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Montreuil Théâtre

Le petit théâtre de vie des Dromesko

Jusqu’au 5 octobre sur la place Jean-Jaurès de Montreuil, c’est tous les jours « le Jour du Grand Jour ». Du nom du spectacle de la compagnie Dromesko, emmenée par les bateleurs Igor et Lily. Leur réflexion poétique et émouvante sur les mariages, les enterrements, bref les cérémonies de tout type, ouvre la saison du Nouveau théâtre de Montreuil sur une belle note douce-amère.

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crédits photos Fanny Gonin et Sylvain Hitau

Cela pourrait s’appeler « Quatre mariages et un enterrement », mais alors en moins mélo et plus pudique que la comédie romantique du même nom. Les cérémonies de la vie, petites et grandes, joyeuses ou tristes, sincères ou faux-cul comme c’est pas permis, voilà de quoi sont partis les Dromesko pour leur nouveau spectacle au titre poétique et enfantin, « le Jour du Grand Jour ».

« En fait, notre fille Zina, qui joue d’ailleurs avec nous, s’est mariée récemment. On a eu quarante personnes à la maison et alors on s’est dit : on a déjà fait une partie des répéts... Là-dessus, on a aussi eu notre lot de malheurs, comme chacun quoi. Du coup, on s’est lancé sur ce thème aigre-doux », résume Igor, le pater familias des Dromesko, une troupe de comédiens comme on n’en fait plus, sympathiques et rêveurs.

Du mariage en grande pompe à l’enterrement, du repas de famille un rien houleux à l’inauguration de bâtiment public complètement délirante, tout y passe. A chaque fois, les Dromesko n’ont pas leur pareil pour retenir au vol les petits moments de poésie contenus dans des rituels apparemment anodins. C’est souvent drôle, parfois mordant, toujours juste et personnel.

Démarrant sur un flot de paroles proférées par un seul et même personnage, la pièce tend d’elle-même vers le silence et nous invite à aller au-delà des mots, finalement un peu dérisoires. Reste alors la musique, ces accents de violoncelle et d’accordéon tour à tour solennels ou mélancoliques, comme cette valse russe chantée par Lily, la compagne d’Igor. Et des images dignes d’un tableau de Chagall ou d’un film d’Emir Kusturica et ses mariages tsiganes.

Avec le réalisateur serbe, les Dromesko partagent d’ailleurs le goût de la mise en scène d’animaux, comme autant de personnages à part entière. Parmi eux, Charles le marabout fait une apparition particulièrement remarquée : déployant ses ailes d’ange de la mort dans un cortège funéraire, son long bec fait écho à celui que tous les acteurs portent alors sur le visage, à la manière des médecins de peste chez Molière. « Je ne pourrais pas imaginer un théâtre sans animaux, dit d’ailleurs Lily, qui avait auparavant fondé avec son compère Igor « La Volière Dromesko » accueillie pendant plusieurs années au Théâtre National de Bretagne, à Rennes. Ce qu’il y a d’intéressant chez les animaux, c’est qu’ils ne jouent pas : ça crée toujours une incertitude sur scène, ça t’oblige à une certaine rigueur. »
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« En fait, c’est simple, le théâtre Dromesko, c’est un lieu où la fiction et la réalité sont très mêlées. Et comme dans la vie, on vit avec des animaux, il n’y a aucune raison à ce qu’ils n’apparaissent pas sur scène », complète Igor, couvre-chef vissé sur le crâne à la scène comme à la ville. Depuis les grandes équipées du Cirque Aligre puis de Zingaro, dont il est l’un des fondateurs avec son vieil ami Bartabas, ce gouailleur à casquette admet lui-même être allé vers l’épure, vers l’intime. « Plus ça va, plus on écrème », confesse-t-il.

C’est d’ailleurs chez Zingaro que ces deux-là, Igor et Lily, se sont rencontrés. Lui, un fondu du théâtre de rue formé à l’impro au fil des rencontres comme celle de Paillette, alias Jacques Maistre. Elle, ancienne chanteuse de rock qui a longtemps écumé les scènes avec Andrew More.
Une constante est tout de même restée à travers toutes ces années : l’itinérance, le parfum de la route, celui des lieux qu’on a plaisir à quitter pour mieux les retrouver.

Dans leur « Baraque », qui roule sa bosse depuis 1995 avant de rejoindre entre deux spectacles son port d’attache à Saint-Jacques de la Lande près de Rennes, les Dromesko – une troupe de 11 personnes dont 9 sur scène – renouent avec l’essence-même du théâtre, faite de tréteaux qu’on monte et qu’on démonte, de la beauté de l’éphémère.

« Dromesko d’ailleurs, ça veut dire « sur la route » en tsigane », décodent Igor et Lily à propos de leur nom de scène. « On n’a rien contre les théâtres en dur attention, mais c’est vrai que cette baraque, ça nous permet de montrer des choses qui ne fonctionneraient pas dans un théâtre fixe. Et puis ici, les gens rentrent chez quelqu’un, ils mettent vraiment les pieds dans un lieu de vie. », développent-ils. Entrez donc chez Igor et Lily, on s’y nourrit de belles images et on s’y réchauffe le coeur avec des bouts de vie.

Christophe Lehousse

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La suite de la saison au Nouveau Théâtre de Montreuil, c’est aussi :

- « Corbeaux », créé par Bouchra Ouizguen. La chorégraphe marocaine, qui a pour habitude de travailler avec des femmes non comédiennes, comme cette fois en compagnie de femmes de Montreuil, explore dans ce spectacle dansée certaines croyances ancestrales. Particularité : comme « Le Jour du Grand jour », cette pièce se déroulera sur la place Jean-Jaurès. Le 8 octobre.

- « Votre Faust », mis en scène par Aliénor Dauchez. Imaginé par le regretté Michel Butor en 1968, ce texte, qui revisite le mythe de Faust, prévoit différentes fins selon le vote du public. De l’opéra participatif avant l’heure. Du 17 au 19 novembre.

- « MDLSX », par la Compagnie Motus. Un one-woman show très rock, où Silvia Calderoni parle d’identités sexuelles, de genres et de transgenres, avec une énergie inépuisable. Du 23 novembre au 3 décembre.

- « Suite N°2 », mis en scène par Joris Lacoste. La musicalité des langues, voilà ce qu’a souhaité faire ressortir la compagnie L’Encyclopédie de la parole dans cette pièce. Des phrases prélevées dans le quotidien des gens composent ensemble une symphonie parlée. Du 13 au 15 décembre.

- « Shock Corridor », créé par Mathieu Bauer. Le directeur du Nouveau Théâtre de Montreuil a souhaité adapter « Shock Corridor », le film culte de Samuel Fuller, sur l’enfermement dans un asile psychiatrique. Avec la promotion sortante de l’Ecole du Théâtre National de Strasbourg, ils plongent dans la folie des hommes et les belles heures du cinéma hollywoodien. Du 10 janvier au 4 février.

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