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La vie rêvée de Stains

Jusqu’au 25 mars, la Compagnie du Studio Théâtre de Stains présente « Rêver peut-être », une création touchante qui se nourrit de confidences d’habitants sur le thème du rêve collectées durant un an dans la ville. Reportage au cœur d’un lieu culturel original et exigeant, qui mérite le détour.

« Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant… » Le début de ce célèbre poème de Verlaine résonne presque comme le point de départ de « Rêver peut-être », la nouvelle création de Marjorie Nakache. Durant près d’un an, cette auteure et co-fondatrice de la Compagnie du Studio Théâtre de Stains a sillonné la ville et ses alentours à bord de sa petite fourgonnette flanquée d’un ciel bleu azur et équipée d’un studio de tournage. Avec pour question récurrente : à quoi rêvent les gens ?

« Ce projet de pièce fait suite aux attentats de 2015, explique sobrement la metteuse en scène. Après ces attentats, j’ai plusieurs fois entendu autour de moi la phrase : « Il n’y a plus rien à espérer ». Et je me suis dit que c’était terrible. Je me suis demandé ce que le théâtre pouvait faire pour remédier à cette situation. Donc je suis allée à la rencontre des gens pour leur demander à quoi ils rêvaient encore. »

Le résultat est une œuvre touchante, drôle parfois, humaine toujours. Dans les interviews des Stanois glanés ici et là et qui se répondent sur scène par un savant montage, on perçoit de la fragilité, de la fierté ou encore de l’espoir. Ici, un jeune homme, en bon disciple du rappeur « Fifty Cent », dit sa volonté de devenir riche et célèbre coûte que coûte, là un autre admet avec beaucoup de pudeur voir dans ses parents des super-héros. Ici, une habitante énonce son rêve de revoir un jour son pays natal, là un autre dit l’échec que représenterait pour lui la perspective de devoir rentrer un jour sur sa terre d’origine. Unis dans la diversité d’un même rêve : celui de faire société.

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« Mais Madame, pourquoi vous avez choisi d’en faire une pièce de théâtre quand vous auriez pu en faire un film ? », souhaite savoir à juste titre un élève dans la discussion qui s’ensuit avec les scolaires venus voir la pièce, ce jeudi après-midi. « Parce que je trouvais qu’une forme hybride, entre vidéo et spectacle vivant, lui donnerait plus de force. Je voulais confronter l’esthétique qui se dégage de cette thématique du rêve avec la réalité. Après, je n’exclus pas d’en faire aussi un documentaire », lui répond Marjorie Nakache. Et il faut dire que grâce aux interludes chantés ou dansés de Sandy Louis ou aux jonglages mêlés de magie d’Antoine Jacot, les deux comédiens de la pièce, le défi est totalement relevé.

Au sortir de la pièce, encore perdus entre rêve et réalité, les ados interrogés sont en tout cas séduits. « Ça m’a plu. Bon, ça manque encore d’action, mais l’effet avec les lasers dans l’obscurité, genre Star Wars, ça rend super bien », souligne Mamadou, en 4e au collège Joliot-Curie. « Ça m’a touchée. Je retiens le passage où une jeune femme prend conscience que ses parents se sacrifient pour qu’elle ne manque de rien », dit, plus grave, Lidija, du lycée Maurice Utrillo.
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Démocratiser le théâtre, c’est une des missions premières de ce lieu, lancé en 1984 par une équipe de militants culturels (voir encadré). « Notre premier souci, c’est de croiser la création et la formation du public, explique ainsi Xavier Marcheschi, fondateur de la compagnie et conseiller dramaturgique du spectacle « Rêver peut-être ». Ça peut vouloir dire faire émerger des vocations, comme Kheiron ou Shirley, qui ont ensuite eu leur trajectoire propre. Mais ça veut surtout dire faire du théâtre pour tous, donner le goût des mots, développer le sens critique. » Kamel Ouarti, directeur administratif et financier du lieu qui a rejoint la troupe un peu plus tard, complète : « Faire du théâtre ici fait qu’on a une double responsabilité : d’abord, on se dit toujours que le geste artistique doit être bien utilisé dans une commune comme Stains qui n’a pas beaucoup de ressources. Et puis si vous mettez la parole des gens d’ici en avant comme nous le faisons souvent, vous ne pouvez pas tricher, vous ne pouvez pas trahir. »

Marjorie Nakache, elle, résume la philosophie de la compagnie par une métaphore : « Ce qu’on veut faire ici, sans prétention aucune, c’est allumer des petites lumières. Une bibliothèque, un bon prof de français, ça peut changer une vie, il ne faut pas l’oublier. Eh bien un théâtre, c’est pareil. »
Pendant que dans l’espace du théâtre, la bulle des rêves continue de phosphorer, au dehors la vie a repris son cours. Mais dans les têtes des lycéens de Maurice Utrillo ou des collégiens de Barbara, les « petites lumières » de Marjorie Nakache font leur chemin. Peut-être certains sont-ils en train de se dire qu’il n’y a finalement pas de honte à rêver.

Christophe Lehousse

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Le STS, un lieu chargé d’histoire(s)

Théâtre bruissant de mille histoires depuis 1984, date à laquelle Marjorie Nakache et Xavier Marcheschi l’ont ouvert, le Studio Théâtre de Stains a pourtant une vocation culturelle bien plus ancienne. Avant sa reconversion en salle de théâtre, il fut en effet d’abord un cirque, dirigé par la famille Zanfretta puis une salle de cinéma, « Le Central », qui fit le bonheur des Stanois jusqu’à sa fermeture en 1969. Un passé qui peut se lire dans l’architecture du lieu, comme par exemple dans la rotonde de l’entrée. « Alors qu’on était à la recherche d’une salle pour répéter, on est tombé sur cet ancien cinéma laissé à l’abandon, se souvient Marjorie Nakache. On l’a abord loué à son propriétaire, ravi de le voir reconverti en théâtre quand on parlait un temps d’en faire un supermarché. Et puis, à la mort de M. Zanfretta, la mairie de Stains l’a racheté pour nous le mettre ensuite à disposition. » Depuis 2008, le bâtiment s’est encore enrichi d’une extension baptisée « La Fabrique » qui permet une pratique pluridisciplinaire : ateliers de cirque les mercredi et samedi matin, mais aussi de masques, de stand-up, de chant et de vidéo, pour la plupart d’entre eux gratuits. Le théâtre des rêves continue.

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