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Dans la roue des P’tits Gars d’Auber

Dimanche 26 juin, l’équipe cycliste professionnelle HP-BTP Auber 93 défendait son titre de champion de France, à Vesoul. Nous avons suivi la course de l’intérieur, à bord de la voiture de son directeur sportif Stéphane Javalet. Sensations garanties.

Phase 1- Le compte à rebours. Un championnat de France, ça commence avant même le championnat de France. Quand nous arrivons samedi à Gy, petit village niché dans la campagne riante autour de Vesoul où HP-BTP Auber 93 a élu domicile, l’équipe est installée et les mécaniciens déjà à pied d’oeuvre. Pendant que les coureurs se font masser, Jérôme et Valentin, les deux mécanos de l’équipe, finissent de préparer dans la cour le matériel nécessaire pour l’épreuve. Un vélo de course et un vélo de rechange par coureur, soit 18 vélos au total.

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Contrairement aux grosses écuries du genre FDJ ou AG2R qui alignent une vingtaine de coureurs, les P’tits Gars d’Auber sont en effet au nombre de 9. Sur un effectif de 10 coureurs pro cette année, seul Maxime Renault manque à l’appel, victime d’une grosse chute aux Quatre Jours de Dunkerque. « Pour cette course, on ne nous a pas fait de demandes particulières. Juste des roues carbone aux jantes pas trop larges parce que demain, ça va grimper », explique « Tintin », mécano chez Auber depuis 2003. Le parcours est en effet gratiné : deux côtes coup sur coup juste après le départ, sur un circuit de 13 bornes à parcourir 19 fois… Dimanche, il ne faudra pas avoir de cancoillotte dans les mollets...

Sous un soleil présageant une belle course, Tintin et Jéjé mettent un dernier coup de kärcher aux roues. Guillaume, un autre assistant, prépare quant à lui les bidons d’eau pour le grand jour. Pendant ce temps, dans l’hôtel, ça s’anime. Stéphane Javalet, manager général d’HP-BTP Auber 93 depuis 23 ans, est content : il est rentré de la course amateurs avec des informations exploitables, qu’il compte bien exposer à ses 9 poulains lors du briefing d’avant-course.

Pour ce traditionnel moment de calage, « Jaja » veut faire passer deux consignes : 1- redonner un dernier coup de motivation à ses troupes, 2- discuter stratégie de course.

Pour ce qui est de la stratégie, elle se décide en équipe, comme beaucoup de choses chez Auber. Pour tenter de défendre le titre conquis au terme d’un exploit en 2015 par Steven Tronet, Stéphane Javalet a pensé à Guillaume Levarlet, grimpeur-puncheur formé à Auber et passé entre temps par de grosses équipes comme la FDJ ou Cofidis. Pour l’épauler, trois lieutenants ont été désignés : Flavien Dassonville, Théo Vimpère, et Julien Guay. Histoire de ne pas monter trop vite en pression, Romain Feillu, autre coureur d’expérience de cette équipe, se fait un poil chambreur. « Il a l’air serein, là, le Levarlet, mais demain ? ». Avant de redevenir sérieux : « Guillaume, il a le potentiel pour passer ce genre de bosses courtes avec les tout meilleurs. » Et comme une course cycliste possède toujours plusieurs temps forts, le reste des coureurs est chargé de se glisser dans une échappée matinale qui, à défaut d’aller au bout, pourrait au moins servir à montrer le maillot.

Puis tout ce petit monde passe au repas du soir, dans la pizzeria attenante. Au menu crudités et quiche en entrée. Des féculents comme des pâtes et du riz, et de la viande blanche pour ceux qui le souhaitent en plat principal. Pierre Gouault, lui, est allé s’acheter son propre pain dans une boulangerie du petit bourg. Le jeune grimpeur originaire de la Manche suit en effet un régime sans gluten, comme beaucoup d’autres sportifs de haut niveau. Durant le repas, ça parle un peu vélo, beaucoup d’autre chose. De l’Euro de foot, de croûtes aux morilles, un mets bien franc-comtois, de tout et de rien... Mais les silences entre les phrases se font plus longs. Intérieurement, chacun est déjà dans sa course. Ambiance de veillée d’armes.

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Phase 2- La course. Après un petit déjeuner pris à 6 heures du matin, il est temps de rejoindre le lieu de l’épreuve. Sur la route qui mène à Vesoul et à son circuit tracé par Thibault Pinot, coureur-vedette de la FDJ et local de l’étape, Stéphane Javalet nous confie, la clope au bec : « C’est incroyable, 23 ans que je fais ce métier, et j’ai toujours la boule au ventre le matin d’une course comme les championnats de France ». Alors, pour se déstresser, on rit, on fait les cent pas sur le parking course ou on inspecte une dernière fois les vélos.

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Et puis, neuf heures pile, la Cibi de « Radio Course » grésille, c’est parti pour ces 23e championnats de France de l’ère Auber.

Dans la voiture de course d’Auber, les deux Stéphane – à Javalet s’ajoute Stephan Gaudry, directeur sportif adjoint – sont aux aguets dès les premiers tours. D’après eux, un coup va partir dès l’entame de course. Et ça ne manque pas : dès le 2e tour, un groupe conséquent de 34 coureurs se fait la malle au sommet de la première bosse, la côte des quatre Sapins. Assis derrière eux, « Tintin », mécano mais aussi commentateur avisé, détaille le groupe à partir des indications données par Radio course. Mauvaise nouvelle : pas de bleu et noir dans ce premier groupe d’échappés. « C’est dommage qu’on n’ait personne dedans car les gros sont tous représentés. Après c’est pas tragique non plus, il reste des phases de course », tentent de se rassurer les deux Stéphane, qui font tout de même grise mine.

Là-dessus, deuxième petit électrochoc : Anthony Maldonado, sprinteur-puncheur de l’équipe, vient d’appeler la voiture pour un ennui mécanique. En une grosse accélération, la voiture d’HP-BTP Auber 93 se porte à hauteur de son coureur, arrêté sur le bas côté. « Tintin » se saisit d’une roue de secours et en un rien de temps, « Maldo » reprend la route. Un dernier coup de vis placé en roulant- avec une figure acrobatique de Tintin penché par la fenêtre – et on n’en parle plus. Au moment de se rasseoir dans une position normale dans l’habitacle de la voiture, Valentin voit notre étonnement : « Pour être mécano, il faut aussi son CAP d’équilibriste ».

Après ce début de course un peu heurté, une bonne nouvelle arrive jusqu’à la voiture du Doc’ Javalet et de Gaudry McFly : Pierre Gouault vient de sortir du peloton et s’est mis en chasse des 34 de devant. Le jeune Normand compte pour l’instant 1 minute 10 secondes sur le peloton. « Avec l’évolution des écarts, on va vite voir s’il arrive à rentrer ou pas », commente « Jaja ». Et de fait, à l’entame du 4e tour, Pierre Gouault est pointé à 1 minute 35 s.

Dans la voiture de course, on tient un rapide conciliabule. Puis Stephan Gaudry se saisit de son téléphone portable et appelle Alycia, une des assistantes de l’équipe, postée en haut de la deuxième côte du parcours pour pourvoir au ravitaillement de l’équipe. « Quand il passera, dis à Pierre d’insister », donne-t-il comme consigne. Sur une course comme les championnats de France, les oreillettes sont interdites, alors va pour le système D.

Mais finalement, c’est peine perdue : n’arrivant pas à réduire l’écart, Pierre Gouault se relève et se laisse redescendre dans le peloton au quatrième tour. La journée promet d’être longue, il faut en garder sous la pédale. Pour les suiveurs aussi, le cyclisme est un sport d’endurance : tout juste le temps de faire un stop au barbecue assuré par Jéjé et Guillaume à la zone ravito, et c’est reparti.

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Petit à petit, la course se décante, les bosses à répétition font leur travail de sape. Et alors que le groupe pléthorique de devant se résume désormais à 5 coureurs, les premiers dégâts commencent aussi à se faire sentir chez Auber : César Bihel et Théo Vimpère lâchent prise.
A 100 kilomètres du but, c’est au tour de Romain Feillu de « mettre le clignotant ». Avant de terminer tranquillement son effort, le capitaine de route fait un dernier point avec sa voiture de course. « Ca a vissé dur dans la bosse, là. Mais Guillaume (Levarlet) et Flav’ (Dassonville) sont au contact. Ils ont l’air bien. Maintenant, faut tenir, vaille que vaille. » Non, Feillu n’est pas en train de délirer sous l’effet d’une asphyxie, au contraire. C’est juste que « visser » dans le langage fleuri des cyclistes, veut dire attaquer. Une attaque dont les effets se font sentir immédiatement. A 6 tours de l’arrivée, de petites grappes de coureurs sont disséminées dans toute la côte et le peloton s’effrite lentement, comme un gamin trop gourmand qui laisserait des miettes sur la table de la cuisine. « Maldo » et Gouault lâchés à leur tour, il n’en reste plus que 4 devant : Levarlet, Dassonville, Guay et Menut.

Sur ces entrefaites, le portable de Tintin vibre à l’arrière de la voiture. « C’est Alycia. Elle me dit que Flav’ vient de sauter dans une échappée en haut de la 2e bosse », informe-t-il immédiatement les directeurs sportifs. « C’est bien ça, faut être opportuniste », se réjouit Stephan Gaudry.

Manque de pot, c’est la vague d’après qui prospèrera : à 5 tours de l’arrivée, 4 coureurs prennent la poudre d’escampette. Puis, à deux tours de la fin, une nouvelle salve part avec 7 autres coureurs à bord. « Si Guillaume veut tenter sa chance, c’est maintenant », estiment les boss d’Auber 93 qui ont perdu deux autres cartouches avec Menut et Guay. Mais devant, ça roule déjà trop vite, trop fort. Les « gros » ont mis la machine en route, avec notamment Vichot, Vuillermoz et Tony Gallopin, un ancien d’Auber 93, qui prennent la bonne échappée à 11 km du but. Au final, c’est Arthur Vichot, autre local de l’étape, qui l’emportera, arrachant un deuxième maillot tricolore après celui gagné en 2013.

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Côté Auber, Guillaume Levarlet accroche finalement la 15e place et le jeune Dassonville, 25 ans, signe une belle 23e place, pointant tous les deux dans un groupe à 1min 23s du vainqueur. Pendant que Stephan Gaudry guide la voiture jusqu’au parking course, on tire déjà les premiers enseignements. « C’était pas mal, mais on n’a pas été assez opportunistes aujourd’hui » est le bilan du jour. Guillaume Levarlet, un poil déçu, ne dit pas autre chose : « J’ai décidé de rester avec les gros jusqu’au final. J’ai joué et j’ai perdu, c’est la course  ». A l’inverse, Flavien Dassonville, lui, a plutôt le visage des bons jours : « Les sensations étaient bonnes, même si j’ai eu un coup de moins bien au passage des 180 km, avant que ça revienne. Mais finir dans un groupe aux côtés des Barguil et Pierre Rolland, c’est plutôt encourageant. »

L’ambiance est bien sûr un peu plus feutrée que l’année dernière où les Rapetou bleu et noir, avec Steven Tronet, avaient fait sauter la banque. Mais César Bihel, capitaine de route qui a rejoint la formation il y a 2 ans, juge tout de même que l’équipe a donné le maximum dans une « course de costauds ». « Il nous manque encore une belle victoire cette année, mais tout ça n’entamera pas la force qui règne dans cette formation. Auber, c’est la convivialité, l’esprit d’équipe et la passion, trois en un. » C’est sûr : entre ambiance chaleureuse et esprit d’initiative, HP-BTP Auber 93 aura au moins réussi à défendre son titre de champion de France d’un sport au visage humain.

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