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A Romainville, la brasserie MIR prête pour un nouveau départ

Après avoir failli fermer boutique faute de local approprié, Jérôme Crépieux, fondateur de la micro-brasserie MIR, à Romainville, a trouvé un nouveau point de chute. Un nouvel espace qui, en plus de produire de la bière, est destiné à devenir un lieu de vie et d’échanges autour de la consommation responsable et d’événements culturels.

« Pendant deux ans, j’ai arpenté Romainville en long, en large et en travers dans l’espoir de trouver un local pour produire ma bière. Puis un jour, alors que je m’étais fait à l’idée que l’aventure allait s’arrêter, je suis tombé sur une annonce qui m’a emballé et par miracle l’affaire s’est conclue. Depuis le 1er décembre dernier, j’ai un nouvel espace ». Jérôme Crépieux, fondateur et patron de la micro-brasserie MIR (comme « Made in Romainville » mais aussi en référence à l’ancienne station spatiale russe) est aujourd’hui soulagé. Après avoir passé deux ans en orbite puis frôlé le crash, son entreprise s’est de nouveau posée à Romainville. Elle a trouvé refuge dans un ancien atelier de réparation de machines de nettoyage industriel (au 50 boulevard Emile-Genevoix), à deux pas du centre-ville.

Lancée en octobre 2017, la brasserie MIR a connu un succès fulgurant auprès du public. « A tel point que je me suis vite retrouvé à l’étroit dans mon premier local, explique Jérôme Crépieux. Pour répondre à la demande et me développer, il fallait à tout prix déménager. » Le nouvel entrepôt, qui s’étale sur 250 m2, vient de subir une cure de jouvence. Les peintures et l’installation électrique ont été refaites. Dans la salle de brassage, qu’il a fallu assainir de fond en comble, du carrelage et une rigole centrale d’évacuation ont été posés. Les cuves de brassage en inox, qui voisinent avec des montagnes de fûts vides, sont encore éteintes. Mais plus pour très longtemps. « La production reprendra fin février-début mars, annonce le brasseur, qui a signé un bail qui court jusqu’au 30 juin 2022 mais de fait reconductible. L’objectif est d’écouler chaque année 25 000 litres, soit 75 000 bouteilles. » Et, si la situation sanitaire le permet, d’« installer un lieu de vie où le public pourra venir débattre, échanger sur l’alimentation durable mais aussi se cultiver et se divertir à la faveur d’expositions et de concerts. »

Une bière pour soutenir le personnel hospitalier

Durant la longue période de transition qu’il vient de vivre, l’artisan a continué à fabriquer ses bières chez des amis brasseurs, à Colombes, dans les Hauts-de-Seine, et en vallée de Chevreuse. « Mais produire ailleurs n’est pas rentable. On avance beaucoup de trésorerie, avec un coût du produit fini assez élevé. Et en n’ayant pas la possibilité de vente directe dans son propre local de production, on perd le canal de distribution le plus rémunérateur, car sans intermédiaire. Et puis brasser sur du matériel qui ne vous appartient pas, c’est difficile et on a finalement peu de visibilité sur ce qu’on fait », relate le Romainvillois. Résultat, les marges étaient quasiment nulles et l’effervescence des débuts s’évaporait à mesure que les mois passaient. « Et puis il fallait que cette brasserie [dont le logo est la tour hertzienne TDF] revienne à Romainville, sa terre d’origine. Je veux vraiment proposer une fabrication locale, en lien avec l’image de la ville et son passé communiste récent », souligne Jérôme Crépieux. Pour aller plus loin dans « l’ostalgie », l’homme né il y a 47 ans dans le Gers a appelé ses bières Kosmik (une bière Pale Ale aux notes citronnées) Interkosmik (Une India Pale Ale fruitée et houblonnée) ou encore Iouri, un clin d’œil au cosmonaute Pavel Popovich, un des pionniers de la conquête de l’espace par les Soviétiques, qui était venu inaugurer il y a 50 ans la cité Gagarine à Romainville. « Il déclara à l’époque : ‘’Je souhaite à tous les habitants de Romainville beaucoup de bonheur et une santé cosmique’’ », rapporte l’entrepreneur.

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Pendant le premier confinement, il a ajouté à son catalogue une quatrième bière, la Vera, qui signifie « espoir » en russe. Sur l’étiquette, une femme au teint diaphane porte un masque. « Cette cuvée a été imaginée pour soutenir le personnel hospitalier, détaille Jérôme. Quand je l’ai lancée, une partie des recettes (19 centimes d’euros par bouteille) a été reversée à la Fondation des Hôpitaux de Paris-Hôpitaux de France. J’ai estimé qu’il était important de participer à l’effort de solidarité. » Dans les mois qui viennent, il prévoit de fabriquer des bières saisonnières avec des étiquettes dédiées, notamment, à de grands événements sportifs, comme l’Euro de football ou les Jeux olympiques et paralympiques de Tokyo.

Planter des pieds de houblon avec les habitants

Dans son nouvel entrepôt, il n’est cette fois pas tout seul. Il s’est adjoint les services de Benoît Cicilien, co-fondateur des Drêcheurs urbains, une petite entreprise qui récupère les drêches (résidus humides du malt issus du brassage de la bière) pour les transformer en farines alimentaires riches en fibres et en protéines. « Nous formons un duo complémentaire », justifie le brasseur, qui est par ailleurs ambassadeur du In Seine-Saint-Denis, une marque créée par le Département pour valoriser les projets du territoire et aider à l’émergence de talents. Avant de revêtir sa combinaison de pêcheur pour se protéger de l’eau dégagée par les cuves, Jérôme Crépieux a travaillé dans la communication financière et le référencement web. « J’avais le confort financier mais je n’étais pas heureux, glisse-t-il. J’en avais marre de passer mes journées entières devant un écran d’ordinateur, je voulais donner un nouveau tournant à ma carrière. » Ce grand amateur de bière a découvert le brassage par le biais d’une association basée à Saint-Ouen. Il décide dans la foulée de suivre une formation dans une micro-brasserie, dans l’Oise, tout en se documentant. Enormément. « Pendant un an, j’ai jonglé entre mon travail et la micro-brasserie. Quand j’ai vu que celle-ci jouissait d’un certain succès, j’ai démissionné et suis passé de salarié à micro-entrepreneur. Brasseur est un métier de passionné. Ce n’est pas en faisant de la bière qu’on devient riche et ce n’est d’ailleurs pas le but. »

Aujourd’hui, son entreprise a le statut de SAS. Et, quand le nouveau projet aura mûri, elle comptera un deuxième employé, « quelqu’un pour venir m’épauler », précise Jérôme, dont la bière est commercialisée actuellement dans une vingtaine de points de vente situés, pour des raisons de logistique, dans un rayon proche de Romainville : des cavistes, des épiceries fines, des commerces de quartier… A défaut de bars et restaurants, fermés pour l’heure, et qui représentaient une dizaine de points de vente supplémentaires. Mais contrairement à ce que l’on pourrait croire, la crise sanitaire n’a pas affecté son business. Au contraire. « Je n’ai jamais autant vendu de bière que pendant le confinement car mon produit correspondait à un vrai besoin, dit-il. Les gens étaient cloitrés chez eux, s’ennuyaient et avaient envie de se faire plaisir. A cette époque, je livrais directement chez les particuliers. » Cette année, la brasserie MIR a aussi ouvert ses portes à des commerçants du territoire (une AMAP, le torréfacteur 366 du Pré-Saint-Gervais et Poiscaille, le circuit court des produits de la mer localisé à Montreuil) pour du click & collect. « Mon dernier projet consistera à planter au printemps des pieds de houblon avec les habitants de Romainville afin de produire chaque année une bière de territoire née de cette récolte mutualisée. L’idée est que tous les contributeurs repartent à la fin avec des bouteilles de bière en reconnaissance de leur travail. » La brasserie MIR semble de nouveau parée au décollage.

Grégoire Remund
Photos : ©Nicolas Moulard

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