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Fanta Sangaré, une vie dédiée à l’émancipation des femmes

Directrice de l’association Femmes Relais à Bobigny, Fanta Sangaré agit pour une meilleure intégration des populations immigrées en organisant divers ateliers : cours de français, accompagnement administratif ou vers l’emploi, soutien à la parentalité... Féministe convaincue, elle lutte contre les violences faites aux femmes qu’elle a un temps connues pendant sa jeunesse au Mali.

« La crise sanitaire est une bombe à retardement pour les familles précaires de la Seine-Saint-Denis » s’alarme Fanta Sangaré qui gère au mieux l’explosion de demandes de colis alimentaires de ses 4200 adhérent·e·s. « La précarité prive les hommes de leurs repères et fait exploser les violences conjugales. Il y a quelques jours, nous avons empêché de justesse un mari polygame au chômage de fracasser sa femme laissée sans-le-sou et qui vient juste d’accoucher... ». Soutiens dévoués des familles en grande difficulté, les vingt médiateur·rice·s de l’association Femmes Relais organisent régulièrement des ateliers de type coiffure ou soin du visage pour lutter contre l’isolement des Séquano-Dionysiennes primo-arrivantes et mieux comprendre leurs préoccupations.

Lutter contre les pesanteurs du patriarcat

La question est taboue pour de nombreux·euse·s observateur·rice·s : les femmes étrangères subissent-elles plus de violences que les autres ? Oui, répond sans fard la dynamique quinquagénaire qui ne veut pas taire les injustices vécues par certaines immigrées originaires d’Afrique ou du Maghreb. « Les cultures du sud sont très solidaires mais exercent un contrôle implacable sur le corps des femmes censé représenter l’honneur de la famille » témoigne-t-elle. En s’intégrant par l’école ou le travail, celles-ci adoptent les valeurs européennes d’indépendance et s’éloignent des modèles traditionnels.
Malgré sa bonne humeur communicative, Fanta, ardente militante de l’égalité hommes-femmes, a payé un lourd tribut aux pratiques patriarcales archaïques. Excisée à 6 ans, « comme 90% des filles maliennes à l’époque », l’écolière garde des douleurs à vie dues à une mauvaise cicatrisation. Bonne élève, l’adolescente vit, malgré le traumatisme, une jeunesse plutôt heureuse dans la ville de Kayes, au nord-ouest de Bamako. Très attachée à la transmission, elle s’oriente vers l’École Normale Supérieure de la capitale dans le but de devenir institutrice.
À 19 ans, la jeune fille est remarquée par un sous-préfet de dix ans son aîné qui propose un mariage arrangé à sa famille. « Comme le veut la tradition, sa mère est allée voir ma grand-mère puis mes parents pour préparer l’union. J’étais d’accord sur le principe mais c’est vrai que j’ai pu assez peu le fréquenter avant de signer le registre » reconnaît-elle. L’étudiante cède à la pression mais exige un mariage monogame, qui sera bientôt piétiné par son époux.

Un long combat pour l’émancipation des femmes

Fanta enseigne quelques années et profite d’une vie confortable « avec de l’argent et un chauffeur auprès d’un oncle haut placé ». Elle met au monde trois filles mais découvre le vrai visage de son conjoint, qui souhaite épouser une seconde femme pour avoir un garçon. Celui-ci se remarie à plusieurs reprises et devient violent avec l’institutrice qui ne supporte pas la cohabitation avec ses co-épouses. « C’en était trop, mon éducation m’avait permis de lire Simone de Beauvoir, Olympes de Gouges et sa fameuse Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne de 1791. J’ai décidé de tout laisser tomber et de tracer ma propre vie ».
Fanta part alors en France avec ses deux plus jeunes enfants et essaie en vain d’obtenir le soutien de son père installé à Paris. La jeune femme connaît trois années d’errance, hébergée ça et là par des amis de la famille quelque peu embarrassés par son coup d’éclat. Déterminée à ne laisser personne dicter sa conduite, l’énergique Fanta fait des petits boulots puis devient médiatrice dans un centre social d’Épinay-sur-Seine. En 1997, elle devient bénévole de l’association balbynienne Femmes Relais et tisse des liens d’amitié avec son ancienne présidente Khady Koïta, qui la soutient avec énergie (ndlr : voir la photo d’archive plus bas).
L’adhérente obtient le divorce par valise diplomatique au tribunal de Bobigny puis devient directrice de l’ONG en 2000, après avoir passé le diplôme d’assistante sociale. Depuis 21 ans, la dynamique dirigeante, qui a participé à plusieurs forums mondiaux sur les droits des femmes, intervient régulièrement dans les collèges de Seine-Saint-Denis pour alerter les adolescentes sur les dangers de l’excision et des mariages forcés.

Fanta se réjouit d’avoir « empêché des filles d’être coupées » en faisant de la médiation auprès des familles. Elle a aussi aidé récemment une adolescente mariée précocement mais constate avec joie que les cas de mutilations génitales féminines deviennent rarissimes en France et régressent fortement en Afrique. « 85% des femmes maliennes sont excisées mais cette pratique a complètement chuté chez les jeunes mères. J’espère qu’avec son interdiction dans la majorité des pays africains et au Mali en 2016, elle ne soit bientôt plus qu’un mauvais souvenir de notre génération.

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Crédit-photo : Nicolas Moulard et Femmes Relais

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