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"A Voix Haute", un docu qui va faire parler

Mercredi 12 avril est sorti « A Voix Haute », un documentaire montrant le travail de l’association Eloquentia. Basée à l’université Paris 8 Saint-Denis, cette structure vise à sensibiliser les jeunes à l’importance de la parole dans la construction de soi. Une mission plus qu’accomplie. Retour sur l’aventure Eloquentia, avec les protagonistes du film…

Ils s’appellent Eddy, Elhadj, Yacine, Souleïla ou encore Leïla. Dans le documentaire « A Voix Haute », on les voit s’enthousiasmer, discuter, s’émouvoir, exposer leurs idées, évoluer aussi. Cette bande attachante et bouillonnante fait partie des quelque 1800 jeunes qui ont profité du travail de l’association Eloquentia depuis sa création en 2013.

Lancé à Paris 8 Saint-Denis par Stéphane de Freitas, ce programme vise à attirer l’attention des jeunes sur l’importance de la parole et à les faire travailler sur leur capacité d’expression, de prise de parole en public. Pour ce faire, il met à disposition chaque année deux temps forts : une formation au cours de laquelle les étudiants peuvent affiner leur art oratoire, suivie d’un concours ouvert à tous les jeunes résidant dans le département.
« La création d’Eloquentia obéissait pour moi à deux logiques, rappelle Stéphane de Freitas, fondateur d’Eloquentia et réalisateur du documentaire « A voix haute ». (avec le Montfermeillois Ladj Ly). D’une part, je voulais une formation qui permette à beaucoup de jeunes de prendre confiance en eux. Et puis, je voulais aussi aller à l’encontre des clichés sur le jeune dit « de banlieue ». Il y en a vraiment ras-le-bol de cette image. Oui, il y a de la casse sociale, oui, il y a du décrochage, mais il y a aussi tous ces jeunes en Seine-Saint-Denis - et ils sont majoritaires – qui vont à la fac, qui essaient d’aller au bout de leurs rêves. »

Preuve de la réussite du programme : il a entre-temps essaimé à Nanterre, Limoges ou Grenoble. En Seine-Saint-Denis, les anciens élèves d’Eloquentia interviennent à leur tour dans les collèges pour accompagner certaines initiatives du Département comme le Conseil départemental des Collégiens ou des consultations autour des JO 2024.

Dans « A Voix Haute », on suit donc le cru 2015 du concours. Et avec lui, les démonstrations venues du coeur d’Elhadj, les argumentaires bien étayés de Leïla ou encore les pirouettes verbales d’Eddy.

Les débuts sont parfois difficiles, les formateurs sévères mais justes. On rit avec Frank qui se fait passer un savon amical par Maître Bertrand Périer, l’un des encadrants d’Eloquentia. On pleure avec Leïla qui choisit d’évoquer la mémoire d’Ibrahim Kachouch, martyr de la liberté d’expression en Syrie, assassiné par le régime de Bachar El Assad pour avoir osé s’en prendre à lui dans ses chansons satiriques.

La liberté d’expression, il en est d’ailleurs beaucoup question dans ce documentaire dont les premières images ont été tournées le 7 janvier 2015, soit le jour même de l’attentat terroriste à la rédaction de Charlie Hebdo.
« On a choisi de ne pas en faire un sujet à part entière dans le film parce que cela aurait eu un côté larmoyant. Mais c’était fou de voir qu’en plein coeur de Paris-8, on célébrait la parole comme nulle part ailleurs, en s’écoutant les uns les autres, alors que ce même jour, il y avait eu précisément un attentat perpétré contre cette liberté d’expression », se remémore Stéphane de Freitas.

« La liberté d’expression doit être davantage encadrée. On ne peut pas attaquer sur certains points, ça fait trop mal », estime ainsi un étudiant dans le film. « Si tu commences comme ça, c’en est fini de la liberté d’expression, on ne pourra bientôt plus rien dire. C’est pas sur le terrain de la loi que ça se joue, mais sur celui des arguments », lui rétorque un autre.

Au bout du compte, tous seront cependant d’accord sur un point : cette année d’apprentissage leur a beaucoup apporté. « Ca a changé énormément de choses dans ma vie, témoigne Eddy Moniot. Eloquentia, c’est une formation à la prise de parole et paradoxalement, moi j’y ai appris l’écoute. Avant j’étais vachement centré sur moi-même, et là, je me suis ouvert au monde, qui me l’a bien rendu. »
Vainqueur du concours 2015, le jeune étudiant en théâtre à Paris-8 a tapé dans l’œil d’Edouard Baer, présent le jour de la finale (sur le thème « Le meilleur est-il à venir ? »). Après une première apparition au cinéma dans « Ouvert la nuit », film de Baer sorti en janvier, Eddy, amoureux des mots et de leur double sens, prépare maintenant un one-man show.

Même propulsion pour Elhadj Touré, jeune étudiant impressionnant de maturité. « Ce programme m’a fait comprendre que la parole était une belle arme de défense. Il m’a permis de prendre confiance en moi et de défendre les valeurs que j’avais déjà. », explique ce jeune Stanois de 26 ans qui a récemment ouvert une école en Guinée, « dans la province de Boké, une région extrêmement aride, où l’on manque de tout ».
Autre point commun, tous savent aller au-delà de leur cas personnel après revisionnage du film : «  Je trouve qu’un des messages principaux du documentaire, c’est précisément qu’il n’y a pas de jeunesse de banlieue, qu’il y a juste une jeunesse, qui est parfois stigmatisée. Ca rend parfois son parcours plus compliqué, ça oui », souligne Eddy.

Alors, le meilleur serait-il à venir pour la Seine-Saint-Denis ? Pour Stéphane de Freitas, la réponse est oui. « L’histoire est faite de mouvements, de cassures. On traverse parfois des passes difficiles. Mais la France s’en sortira parce qu’elle a une jeunesse métissée, prête à vivre ensemble, qui fait sa richesse. Et cette richesse, elle est en partie en Seine-Saint-Denis. », estime ce natif des Lilas. Voilà une belle péroraison, dirait le formateur en art oratoire classique, Bertrand Périer.

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@Sylvain Hitau

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