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Le boom des épiceries solidaires dans le département

Du Bourget à Saint-Denis, douze épiceries solidaires sont en cours de création dans le département, toutes soutenues dans le cadre du Plan rebond. Ces boutiques proposant des produits alimentaires à moindre coût à des personnes dans le besoin se veulent aussi des lieux de vie, cultivant un lien social fortement mis à mal par la pandémie de Covid.

Dans les rayonnages d’EpiSol Du Bourget, on trouve différents légumes, du riz, du couscous, du chocolat, de la soupe ou encore des produits d’hygiène, à des prix défiant toute concurrence. Devant les étagères, Claudine et Roger*, 72 et 69 ans, tout récents bénéficiaires de l’épicerie, sourient timidement : « On a de petites retraites, alors ce nouveau magasin, forcément, ça aide… »
Cette épicerie solidaire, réservée à des personnes sur critères sociaux, devrait ouvrir à la mi-février au Bourget grâce à l’énergie de Marino Goncalves et de toute son équipe de bénévoles. « Il y a beaucoup plus de personnes dans le besoin qu’on ne le pense. C’était déjà le cas avant le Covid, mais celui-ci a été la goutte qui a fait déborder le vase. », constate-t-il pudiquement (le nombre de personnes touchant le RSA en Seine-Saint-Denis a par exemple augmenté de 8% entre septembre 2019 et septembre 2020).
Mais plutôt que de se recroqueviller sur lui-même, ce cadre dans la grande distribution a décidé, à seulement 24 ans, d’être dans l’action avec une poignée d’autres bonnes volontés. « On a pensé à l’épicerie solidaire parce que ça nous paraissait le bon moyen de répondre à des enjeux alimentaires mais aussi à tout cet aspect de lien social dont les gens ont vraiment besoin. »

Aller au-delà de l’aide alimentaire

Installée dans l’ancienne loge d’un gardien d’immeuble prêtée par la ville, la structure n’a malheureusement eu aucun mal à trouver ses 150 premiers bénéficiaires. « Parmi eux, on compte des retraités, des personnes démunies, des travailleurs pauvres, des étudiants... Certaines personnes ont perdu leur emploi suite au Covid, d’autres sont peu ou mal payées et leur salaire ne suffit pas à faire vivre leur famille », détaille Mehdi Asloune, habitant du Bourget et co-fondateur d’EpiSol. « L’objectif ici est de leur permettre d’acheter moins cher pour une qualité équivalente et de leur débloquer ainsi un peu de ressources ou d’énergie pour un projet : la recherche d’un emploi, une formation, se désendetter... », complètent les responsables, qui font en sorte de pratiquer des prix 70 à 90 % moins chers que dans le commerce classique… Des tarifs qu’ils peuvent proposer grâce à un partenariat avec la Banque alimentaire ou d’autres centres d’achats.

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Distribution de colis alimentaires réalisée par Dessine-Moi Pleyel

Signe de ces temps de crise mais aussi des réponses de solidarité qui lui sont faites : 12 épiceries comme celles-ci sont actuellement en cours de création en Seine-Saint-Denis, qui viendront s’ajouter aux 14 qui existent déjà sur le territoire. Les nouvelles venues sont toutes financées par le Département dans le cadre de son Plan de rebond, soit directement, soit via ANDES, un réseau d’aide alimentaire visant à développer ce concept sur toute la France.
« Les épiceries solidaires sont de bons compléments aux aides alimentaires fournies par les structures dites classiques comme le Secours populaire ou les Restos Du Coeur, explique ainsi Aymeric Poizat, chargé du développement de ce modèle à ANDES. Là, on n’est pas sur du colis alimentaire : la personne fait ses courses comme dans une boutique conventionnelle et paye comme un client, même si la somme est très modique. Cela aide aussi à faire venir des gens qui ont parfois honte d’être dans le besoin. » En Seine-Saint-Denis, ce réseau national accompagne pour l’instant de ses conseils et de ses financements la création de 4 épiceries solidaires - à Saint-Denis (Marhaba, Les Enfants de Saint-Denis, Icare) et au Bourget (EpiSol donc) - et en est aux premiers contacts avec deux autres : à Saint-Ouen et Rosny-sous-Bois. « Soutenir 6 épiceries solidaires à l’échelle d’un département, c’est vraiment inhabituel. D’ordinaire, on a cet ordre de grandeur pour les régions. Cela dénote donc une forte volonté politique de la part du département de la Seine-Saint-Denis », souligne par ailleurs Aymeric Poizat.

Elle aussi engagée dans la création d’une épicerie solidaire, l’association Dessine-moi Pleyel, à Saint-Denis, rêve elle à un concept légèrement différent : « une épicerie ouverte à tous, pour favoriser la mixité sociale. Les bénéficiaires de la boutique auraient une carte qui leur permettraient de payer seulement 10 % du prix quand les autres clients paieraient le prix standard », décrit Mounir Mehloul, membre de Dessine-moi Pleyel. Ici, la subvention du Département aidera à aménager des chambres froides et à acheter un camion frigorifique, alors que Dessine-moi Pleyel est encore en quête de locaux, pour lesquels elle a sollicité la ville de Saint-Denis.

Pérenniser un élan

Au départ simple association de quartier, cette structure dynamique, fondée par des parents d’élèves d’une même école, est bien représentative de la dynamique à l’œuvre derrière la majorité des épiceries solidaires fondées récemment : un noyau d’habitants qui s’est fédéré au début de l’épidémie de Covid, un élan de solidarité naturel et la volonté de pérenniser la démarche. « Durant le confinement, la mobilisation a vraiment été spontanée et a rappelé à quel point la jeunesse des quartiers populaires n’est pas celle que véhiculent certains clichés. On s’est mis à faire de l’aide alimentaire alors qu’on n’y connaissait pas grand-chose, mais les multiples énergies nous ont portés. Aujourd’hui, on aspire à structurer un peu tout ça pour pouvoir tenir face à une crise qui est partie pour durer… », commente Mounir Mehloul.
Autre point commun à toutes ces nouvelles structures : la volonté de dépasser l’aspect alimentaire, pour favoriser des actions de valorisation, de lien social. A Dessine-moi Pleyel, on songe à des cours de français, de cuisine, des permanences d’accès aux droits et des ateliers de lutte contre la fracture numérique. Un partenariat avec Emmaüs Connect, acteur reconnu sur ce terrain, a d’ailleurs été noué en ce sens. Idem chez EpiSol du Bourget : « Pour certains bénéficiaires, sortir faire leurs courses était leur dernier endroit de sociabilité, mais avec le renchérissement des produits, même ça leur est enlevé. Donc ici, on s’attache à rompre leur isolement social à travers des ateliers, des activités », témoigne Sabrine Ayachi, bénévole qui réfléchit à la création d’un atelier cuisine où les gens pourraient à la fois échanger leurs savoir-faire culinaires mais aussi leurs astuces pour bien manger à moindre coût. En Seine-Saint-Denis, les épiceries solidaires ont de la ressource !

Christophe Lehousse

*Les prénoms ont été changés

N.B
Le réseau national ANDES a lancé en mai 2020 un appel à candidatures pour la création de 100 nouvelles épiceries solidaires en France. Si vous avez un projet de création d’épicerie solidaire et que vous êtes en quête de conseils, vous pouvez postuler auprès de ce réseau : https://andes-france.com/appel-a-candidatures-creation-epiceries-solidaires/
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