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Danse avec les roues

Le 6 février, un groupe d’adolescents du collège Balzac à Neuilly-sur-Marne, de l’institut d’éducation motrice de Noisy-le-Grand et des danseurs professionnels ont présenté leurs chorégraphies à l’occasion de la semaine de l’olympisme et du paralympisme. Une répétition générale qui met la barre très haut pour le spectacle.

Ouf ! On a finalement trouvé une solution de repli, ce 6 février, pour accueillir ce spectacle de danse inclusive. Le centre de loisirs du Petit Bois, à Neuilly-sur-Marne, trouvé in-extremis, fera l’affaire pour ce qui s’est transformé en grosse répétition générale. Car rien n’est jamais simple, lorsqu’il s’agit de faire danser des personnes en situation de handicap. Le théâtre qui devait accueillir le spectacle s’est dédit, car il ne pouvait pas recevoir de personne à mobilité réduite sur scène. Manque de chance, la salle de mariage qui faisait office de plan B a aussi capoté pour cause de crue potentielle de la Marne. Alors ce matin-là, après moult ascenseurs émotionnels, le soulagement le disputait au trac dans les vastes salles du centre de loisirs nocéen.

Planant

Un micro, deux projos, une sono ont suffi à faire opérer la magie. Sur le son planant d’un oud, cinq couples disposés en cercle sur la scène ont commencé à s’animer. D’un côté, un adulte accompagnant- psychomotricienne, aide-soignante, éducateur- et de l’autre, des jeunes trônant dans de grands fauteuils électriques. Les mains se touchent, les bras ondulent, on se toise du regard, les fauteuils glissent pour composer des formes harmonieuses. Au rythme d’un derbouka, une dizaine de collégiens supplémentaires entrent en scène, pantalon noir, t-shirt blanc, masque de couleur, s’intégrant dans le ballet des premiers. Enfin, deux danseurs professionnels s’élancent sur la piste, réalisant d’impressionnantes figures, se laissant pousser par le fauteuil électrique, grimpant debout sur les accoudoirs... Envoûtant. Le clou d’un spectacle où l’on assistera également à des numéros de danse d’autres compagnies réunissant danseurs en situation de handicap et danseurs valides, venues de Garches ou de Magny-le-Hongre.

Cet étrange ballet d’adolescents, on le doit à un travail de longue haleine entre la compagnie de danse « Tatoo », qui réunit danseurs valides et non-valides, l’Institut d’Education Motrice (IEM) Les Chemins de traverse, à Noisy-le-Grand, qui assure une éducation adaptée et un accompagnement médico-social aux enfants atteints de déficiences motrices et/ou intellectuelles, et Cyril Dorléans, un professeur d’EPS du collège Honoré de Balzac de Neuilly-sur-Marne, auteur d’un doctorat sur le handicap et le sport.

Jouer sur le fauteuil

« La compagnie Tatoo a été fondée en 1997, avec seulement, à la base, des personnes valides. En 1999, nous avons intégré les premiers danseurs en situation de handicap, et depuis, on n’a pas lâché. C’est beaucoup plus riche, ça permet de travailler le mouvement différemment. Le fauteuil est un élément sur lequel on joue : parfois, les valides l’utilisent, et parfois, les personnes handicapées travaillent au sol », détaille Florence Meregalli, fondatrice de la compagnie, et pionnière en matière de danse inclusive. « La France est très en retard : les scènes sont peu accessibles, on refuse de nous mettre des rampes... Avant, on pouvait entendre « Ah non, pas d’handicapés sur scène ». Mais on profite en ce moment du « politiquement correct » », se réjouit la danseuse.
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Cela fait une dizaine d’années que la compagnie travaille avec les établissements scolaires du coin- Noisy-le-Grand, puis Neuilly-sur-Marne. Cyril Dorléans, professeur « ressource » en matière d’inclusivité, mène depuis trois ans cet atelier de danse contemporaine mixte, valide et non-valides à Balzac. « Cela leur apprend à vivre avec la différence. On a vu beaucoup de progrès, en terme d’acceptation du toucher, d’empathie avec l’autre. C’est l’ensemble du collège qui bénéficie des retombées de cette activité, car nos élèves sont ensemble en EPS, à la cantine... Il y a trois ans, lorsqu’ils sont arrivés, tout le monde les regardait. Maintenant, ils participent au boxon habituel. Je dois intervenir pour stopper les courses de fauteuils électrique », raconte le professeur.

Feel good moovie

Et les jeunes sont ravis. « C’est un très bon projet, pour les handicapés aussi bien que pour les personnes en bonne santé. Ça nous valorise tous. La dernière fois, il y a une fille, Manel, qui s’est mise à pleurer d’émotion pendant la chorégraphie. Moi aussi, ça m’a ému », témoigne Abdallah, élève en 3e1. Un peu plus loin, on croise la fameuse Manel : « L’année dernière, je n’avais pas pu faire de danse car j’étais allée au collège. Mais cette année, j’ai repris l’IEM, et l’atelier. J’adore danser, je danse parfois chez moi, tranquille. Ça permet de libérer la joie ou la colère, d’exprimer des choses. Et puis à l’atelier j’apprends des nouvelles choses tout le temps, je vis en collectivité », disserte la jeune fille.

M. Dorléans, rincé par la préparation de cette folle matinée, voit plus grand pour la suite. Il espère d’ici mars trouver une vraie salle de théâtre où réunir ses petits danseurs, pour qu’ils aient l’expérience d’un spectacle en conditions réelles. Toute l’aventure sera l’objet d’un « feel good moovie » que le professeur espère bien présenter au Festival international du film sportif … Bientôt le César !

Photos : Daniel Ruhl

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