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Cinéma Bobigny

A Bobigny, Just a touch of Magic

Samedi, le cinéma emblématique de Bobigny souffle ses 30 bougies avec la projection de la comédie Le Sens de la fête. A 30 ans, le lieu est à la croisée des chemins entre un passé prestigieux et un futur qui reste à dessiner, avec le projet de renouvellement urbain du centre de Bobigny.

Au Magic Cinéma de Bobigny, on a le sens de la fête et on le fait savoir. Ce lieu chargé d’histoire fêtera samedi ses 30 ans, dans une ambiance à la saturday night fever prévoyant ciné-quiz, projection de la comédie grand public Le Sens de la fête et soirée DJ.
Et comme beaucoup de trentenaires, ce cinéma emblématique de Bobigny jette à la fois un coup d’oeil dans le rétro et un regard mi-impatient mi-inquiet vers ce qui suit. « Pour moi, cela a été un ravissement de travailler ici. Je suis très contente de voir que le projet qu’on a monté en 1987 perdure », ponctue Dominique Bax, ancienne directrice partie à la retraite en août dernier.
Fer de lance du Magic première version, l’ancienne maîtresse des lieux vient de passer la main à Damien Peynaud, chargé par l’Etablissement public territorial Est ensemble (une communauté d’agglomérations regroupant 9 villes) de réfléchir à la suite de l’aventure. Car le Magic tel qu’on le connaît ne sera bientôt plus que poussière : en juillet 2019, le cinéma sera détruit en même temps que l’ensemble du vétuste centre commercial, pour renaître sous une autre forme en 2025.

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Samedi soir, c’est donc tout ça qui passera par la tête des spectateurs présents et de l’équipe du cinéma, qui regroupe 14 personnes. Mais comme dans tout bon biopic, enclenchons d’abord le flash-back.

Ou plutôt le flash-Bax : « Dès le début, on a été art et essai. On a toujours porté une certaine exigence, tout en gardant le ciné accessible au plus grand nombre » se remémore l’ancienne directrice du Magic. Pourquoi Magic d’ailleurs ? « C’était en référence à un roman de Roger Grenier, « Le Magic Palace ». La ville avait bien voulu du Magic, moins du Palace... »
Le vieil UGC, récupéré par la municipalité pour ouvrir le Magic « alors qu’il ne diffusait plus que des films porno et karaté », avait dû en perdre son latin. C’était le temps des intégrales d’auteur ambitieuses et des passerelles jetées avec le théâtre. C’est que le cinéma était au départ géré par la Maison de la Culture toute proche. Le Festival « Théâtres au cinéma », organisé pour la première fois en 1990 avec la venue du metteur en scène britannique Peter Brook, est d’ailleurs né de ce partenariat.
« En 26 ans de festival, on a réussi à faire venir Chéreau, Raoul Ruiz ou encore Youssef Chahine, se souvient Dominique Bax. C’était super gratifiant pour les habitants que de telles pointures viennent les voir. » Et cette amoureuse de la littérature venue au cinéma via ses postes à la tête de plusieurs MJC, de poursuivre : « Une des rencontres mémorables, c’est la rencontre avec Omar Sharif. Je me souviens, il était déjà âgé et malgré cela, il n’avait pas voulu s’asseoir durant tout le temps de la rencontre. Il était resté debout une heure et demie à discuter avec le public. »
Karim Ayad, projectionniste depuis 22 ans au Magic, se souvient lui aussi des noms prestigieux venus un instant poser leurs valises dans une des deux salles : « Barbet Schroeder, Bertrand Tavernier, Jeanne Moreau, Michel Bouquet, oui, il y a eu du beau monde... »
On l’aura compris : le Magic, c’est donc une certaine idée du cinéma - « une fenêtre sur le monde » dit Dominique Bax - défendue via des festivals : Bande(s) à part, qui a remplacé en 2014 Théâtres au cinéma, et Résonances, tourné vers une dimension sociale. Et un gros travail à destination des scolaires.

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Qu’on se rassure, ça devrait continuer sous la férule du nouveau directeur des lieux, Damien Peynaud, qui vient de prendre ses fonctions. « L’idée globale, c’est de garder la qualité artistique et culturelle d’avant, tout en élargissant encore plus les profils de public », explique ce jeune homme passé auparavant par la direction de salles dans son Périgord natal, en Lorraine et en Picardie.
Damien Peynaud annonce quelques aménagements au niveau des festivals existants - Bande(s) à part et Résonances fusionneront en un seul et même événement. Pour le reste, la programmation devrait rester dans l’esprit de l’époque Bax, avec toutefois l’ambition de se tourner plus vers les jeunes.

Mais le nouveau directeur aura surtout à piloter l’épineuse question de la mue du cinéma à partir de 2019, date de la fermeture des lieux pour cause de renouvellement de l’ensemble du centre commercial de Bobigny.
Le projet urbain baptisé La place, confié au promoteur Altarea-Cogedim, qui devrait déboucher en 2025 sur un nouveau quartier de quelque 1200 logements et commerces, prévoit bien un cinéma, mais sa forme reste pour l’instant en suspens. « Est Ensemble défend pour sa part le projet d’un cinéma de 6 salles qui aurait l’ambition de faire 200 à 300 000 entrées par an. L’enjeu, c’est surtout de reconquérir les habitants de Bobigny et notamment les jeunes, pour l’instant plus attirés par l’UGC Ciné-Cité de Rosny », détaille le nouveau directeur.
Le choix de l’exploitant de salle devrait tomber d’ici la fin de l’année. Pour mettre toutes les chances de son côté, Est Ensemble s’est aussi engagé à assurer une continuité de cinéma durant le chantier, qui durera tout de même 6 ans. « Si on a la chance d’être retenus, j’ai proposé un circuit de cinéma itinérant à Bobigny. On investirait dans une cabine de projection mobile, avec laquelle on irait dans des salles de petits formats. Cela a non seulement l’avantage de maintenir une activité de cinéma sur toute la durée du chantier, mais aussi de se rapprocher du public qu’on veut à nouveau capter », souligne Damien Peynaud.

Du côté des responsables de la programmation jeune et grand public, on est en tout cas déjà à pied d’oeuvre. « On veut garder le dynamisme du Magic et sa capacité à s’adresser à tout le monde, assure Ariane Mestre. En novembre, pour le mois du documentaire, on a par exemple prévu un focus sur Frederick Wiseman, qui a signé « Titicut Follies » ou encore « Ex libris ». A cette occasion, on recevra Quentin Mével, auteur d’un livre d’entretiens avec lui. Et puis, on mettra aussi l’accent sur la démocratie participative avec des courts-métrages réalisés par des citoyens et la projection du documentaire de Mariana Otero sur Nuit debout. » En espérant que ce soit reparti pour 30 ans !

Christophe Lehousse

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N.B : Les 30 ans du Magic débutent samedi à 18h30, avec un ciné-quiz en entrée libre. De nombreux cadeaux seront à gagner. Les réjouissances se poursuivent par le Sens de la fête, du duo Nakache-Toledano, à 20h, 3 euros 50 la place. Bénédicte Penn, cheffe du service des Archives communales reviendra ensuite sur l’histoire du Magic Cinéma avant qu’on ne passe à un buffet spécial « Le Sens de la fête » concocté par les jeunes apprentis de la classe cuisine de l’IME Le Tremplin. Le tout s’achèvera en musique avec un DJ set.
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