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Babcock : dans la tourmente de la première guerre mondiale

Alors que les commémorations autour du centenaire de la Première Guerre mondiale se poursuivent, rappelons un épisode meurtrier qui a frappé la ville de La Courneuve en 1918.

Au moment où l’Europe s’embrase en 1914 dans son premier conflit mondial, l’usine de La Courneuve est en pleine expansion. Elle a doublé sa superficie, s’étendant dès lors sur 7 hectares, et elle emploie 540 personnes soit quatre fois plus qu’à ses débuts. Pendant la Première Guerre mondiale, l’État y localise des entreprises d’armement afin de bénéficier de la présence d’usines travaillant déjà dans la métallurgie. L’effort de guerre imposé à toutes les entreprises concerne bien évidemment Babcock. Les ouvriers vont se mettre alors à fabriquer des munitions, fournir des équipements aux arsenaux et poudreries.

L’usine organisera sur son emprise un lieu dédié à l’accueil des blessés de guerre et des militaires convalescents. Celui-ci installé d’abord dans l’atelier de montage de sections, sera par la suite transféré dans des locaux spécifiques. Tous les jours, 1 800 à 2 000 rescapés de l’enfer, éclopés, gueules cassées ou blessés, s’y rendent pour recevoir des soins dans l’une des infirmeries, se reposer dans un dortoir, s’alimenter à la cantine, se laver aux bains-douches ou pour les plus disponibles, emprunter quelques livres à la bibliothèque. Le 28 janvier 1915, un infirmier en poste à la mairie écrit à l’un de ses amis : « Je suis à La Courneuve à la réserve du personnel sanitaire à 200 mètres à peine des établissements Babcock et Wilcox transformés en fabrique militaire de ce que tu peux supposer et en infirmerie et dépôt d’éclopés et convalescents. Ils ont là une belle usine. »

En 1918, la guerre fait toujours rage

En ce mois de mars 1918, l’effort de guerre se poursuit et les blessés continuent à affluer. Depuis un an, le 6 avril 1917, le Congrès américain a voté l’entrée en guerre. Quelques jours plus tard, le 16 avril, la bataille du Chemin des Dames va être déclenchée où des dizaines de milliers de soldats perdront la vie. C’est le temps des mutineries en masse et des fusillés pour l’exemple. En novembre 17, la révolution d’Octobre en Russie éclate et donnera lieu en mars 1918 au traité de paix de Brest-Litovsk. C’est dans ce contexte que se produit en mars 1918, le 15 mars, une catastrophe sans précédent à La Courneuve. Un hangar à munitions explose. Probablement situé au carrefour des rues de la Prévôté, Barthélémy-Mazaud, Maurice Berteaux et Georges-Politzer, il contenait entre 15 et plus de 20 millions de grenades à main, alors qu’il était prévu pour n’en contenir que 200 000.

L’explosion est terrible. Elle fait officiellement des dizaines de morts et des milliers de blessés. Les dégâts matériels sont considérables. L’onde de choc provoque l’effondrement de nombreuses maisons, bâtiments et entreprises. L’usine de la Société des Fonderies et Ateliers de La Courneuve (Babcock) est bien sûr touchée par l’explosion. Les ateliers des forges sont endommagés, les toitures percées, les vitres soufflées et les outils de production mis hors d’usage.

Une explosion assourdissante

L’accident serait dû à la manipulation malencontreuse d’une caisse de munitions par trois soldats. Entendue dans un rayon d’au moins 15 kilomètres, l’explosion a touché plusieurs communes du nord de Paris : les vitraux de l’église du Vieux Saint-Ouen et de la basilique de Saint-Denis dont endommagés. On aperçoit des fumées à plusieurs kilomètres. Les Courneuviens devant ce spectacle de désolation pensent avoir été bombardés par la Grosse Bertha, ce canon à grosse portée qui bombarda Paris durant le conflit. Mais non ! Ce n’était pas elle. Elle n’entrera en action pour bombarder les populations parisiennes que 5 jours après la terrible explosion de La Courneuve, le 23 mars 1918

La censure militaire obligea à taire l’événement afin que les Allemands n’aient pas connaissance de celui-ci.

Le lourd tribut payé par La Courneuve lors de la Grande guerre lui a valu d’être citée à l’ordre de l’Armée (JO du 12 décembre 1922). La Ville s’est également vu décerner la Croix de guerre en 1923 par le Président Poincaré. On apposa en 1919 une plaque de marbre à l’hôpital Lariboisière sur laquelle est fixée une médaille d’honneur de l’Assistance publique « A la mémoire des services rendus par le personnel après la grande explosion de La Courneuve, quand il a admis plus de quatre cents victimes. » À la fin de la guerre, Babcock affaibli opère d’importants changements en modifiant sa raison sociale devenue Société française de construction Babcock et Wilcox.
À la veille de la Seconde Guerre mondiale, on compte près de 700 entreprises entre la Plaine Saint-Denis et Le Bourget, avec au milieu La Courneuve, le long de la voie de chemin de fer : la plus grande zone industrielle d’Europe.

Cet article est une suite de l’article à la page 30 du magazine Seine-Saint-Denis n°53.

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