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La Seine-Saint-Denis a mal à son hôpital

Depuis plusieurs mois, de nombreux hôpitaux publics et services de santé de Seine-Saint-Denis se mobilisent pour alerter sur la dégradation des conditions de travail de leur personnel et donc aussi sur celle des soins. Les dernières annonces du gouvernement ne semblent pas non plus avoir convaincu la grande majorité des praticien·ne·s du département. Petit check-up.

Grève aux urgences de Delafontaine cet été, mouvement des blouses blanches très suivi à l’occasion de la journée pour la défense de l’hôpital le 14 novembre dernier… La Seine-Saint-Denis est remontée contre la situation de la plupart de ses hôpitaux publics et le fait savoir.
Médecins urgentistes, médecins, infirmier·e·s ou aide-soignant·e·s, où qu’on se tourne, tous tirent en ce moment le signal d’alarme.

« Il faut bien comprendre que l’hôpital public est en train de s’effondrer. Jusqu’ici, le système a tenu du fait de l’investissement des professionnels. Mais là ça s’effondre, et c’est brutal. Pourquoi ? Parce que le gouvernement n’est même pas prêt à consentir une augmentation de 5 % du budget national à l’hôpital, soit 4 milliards d’euros. Contrairement à ce qu’il affirme, l’hôpital n’est pas une priorité dans le cadre de la répartition des moyens », tonne par exemple Christophe Prudhomme, urgentiste au Samu 93 d’Avicenne de Bobigny et représentant national CGT santé.

« Il faut que les gens se rendent compte que l’hôpital public est en danger. Actuellement, le personnel médical et paramédical est épuisé, on peine à recruter dans beaucoup de secteurs parce que les niveaux de salaire ne sont pas attractifs », abonde Patrice Vétéran, responsable CGT à l’hôpital Robert-Ballanger d’Aulnay-sous-Bois. « Il y a par voie de conséquence des impacts très lourds pour les patients : certaines interventions sont reportées ; cet été, les médecins de Ballanger ont adressé un courrier urgent à l’ARS (l’Agence Régionale de Santé) parce qu’il y avait des risques de rupture de médicaments… », continue ce représentant syndical.

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"Mépris" du gouvernement

Et ce ne sont pas les annonces du Premier ministre en faveur de la Seine-Saint-Denis (début novembre) ou le tout frais « plan d’urgence » du gouvernement pour l’hôpital qui sont de nature à calmer l’inquiétude des professionnels.
Edouard Philippe et Agnès Buzyn, la ministre de la Santé, ont ainsi beau promettre 300 millions d’euros supplémentaires pour le budget de fonctionnement de l’hôpital dès 2020, une reprise d’un tiers de la dette, soit 10 milliards d’euros, ou une prime de 66 euros par mois pour les infirmier·e·s de Paris et de la petite couronne touchant moins de 1900 euros par mois ; ces annonces n’ont pas trouvé un bon écho en Seine-Saint-Denis.

« Largement insuffisant et méprisant par rapport aux paramédicaux (infirmiers et aide-soignants) », estime ainsi Joëlle Laugier, médecin à l’hôpital Delafontaine de Saint-Denis et membre du Collectif Inter-Hôpitaux de Saint-Denis. « L’urgence, c’est de soulager notre personnel soignant qui actuellement est épuisé, du fait de sous-effectifs et de salaires non-attractifs. Et on leur répond par une prime de 66 euros/mois quand les revendications étaient une hausse salariale de 300 euros nets/mois ! Si on ajoute à ça la sourde oreille du gouvernement sur les créations de postes et l’ouverture de lits dans les services qui en ont besoin, le compte n’y est pas... » Et la praticienne de rappeler la situation préoccupante des hôpitaux séquanodionysiens, parmi lesquels Delafontaine : « On y cumule les difficultés avec une population vulnérable - 25 % des personnes qui se présentent aux urgences sont ainsi sans ouverture de droits - et une localisation dans un désert médical plus marqué qu’ailleurs. Pour faire notre métier, il nous faut des moyens ! »
Brigitte Morane, infirmière à l’hôpital André-Grégoire de Montreuil, est à l’unisson : « Ces annonces sont honteuses. Elles ne répondent pas du tout aux besoins rencontrés, qui sont des revalorisations de salaires urgentes et la formation de praticiens. Un seul exemple : à Montreuil, on ne peut pas ouvrir le bloc tous les jours parce qu’on manque de personnel. On peine à recruter des infirmières spécialisées, anesthésistes, infirmières de bloc, préparateurs en pharmacie hospitalière parce que ces métiers sont réputés durs et sous-payés. On fait appel à de l’intérim. »

Même écho chez les aide-soignant·e·s : « On est en souffrance. Il faut comprendre qu’on est en rupture de tout, de personnels, de matériel, canules et autres. Un fait tout bête : on n’a pas assez de lève-malades, donc certains services sont obligés de se les partager. », pointe Sabine Chabi. Cette aide-soignante et déléguée syndicale, en poste depuis 12 ans à l’hôpital intercommunal Le Raincy-Montfermeil, tient aussi à soulever un autre problème : le gel de la notation (qui joue sur l’avancement) pour les femmes en congé maternité. « Le défenseur des droits avait publié une décision à ce sujet en 2017, mais cette année encore, il y a eu ce type de pratique à Montfermeil... », souligne-t-elle.

Cumul des difficultés

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A l’hôpital Avicenne de Bobigny aussi, les besoins sont criants et les dysfonctionnements nombreux, engendrés par les manques de personnel et une gestion de l’administration dénoncée comme rigoriste. « Notre groupe hospitalier de l’AP-HP qui regroupe Avicenne, Jean-Verdier et René-Muret a perdu plusieurs centaines de lits en 20 ans ! C’est scandaleux dans un département où on a déjà une médecine à deux vitesses : ceux qui peuvent se le payer vont dans l’hôpital privé. On est toujours pointé du doigt comme les vilains petits canards en raison de notre déficit. Mais ce qu’il faut comprendre, c’est que les besoins en Seine-Saint-Denis ne sont pas les mêmes qu’à l’hôpital européen Pompidou de Paris ! Il y a ici un engorgement des urgences, à quoi s’ajoute une population non recensée - 150 000 environ- qu’on ne va évidemment pas refuser... », fustige Christophe Prudhomme. Sur sa lancée, le porte-parole des médecins urgentistes poursuit : « Un exemple des absurdités auxquelles on est parvenu : au Samu d’Avicenne, on perd du temps pour partir en intervention parce que les portes électriques du garage qui donne sur la rue ne fonctionnent plus. Comme elle est toujours payée en retard, la société de maintenance ne fait aucun effort pour réparer dans un délai raisonnable... »

En Seine-Saint-Denis aussi, l’appel à mobilisation du 30 novembre et les mouvements de grève du 5 décembre contre la réforme des retraites (qui menace de faire disparaître la clause de pénibilité auxquelles certaines professions de l’hôpital ont droit) et du 17 décembre pour la défense de l’hôpital public seront donc très suivis.

Christophe Lehousse
Photos : ©Daniel Ruhl et APHP

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