très reconnaissant à l’égard de sa nouvelle patrie de coeur. « Ici, je me sens comme un être aimé, les gens sont gentils et m’ont redonné confiance dans mon avenir, ce que j’ai essayé d’exprimer dans le photo-montage ». Si vous souhaitez la découvrir de visu, la bâche artistique sera prochainement exposée dans un bâtiment public départemental, ainsi qu’une prochaine oeuvre réalisée mi-février avec les photographes.

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Un guide pour survivre à l’errance

Une partie des mineur·e·s isolé·e·s a connu la cruauté de la rue avant d’être accueilli·e·s par la CAMNA. Pour aider les primo-arrivants vulnérables, les adolescent·e·s pris·e·s en charge Filemon, Kamber, Islem, Kegno, Modibo, Mohamed et Yanis ont écrit un carnet d’accueil détaillant les adresses d’aide alimentaire, d’accès aux soins, les accueils de jours ou les associations donnant des cours de français en Seine-Saint-Denis... Ce livret sera bientôt mis en ligne et imprimé par le Département, qui le mettra à disposition de structures comme la Croix Rouge ou la CIMADE.

Crédit-photo : Nicolas Moulard et Citoyenneté Jeunesse /CAMNA 93/ Valentina Camu

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